SUR LE FAUX HONNEUR
idole que je veux abattre aujourd'hui aux pieds du Sauveur. Je ne me contente pas, Chrétiens, d'imiter les trois enfants de Babylone, ni de lui dénier^ l'adoration que tous les peuples lui rendent. Je veux faire tomber sur elle le foudre de la vérité évangélique, qui la brise et la mette en pièces, et qui sacrifie à Jésus naissant cette fausse divinité, à laquelle le monde aveugle sacrifie tant d'âmes. J'ai pour moi dans cette entreprise l'autorité de l'Évangile et l'exemple de saint Jean-Baptiste ; mais, pour ne rien oublier, j'appelle encore à mon secours la plus humble et la plus puissante de toutes les créatures. [Jrc]
La presse est au désert ; on y aborde de toutes parts : « Toute la Judée, dit l'évangéliste, et même la ville royale y accourt : Omnis Judœse regio et Jcrosohimita' universi ' . » On vient ^ admirer Jean-Baptiste comme un homme tout divin. Les peuples étonnés de sa vertu ne savent quel titre lui donner : même celui de prophète ne leur semble pas assez grand *. Ils prennent saint Jean-Baptiste pour le Messie ^ ; et je ne sais si ce n'est point encore quelque chose de plus glorieux qu'en d'autres occasions on ait pris le Messie même pour un autre Jean-Baptiste®. Dans une si haute réputation, et d'autant plus glorieuse qu'elle était moins recherchée, Jean-Baptiste demeure toujours ce qu'il est, c'est-à-dire toujours humble, toujours modeste. Il n'est rien de ce qu'on pense : il n'est point Élie, il n'est point prophète ; et, bien loin d'être le Messie, il n'est pas digne, dit-il, de lui délier ses souliers : car il se sert ^ de cette expression ^ , afin de se ravilir tout à fait ; et cette main vénérable de laquelle le Fils de Dieu a voulu être baptisé, cette main qu^il a élevée, dit saint Chrysostome, jusques au haut de sa tête \ n'ose pas même toucher ses
l.Edit. : de dénier à l'idole. — ô. Luc m. 15.
Seconde rédaction ensuite effacée. (\. Marc. \r, 14 : viii, 2S.