‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 527 sur 552 · CARÊME DE SAINT-THOMAS-UL -LOUVRE · texte numérisé non relu

CARÊME DE SAINT-THOMAS-UL -LOUVRE

Premier Point.

Je vous annonce, mes Frères, une loi bien rude ; j'ai à vous prêclier une vérité bien terrible. Il faut souffrir. Chrétiens, il faut souffrir. Qui de nous le peut entendre sans frémir, qui de nous peut l'écouter sans être saisi de tremblement ? Une loi si rude et cependant si nécessaire doit être bien solidement établie. Établissons-la, Chrétiens, non seulement par l'autorité de l'Écriture, mais encore faisons-la voir écrite sur le corps et dans la personne de Jésus-Christ même.

C'est, Messieurs, en la personne de Jésus-Christ que les souffrances doivent être écrites ; c'a été la volonté du Père céleste qu'il fût notre législateur, et c'est encore sa volonté qu'il soit notre maître. Il a fait, et puis il a dit son évangile et notre loi ; mais ce n'est que l'image de sa vie, et voilà pourquoi la vie du Sauveur doit être la loi des chrétiens. Entrons donc dans ce mystère adorable, et permettez-moi de vous dire que c'est l'intention du Fils de Dieu de se rendre conforme à nous, afin que nous lui ressemblions. Je ne le dis pas de moi ; c'est le grand Apôtre qui me l'apprend quand il dit qu'il n'a pas pris la forme de l'ange, mais qu'il a pris la forme de l'homme afin de se rendre en tout sembla])le à ses frères. Voilà pourquoi l'Apôtre ajoute que, parce que nous étions composés de chair et de sang, qiiin piicri commumcavcrunt carni et sanguini^, il a voulu lui-même être composé de chair et de sang ; mais, par ce mystère, Dieu a voulu se rendre semblable aux hommes afin que les hommes se rendissent semblables à Dieu. Et ce n'est pas sans raison, Messieurs, qu'il s'est revêtu d'une chair humaine : c'est afin que nous ayons un original et un exemplaire. Voilà pourquoi il est vrai qu'il ne se rend semblable à nous que pour nous rendre semblables à lui, et c'est une vérité chrétienne, que nous n'aurons jamais atteint la perfection que nous ne nous soyons contretirés sur lui-même. C'est pour cela que je dis que nous devons imiter les eaints en tant qu'ils

Page 1