KxoU., xxvm, 30. ti veinent
3. Yar. : Approchons ilonc avec 1. A'ur. : cette ilivine science.
dans sa Passion, ce qu'il a acheté, ce qu'il a conquis. Car il a dû y perdre quelque chose, parce que c'était un sacrifice ; il a dû y acheter quelque chose, parce que c'était un mystère de rédemption ; il a dû y con- ([uérir quelque chose, parce que c'était un combat. Et I)our accomplir ces trois choses, je dis [qu']il se perd lui-même, qu'il achète les âmes, qu'il gagne le ciel. Pour se détruire lui-même, il se livre aux mains de ses ennemis ; c'est ce qui consomme la vérité de ^ son sacrifice. En se livrant de la sorte, il reçoit les âmes en échange ; c'est ce qui achève le mystère de la rédemption. Mais ces âmes, qu'il a rachetées de l'enfer, il les veut placer dans le ciel, en surmontant les oppositions de la justice divine, qui les en empêche ^ ; et c'est le sujet de son combat. Ainsi vous voyez en peu de paroles toute l'économie de notre salut dans le mystère de cette journée. Mais qu'y apprendrons-nous pour régler nos mœurs " ? Tout ce qui nous est nécessaire pour notre conduite : nous apprendrons à perdre avec joie ce que Jésus-Christ a perdu, c'est-à-dire les biens périssables ; à conserver précieusement ce que Jésus- Christ a acheté * : vous entendez bien que ce sont nos âmes ; à désirer avec ardeur ce que Jésus-Christ nous a conquis par tant de travaux, et je vous ai dit que c'était le ciel. Quitter tout pour sauver son âme en allant à Dieu et à son royaume, n'est-ce pas toute la science du christianisme ? Et ne la voyez-vous pas toute ramassée en mon Sauveur crucifié ? Mais vous le verrez l)ien plus clairement, quand j'aurai établi par ordre ces trois vérités i)roposées, qui feront le sujet de ce discours.
Premier Point.
1 1\ 1 I Je ne pense pas, Chrétiens, qu'il y ait un homme assez insensé pour ne pas aimer les biens éternels, s'il avait pu se dégoûter^ des biens périssables''.
1. Var. : ce qui fait la perfeciion dans cet aduiirahlL- spectacle ?
df... 4. Yar. : ca qu'il achète.
•J. Var. : contre le.i prétentions, 5. Var. : se résoudre i mépriser les
contre la justice divine qui s'y op- biens périssables,
po-^e, tj, Bûssuet efface une phrase, con-
;'., Var.: qu'apprendrons-uou.s... servéeà tort par les éditeurs : (c Sana
D'où il est aisé de conclure que le premier pas dans la droite voie et ausni le plus difficile \ c'est de mépriser les biens qui nous environnent ; et, par une suite infaillible, que le principe le plus important, fondement le plus nécessaire de la science dont nous parlons, c'est de savoir discerner au juste ce qui est digne de notre mépris.
Mais, comme pour acquérir cette connaissance par la force du raisonnement, il faudrait un travail immense', Dieu nous ouvre un livre aujourd'hui, où toutes [p. 21 les "^ questions sont déterminées. Kn ce livre, les décisions sont indubitables, parce que c'est la sagesse de Dieu qui les a écrites; elles y sont claires et intelligibles, parce qu'il ne faut qu'ouvrir les yeux pour les voir ; enfin elles sont ramassées en abrégé, parce que, sans partager son esprit en des études infinies, il suffit de considérer Jésus-Christ en croix.
Et il n'est pas nécessaire de faire de grandes présuppositions, comme dans les écoles des philosophes, ni de conduire les esprits à la vérité par un long circuit de conclusions et de principes; il n'y a qu'une chose à présupposer, qui n'est ignorée d'aucun des fidèles : c'est que celui qui est attaché à ce bois infâme est la Sagesse éternelle, laquelle par conséquent a pesé les choses dans une juste balance.
Et certainement, Chrétiens, si nous voulons juger par les effets, le Fils de Dieu a toujours estimé* ce qui méritait de l'estime : la foi de la Chananée et du Centenier ont trouvé* en sa bouche leur juste louange*^. Non seulement il a distingué le mal et le bien, mais il
doute notre inclination irait droite- ont discuté sur cette matière ; leB
ment à Dieu, si elle n'était détour- livres qui en ont traité se sont multi-
née par les attaches diverses que les plies sans mesure : et cependant les
sens font naître pour nous arrêter sages du siècle n'en sont pas encore
en chemin. » demeurés d'accord. Dieu nous ouvre
1. Cinq mots soulignés. On peut aujourd'hui un livre où toutes ces croire que c'est pour l'importance, questions sont déterminées... )>
et les conserver, avec les anciens ii. Var. : ces.
éditeurs. Un signe à la marge (une 4. Yar. : Et en effet, Chrétiens, il
croix) semble autoriser cette iuter- a toujours estimé...
prétation. 5. Syllepse. Le verbe s'accorde
2. Ici un curieux passage a été re- avec le sens, non avec les mots : a la tranché: « ... il faudrait un travail foi.de la Chananée (Chauanéenne) immense et une discussion infinie. et [celle] du Centenier ont ti-nuvé... Dés l'origine du monde, les hommes o. Matih.. iv. "JS ; viu. lu
[[). 3] 9 fait à point nommé le discernement entre le plu.s et le moins : par là il a su connaître la juste valeur du denier de la pauvre veuve ^ ; et, de peur de rien oublier, il a mis le prix jusqu'au verre d'eau qui se donne pour son service"; enfin tout ce qui a quelque dignité est pesé dans sa balance, jusqu'au dernier grain. Qui en suite ne conclura pas ce qu'il a rejeté avec mépris n'était digne par conséquent d'aucune estime ?
Que si vous voulez savoir maintenant quelles sont les choses qu'il a méprisées, il n'est pas besoin que je parle : ouvrez vous-mêmes le livre, lisez de vos propres yeux ; les caractères en sont assez grands et assez visibles ; les lettres en sont de sang, pour frapper la vue avec plus de force ^ ; on a employé le fer et la violence pour les graver profondément sur le corps de Jésus- Christ crucifié. Il veut* être traité de la sorte pour rompre avec violence les [liens] qui nous empêchent d'aller au bien véritable ^ : Et ut possemus honnm assequi quod optamus, perpetiendo docuit contemncre quod timemus.
[P. 5] Toute '^ la peine, Messieurs, c'est que, dans ce déluge de maux infinis qui viennent fondre sur notre Sauveur, on ne sait sur quoi arrêter la vue ; mais, pour fixer nos regards, deux choses principalement sont capables de nous faire entendre l'état où il est réduit. C'est que, dans cette heure destinée à ses souffrances, pour les faire monter jusqu'au comble, Dieu, par l'effet du même conseil, lâche la bride sans mesure à la fureur de ses envieux, et resserre dans le même temps toute la puissance de son Fils : il déchaîne contre