LA CENSURE ALLEMANDE ET LE SERMON SUR L'AMBITION
Il n'est peut-être pas sans intérêt de rappeler les incidents qui se sont produits, lors de l'impression de ce volume, entre nos ateliers et les autorités allemandes, et dont voici l'exposé succinct.
L'impression se faisait à Bruges, pendant l'occupation allemande, en 1915. Une des nombreuses pi'escriptions édictées par les autorités occupantes soumettait toutes les publications au visa de leurs censeurs. Ceux qui opéraient dans la zone de Bruges appartenaient à la quatrième armée et relevaient de la Kommandantur de Thielt (Zensurstelle A. O. K. IV).
En recevant les épreuves des premières lignes du second point du sermon sur l'Ambition prêché aux Carmélites en 1661, le zélé censeur frémit sans doute à ridée que ces lignes véhémentes, où sont flétris les méfaits du conquérant ambitieux, pouvaient tout naturellement s'appliquer à son Kaiser ; toujours est-il qu'il îTeut rien de plus pressé que de biffer ces seize lignes, pensant peut-être, par cet acte de caporalisme, anéantir à jamais le texte de Bossuet. L'épreuve nous fut renvoyée, portant le cachet de la censure : Zensurstelle A. O. K. 4. Drnck geneJimigt A. B. Seite 17, 18. Second Point ^ (16 lignes) (P. v) n'est pas admis à V impression '.
Ne pouvant croire qu'une pareille mutilation d'un texte classique, dans une édition critique destinée à une clientèle d'élite, eût été ordonnée en loute connaissance de cause, et l'attribuant à l'excès de zèle de quelque subalterne à l'esprit étroit ou !)eii niHivé, nos ateliers s'adressèrent à la Kommandanliir même, à Thielt, et
1. 11 est à remarquer que, dans pourtant foniiellemenl interdit :
sa défense d'imprimer ces seize il craii^iiait sans doute que son
lignes, écrite en tête du sermon, étrange défense ne fût pas com-
le censeur emploie la langue prise. fraii<;aise, dont l'usage était
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demandèrent qu'on revînt sur la mesure prise, insistant sur la nécessité de reproduire intégralement le texte de Bossuet. 1
Leur lettre, envoyée le 11 septembre 1915, leur fut retournée le 16 du même mois avec une annotation signée du général-major Von Ereddrich, déclarant (^ue « la requête des éditeurs ne pouvait pas recevoir de suite favorable, et qu'on les engageait à attemlre la' signature de la paix pour achever l'impression. Mit dnn Bescheide zuriick, dass der Bitt nicht nachgegeben werden hann. Es -îcit-d anhcimgestellt mit der Dnickh'gung des Buclies bis zmn Fricdc7}sscJdusse zu xcarten.-»
En prati([ue, cette inierdiction de la censure allemande ne tirait pas à conséquence : les personnes chargées de revoir le texte de l'édition habitant Paris et n'ayant pas remis toute leur copie avant l'ouverture des hostilités, l'impression du volume ne pouvait s'achever avant la libération du territoire occupé. Néanmoins, l'année suivante, les éditeurs tentèrent une nouvelle démarche auprès de la Konnnandantur de Thielt, et l'interdiction fut levée le 19 juillet : d'où une nouvelle note en marge des pages 17 et 18 et en regard des lignes primitivement censurées : Durchstreichene gilt^ ist ehen((dh genohmigt. (Partie barrée vaut, est en tous cas admise) .
Les éditeurs ont cru que cet incident méritait d'être relaté pour l'édification du grand public, c^ui n'a pas connu les méfaits parfois un peu burlesques de l'armée allemande.
Cojnme on pourrait concevoir des doutes au sujet des renseignements qui précèdent, les éditeurs y joignent le fac-similé des documents émanés de la Zensurstelle A. O. K. IV°, à Thielt \
Les Éditeurs.
î. Los paçes du sermon sur duites ici correspondent aux l'Ambition qui vont être repro- pages 1, 17 et 18 de ce volume.
CAKÉME DIvS CARMÉLITES I\> DIMANCHE '