Var. : contre l'ordre de la
auï&i coiilre nous infaillibleiiifciit cette puissance redoutable \ et c'est ce qui nous» attire^ le second coup, cjul nous blesse à mort. Ain^^i, pour donner au pécheuK la connaissance de tout son mal, il faut lui faire sentir, s'il se peut, premièrement. Chrétiens, que la cognée l'a déjà frappé, qu'il est entamé bien avant, et qu'il s'est fait par son i)éclié même une plaie profonde : Jam enim securis [ad rad'icem arhorutn pos'ita est] ; mais il faudra lui montrer ensuite que, s'il diffère de faire guérir cette première blessure. Dieu est tout prêt d'appuyer la main pour le retrancher tout à fait ; afin que, s'il ne craint pas le couj) qu'il s'est donné par son crime, il appréhende du moins celui que Dieu frappera bientôt par sa justice : Omnis ergo arhor [non faciens fructum bonum, excidetur et in ignem mittetur]. Et ce sont ces deux puissantes considérations qui partageront ce discours.
Premier Point.
[P. 4] S'il nous était aussi aisé d'inspirer aux hommes la haine de leurs péchés comme il nous est aisé do leur faire voir que le péché est le plus grand de tous leurs maux ^, nous ne nous plaindrions pas si souvent qu'on résiste à notre parole, et nous aurions la consolation de voir nos discours suivis de conversions signalées. Oui, mes Frères, de quelques douceurs que se flattent les hommes du monde en contentant leurs désirs, il nous est aisé de prouver q"'ils se blessent, qu'ils se déchirent, qu'ils se donnent un coup mortel * par leurs volontés déréglées. Et pour éclaircir cette vérité dans les formes et par les principes, il faut rappeler ici la définition du péché que nous avons déjà établie. Nous avons donc dit. Chrétiens, que le péché est un mouvement de la volonté de l'homme contre les ordres suprêmes de la sainte volonté de Dieu. Sur ce fondement principal il nous est aisé d'appuyer une belle doctrine de saint Au-
1. Yar. : il attire aussi sur nous cédente sont peut-être de 1668. cette redoutable puissance. 3. Var. : que ce sont les plus
2. Var. : et de là vient. ^ La grands de tous les maux, correction eu surcharge et la pré- 4. Vur. : le coup de lu mort.
gustin \ qui nous explique admirablement en quoi la malignité du péché consiste. Il dit donc qu'elle est renfermée ^ en une double contrariété, parce que le péché est contraire à Dieu, et qu'il est aussi contraire à l'honnne: contraire à Dieu, il est manifeste, parce qu'il combat ses saintes lois; [p. 5] contraire à l'homme, c'est une suite, à cause que l'attachant à lui-même et à ses raisons particulières qui sortent du fond de ses passions, il le sépare des raisons premières et éternelles, eu un mot ^ des raisons divines et souveraines auxquelles il est lié par son origine céleste, c'est-à-dire par l'honneur qu'il a de naître l'image de Dieu et de porter en son âme les traits de sa ressemblance *.
Il paraît donc, Chrétiens, que le péché est également contraire à Dieu et à l'homme ^, mais avec cette mémorable différence, qu'il est contraire à Dieu parce qu'il est opposé à sa justice; mais de plus contraire à l'homme parce qu'il est préjudiciable à son bonheur : c'est-à-dire contraire à Dieu comme à la règle qu'il combat, et, outre cela", contraire à l'honnne comme au sujet qu'il corrompt : à Dieu, comme mauvais ; à l'homme, conmie nuisible^. Et c'est ce qui a fait dire au divin Psalmiste, que celui qui aime l'iniquité se liait soi-même , ou, pour traduire mot à mot, qu'il a de l'aversion pour son âme, à cause qu'il y corrompt, avec la grâce ^, les principes de sa santé, de son bonheur et de sa vie : Qui autem diliffit iniquitatvm, odit anima m suam^.
Et certes il est nécessaire que les hommes se perdent eux-mêmes en s'élevant contre Dieu. Car que sont-ils
\. i)e CaJ('<. Z)?/, lib. XII. cap. III. ?a face, et lui ôte sa félic'té. qui
2. Première rédaction (effacée): consiste dans sa oonformitt- avec Il dit donc nu Livre XII de la Cité son auteur. — Cette fin de la iihi-;ise (if Z^ieu qu'elle consiste. est une addition marginale au