‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 480 sur 552 · Édit. : viendront rougir devant 5. Var. : au dehors · texte numérisé non relu

Édit. : viendront rougir devant 5. Var. : au dehors

Jésus-Christ tous ces trompeurs vai- 6. Édit. : à ses mains. — Eehapper,

nement fardés ; ils vie77dront, dis-je, actif, est fréquemment employé,

rouffir, non seulement... — C'est ici-même.

e'obstiner à ne pas tenir compte des 7. Var. : dont le trône est bien

corrections de l'auteur. Tous les affermi et la puissance établie.

propre puissance, il est bien aise de voir jusqu'où iront les téméraires complots de ses sujets infidèles, et ne précipite pas sa juste vengeance, jusqu'à ce qu'ils soient parveiuis au terme fatal où il a résolu de les arrêter ; ainsi, et à plus forte raison \ ce Dieu tout-puissant, souverain arbitre et dispensateur des temps, qui, du centre de son éternité, développe tout l'ordre des siècles et c^ui, devant l'origine des choses, a fait la destination de tous les moments selon les conseils de sa sagesse, à plus forte raison. Chrétiens, n'a-t-il rien à précipiter ni à presser. Les pécheurs sont sous ses yeux et sous sa main. Il sait le temps c^u'il leur a donné pour se repentir, et celui où [il] les attend pour les confondre. Cependant qu'ils cabalent. qu'ils intriguent, qu'ils mêlent le ciel et la terre pour se cacher dans la confusion de toutes choses, ils seront découverts au jour arrêté ; leur cause sera portée aux grandes assises générales de Dieu, où, comme [p. 10] leur découverte" ne pourra être empêchée par aucune adresse, aussi leur conviction ne pourra être éludée par aucune excuse. C'est ma seconde partie, que je joindrai, pour abréger, avec la troisième dans une même suite de raisonnement.

[Second et Troisième Points.]

[P. i] I.e grand pape saint Grégoire, dans la troisième partie de son Pastoral, compare les pécheurs à des hérissons. Lorsque vous êtes éloigné, dit-il, de cet animal '\ et qu'il ne craint pas d'être pris, vous voyez sa tête, ses pieds et son corps ; quand vous approchez pour le prendre, vous ne trouvez plus qu'une masse ronde (pii pique de tous côtés ; et lui \ Cjue vous découvriez de loin tout entier, vous le perdez tout à coup aussitôt c^ue vous le tenez entre vos m.ains "^ : Inlra tenentia mnnus totinn sînml av)îttitur, quod tohnn si-

1. Ces mots, qui sei'ont répétés à 4. Edit. : celui que... — C'e.st nédessein à la fin de la phrase, ne gliger systématiquement une corsauraient se retrancher ici. rection de Bossuet, qui eftace (sou-

2. Var. : la manifestation de leurs ligne'l celui, et le remplace par lui. crimes. , 5. Yar. : que vous mettez la main

3. Var. : Etant éloigaé de cet ani- dessus, mal, et lorsque...

Sermons de Bo5suet. — lY. 41

642 AVKNT DU LOUVRE.

niul ante videbatur \ C^eat l'image, dit saint Grégoixe, de rhomme pécheur qui s'eii'.doppe dam ses rahon» et dans iCs excuses. Vous avez découvert toutes ses menées^ et reconnu distinctement tout Tordre du crime; vous en voyez les pieds, le corps et la tête. Aussitôt que vous pensez le convaincre en lui racontant ce détail, il retire ses pieds, il couvre tous les vestiges de son entreprise, il cache sa tête, il recèle profondément ses desseins, il en\eloppe sou corps, c'est-à-dire toute la suite de son intrigue, dans le tissu artificieux d'une histoire faite à plaisir : ce que vous pensiez avoir vu si distinctement n'est plus qu'ime masse informe et confuse, où il ne paraît ni commencement ni fin, et cette vérité [p. Il] si bien démêlée est tout à coup disparue : Qui totum juin dcprchcndendo vidvrat, tcrgii^erxntione pravse defensionis illusus, totum paritcr ignorât ^. Cet homme que vous croyiez^ si bien convaincu, étant ainsi ri tranché et enveloppé en lui-mêuK', ne vous présente plus que des piquants : il s'arme à son tour contre vous, et vous ne pouvez plus le toucher sans Cjue votre main soit ensanglantée, je veux dire sans que votre honneur [soit] blessé par ^' mille sanglants reproches contre votre injurieuse crédulité et contre vos soupçons téméraires.

C'est ainsi que font les pécheurs : ils se cachent, s'ils peuvent, comme fit Adam dans le plus épais de la forêt * ; et s'ils ne peuvent se cacher non plus que lui, ils ne laissent pas toutefois de s'excuser à son exemple. Tous s'excusent, tous se défendent ; ils le font en partie par crainte, en partie aussi par orgueil, et en partie

1. s. Gre>,'. .Nfagn.. Pa.-ioc, part. pas autrement que le prvsent.

111, .uliuon. 12. — M.»;. : totus simtd ô. A^ar. : je veux dire, votre hon-

uiuiltitur. qui Ulitg... Cité de mémoi- iicur blessé par ..

)f. avec indication du ch. xii, au G. Sept mots omis ici par les édi-

}i( u du cliap. XI (.iJmon., xii). leurs. Ils les retrouvent plus loin

'J. Expression soulignée. Elle pa- dans la première rédaction, qu'ils

rait faible à l'auteur. Non remplacée mêlent avec la seconde, sans doute

tû'itefois. parce qu'elle leur paraît pliiscom-

8. Jbid. — Ms. : prai-o' excusa- plète. Bossuet l'avait pourtant éli-

tionis... minée, et remplacée en note par une

4. Ms. : croj-ez. — Les éditeurs autre plus concise, qui est notre

ont raison cependant de voir Ici un teste, inip.trfait : notre auteur ne l'écrivait

par artifice'. [P. ili] Ils se trompent quelquefois euxmêmes, et ils tâchent après de tromper les autres. Quelquefois, convaincus en leur conscience de l'injustice de leurs actions, ils veulent seulement amuser le monde par des raisons colorées^; puis, se laissant emporter eux-mêmes à leurs belles inventions, en les débitant ils se les impriment dans l'esprit, et adorent eux-mêmes ^ le vain fantôme qu'ils ont supposé^, pour tromper le monde, en la place de la vérité : tant l'homme se joue soi-même et sa propre conscience : Adeo nostram quO' que conscientiam hidimiis ! dit le grave Tertullien ".

[P. iv] Dieu ^ est lumière. Dieu est vérité, Dieu est justice. Sous l'empire de Dieu, ce ne sera jamais par de faux prétextes, mais par une humble reconnaissance de ses péchés, qu'on évitera la honte éternelle qui en est le juste salaire ^. Tout sera manifesté devant le tribunal

1. Première rédaction : (cf. la note précédente) : C'est ainsi que fait le pécheur. Il se cache, s'il peut, et, s'il ne peut, il s'excuse. Adam, le premier de tous les pécheurs, aussitôt après .«on péché, s'enfonce dans le plus épais de la forêt, et voudrait pouvoir cacher et lui et son crime. Quand il se voit découvert, il a recours aux excuses. Ses enfants, malheureux héritiers de son crime, le sont aussi de ses vains prétextes. Ils disent tout ce qu'ils peuvent ; et (juand ils ne peuvent rien dire, ils rejettent tonte leur faute sur la fragilité de la nature, sur la violence de la passion, sur la tyrannie de l'habitude. Ainsi on n'.i plus besoin de se tourmenter à se l'Lercher des excuses, le péché s'im sei-t à lui-même et prétend se justiSer par son propre excès. Mais quand aurai-je achevé, si je me laisse en/ager k ce détail infini des escr.-es particulières ? Il suffit de dire en général: tous ^'excusent; tous se di'fendent ; ils le f nt...

Page 1