AVENT DU LOUVRE. IV DIMANCHE
20 décembre 16G5.
Voici déjà le sermon de clôture de cette courte station. C'est ce que les éditeurs n'ont pas soupçonné. Ils l'attribuent au troisième dimanche, et à l'année 1669. Le sujet, tiré cette fois encore de l'évangile du jour, aurait pu les avertir de la première erreur. Et quant à l'autre, l'examen du manuscrit ' est décisif : l'écriture de 1669 diffère assez sensiblement de celle de 1665, et les pages ont alors moitié de marge. Il y avait d'ailleurs un indice dans la péroraison esquissée au dernier moment. Nous y voyons la modestie du prêtre réclamer contre l'admiration que sa belle conduite au dimanc-he précédent avait iiisjiirée à son auditoire.
En même temps quil demande que l'attention ne se détourne pas des vérités prêchées pour se porter sur le prédicateur, Bossuet appelle sur ceux qui l'écoutent les bénédictions du Sauveur naissant : nouvel indice du voisinage de Noël. Ce sont des paroles d'adieu : car la chaire du Louvre étant celle d'une chapelle privée, il n'y avait pas de prédication aux grandes fêtes, telles que Noël et Pâques.
Ce manuscrit a été remanié, surtout dans sa dernière partie, pour l'Avent de Saint-Tiiomas-du-Louvre, en 1668. La pagination du second point a même été modifiée. Elle se combine avec un supplément de rédaction pour former ime esquisse nouvelle, qu'on chercherait en vain dans les éditions. Nous la donnerons au quatrième dimanche de 1668. Ici, c'est le texte de 1665 qu'il fallait reproduire.
Jam enhn sectiris ad radicem ai'bnnim posita est; om)iis crfjn arbor non faciens fructum hontim exciâetvr, et in ignem miltetiir.
La cognée est déjà à la racine des arbres - : donc tout arbre qui ne portera pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu.
(Luc. m, 0.)
Quelque effort que nous fassions tous les jours pour faire connaître aux pécheurs l'état funeste de leur con-
1. M?, fr. 12821, f. 1S8-201. In-1, à im sermon plu* ancien (voy. avec uu quart de marge. Le soui- t. III. p. l.'^Oi. maire donné par Lâchât ?e rapporte -j. Édit. : de l'arbre. — Bossnet a
gUR LA NÉCESSITÉ DE LA PÉNITENCE. 685
science, il ne nous est pas poàsible de les émouvoir, ni par la vue du mal présent qu'ils se l'ont eux-mêmes, ni par les terribles approches du jugement futur dont Dieu les menace. Le mal présent du péché ne le^. touche point, parce qu'il ne tombe pas sous leurs sens, auxquels ils abandonnent toute leur conduite. Et si, pour les éveiller dans cet assoupissement léthargique, nous faisons retentir ^ à leurs oreilles cette trompette épouvantable du jugement à venir, qui les jettera dans des peines si sensibles et si cuisantes, cette menace est trop éloignée pour les presser à se rendre : Cette vision ^, disent-ils chez le prophète Ézéchiel, ne sera pas si tôt accomplie : In aies multos [et in tempora longa'\ iste prophetot ^ . Ainsi leur malice obstinée résiste aux plus pressantes considérations que nous leur puissions apporter, et rien n'est capable de les émouvoir'', parce que le mal du péché, qui est si présent, n'est pas sensible, et qu'au contraire le mal de l'enfer, c^ui est si sensible, n'est pas présent. C'est pourquoi la bonté divine, qui ne veut point la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive, pour effrayer ces consciences malheureusement intrépides, fait élever aujourd'liui du fond du cé>ert une voix dont le dés:rt même est ému : Vov Domini concutlcntis dcscrtum, et commovehit Dominus descrtuni Cadcs'' : c'est la voix de saint Jean- Baptiste, qui, non content de menacer les pécheurs « de la colère qui doit venir, a ventnra ira », sachant que ce qui est éloigné ne les touche pas, leur montre dans les paroles de mon texte la main de Dieu déjà appuyée sur eux, et leur dénonce de près sa vengeance toute présente : Jam cnim [sccuris ad radiccm arborum posita
corrigé pour conserver le pluriel du rédaction de ce passage : Ainsi leur
texte sacré. malice obstinée élude les plus pi-es-