‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 526 sur 552 · DIMANCHE DES RAMEAUX. SUR LES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

DIMANCHE DES RAMEAUX. SUR LES SOUFFRANCES

2'.) mars 1660.

On a vu, p. 600, quo M.I.cbarq avait su reconstituer en partie le earênie de Saint-Tlionias-dii-Louvre. Pour cette station, Bossuet ne semble pas avoir écrit de discours nouveau, mais il s'est inspiré de sermons précédemment donnés, en les accommodant aux circonstances présentes.

De ce carrMn(; il ne restait que des exordes et d'autres fraf>ments, lorsqu'en 19i;'), M. E. Griselle ^ découvrit dans un recueil manuscrit de la Bibliothèque Nationale-, au milieu de sermons pris à Taudition de divers prédicateurs, un discours entier portant ce litre : Bossuet, 1605, à SainlTho)nas-du-Louvre, les Trihulatiiins. C'est la reprise d'un sermon sur les souffrances, prêc-lié chez les Carmélites en IGGl (voir plus haut, p. .Il et suiv.). Bossuet a évidemment relu ce discours en 1665 sans l'apprendre par cœur. On y reconnaît le même sujet, la même division, le même fonds d'idées; mais le développement est plus bref et Iç tour assez différent. La com]iaraison entre le sermon écrit de 1661 et le sermon parlé de 166") est intéressante : c'est im document précieux pour la prédication de Bossuet.

Quoniam oporlci no.i ],cr rniilins Irihulatioiies iiiintre in nuiiiuin Dci.

Nous n'avons entrée au royaimie de Dieu que par plusieurs travaux <'t par plusieurs aHlictions.

Paroles tirées du cli. xiv des .'Icfcs

I! lie fauh pas laisser écouler cette sainte (|uaraiitaiiie sans annoncer aux fidèles In loi la plus importante du christ ianisiïie, c'est -à-diie la loi des souffrances qu'ils sont obligés de supj>ortcr ]iour l'amour de Dieu. Afais il m'a semblé, Chrétiens, (|ug je parlerais trop faiblement, de cette loi er d'une vérité si importante, si je n'attendais à vous en ])arler lorsque Jésus-Christ même vons la jirêche sur la croix ; ma voix m'a semblé devoir

I. J.'evue d'Ilifioiif litttriiire de la 2. N. acq. fr. 22143, f. 02-71

/'/rtncf, avril-juin. 1913.

704 CARÊME DE SAINT-THOMAS-nr-I.Ol'VRE.

être plus forte s^i elle était jointe à la voix d'un Dieu souffrant ou plutôt si elle était tortillée par la voix d'un sang- qui, au rapport du grand apôtre, crie plus fortement que la voix de celui d'Abel*. Enfin nous voici arrivés à ces jours salutaires dans lesquels le mystère du Calvaire se verra érigé sur tous les autels sur lesquels le sano- du Sauveur coulera et où l'on verra les plaies de son corps cruellement déchiré, et l'Église nous représentera si visiblement par ses chants lugubres le mystère de la passion de ce divin Sauveur, qu'il n'y aura pas un de ses enfants à qui nous ne puissions dire que Jésus- Christ est crucifié devant leurs yeux, antc quorum oculos crucifixus est Christus'. Celui-là sera bien peu chrétien et il aura bien peu de sentiment pour le mystère qui Ta racheté s'il n'est soigneux de suspendre ses plaisirs en ce temps de la Passion et de ce spectacle cruel de la mort de Jésus-Christ, et s'il ne tâche d'engendrer Jésus- Christ dans son cœur par ses souffrances. Servons-nous donc de ce temps favorable, dit le prophète, po)tons les souffrances de Jésus-Christ en notre cœur, disons aux chrétiens par combien de travaux et d'afflictions ils doivent imprimer sur eux les caractères d'un Dieu crucifié. Mais si jamais discours a mérité les faveurs du ciel, c'est celui de ce jour, et pour les obtenir, que puis-je mieux faire que de m 'adresser à Dieu même par l'entremise de la mère de miséricorde ? Ave.

Puisque l'Église commence aujourd'hui l'histoire de la Passion dans la célébration des divins mystères, commençons aussi. Chrétiens, à remplir notve esprit des saintes idées des douleurs et des souffrances de noti-e maÂtre. Exeojiius od Uhirn extra castra, impropcrium cjus portantes^. Sortons de nous-mêmes, dépouillons-nous des pensées et vdes intérêts de la terre ; allons contempler Jésus-Christ sur le Calvaire, et chargeons-nous de ses opprobres et de ses ignominies. Étant montés sur le Calvaire, le premier spectacle, Messieurs, qui se présentera à vos yeux, c'est trois patients attachés en

1. Hebr., XII, 24. est, in i-obis cnuln'.rn:- (Gai., Jll, 1).

2 Le texte porte : Ani'' quorum 3. Hebr., xni, 13.

oculos Jesus-C/irii'tiis prafcriptus

SUR LES SOLI-i-IlANCES. IGo

croix, mais avec des causes bien différentes. Voici, dit saint Augustin, un grand mystère : nous voyons trois hQmme,s en croix, un qui donne le salut, un qui le reçoit, un qui le perd : uniis salvator, unus salvandus,alter, damnandus ^. Au milieu, l'auteur de la grâce; d'un côté, un qui en profite; de l'autre côté, un qui la rejette. Au milieu, le modèle de la justice ; d'un côté, un imitateur iidèle ; d'autre côté, un rebelle et un adversaire. Voici qui est bien surprenant : deux hommes sont en croix avec Jésus, tous deux sont compagnons de son supplice; mais, hélas! il n'y en a qu'un qui soit compagnon de sa gloire^. Voilà, Messieurs, un grand spectacle, et il faut, pour en tirer quelque instruction, que je vous fasse voir en ces trois patients, trois vérités capitales qui regardent l'amour des souffrances.

Pour donner lieu à cette instruction et poser le fondement de ce discours, écoutez avec une attention exacte les qualités de ces trois patients. J'y vois un juste et un innocent, j'y vois un pécheur pénitent, j'y vois un pécheur endurci; j'y vois un juste qui souffi're par sa volonté; j'y vois un pécheur qui souft're par nécessité, mais qui rend son supplice volontaire par sa soumission, et j'y vois un autre pécheur qui souff're par nécessité, mais qui rend son sujipllce damnablo par sa, rage, par sa fureur et par son Impiété. Le juste qui souffre volontairement mérite le salut de tous les hommes, le pécheur qui souft're avec soumission s'assure de son paradis, mais le pécheur qui souffre avec opiniâtreté commence en croix son enfer. Voilà, Messieurs, trois patients dont les causes sont bien différentes, et nous apprendrons de tous trois une vérité importante : de celui qui souffre volontairement, comme il est juste, nous apprendrons, Chrétiens, la nécessité des souffrances ; du pécheur qui souffre et qui se convertit, nous apprendrons l'utilité des soufr'rances portées avec soumission, et en celui qui souffre en rebelle et en impénitent, nous verrons le caractère de la réprobation dans les souffrances portées avec murmure. Voilà, Messieurs, le sujet et le partage de ce discours.

Page 1