Yar. : disciples
POIR LE VF-NDREDI SAINT. 83
quelle il avait été résolu que le Fils de Dieu se mettrait en un état de victime, il suspendit aussitôt tout l'usage de sa puissance, parce que, l'état de victime étant un état de destruction, il fallait qu'il fût exposé ^ sans force et sans résistance à quiconque méditerait de lui faire injure; et c'est ce qu'il a voulu faire [p. 8] connaître par ces paroles mémorables qu'il adresse aux. Juifs dans le moment de sa capture : « Vous venez à moi comme à un voleur; cependant j'étais tous les jours au milieu de vous, enseignant au Temple, et vous ne m'avez pas arrêté ; mais c'est que c'est ici votre heure et la puissance des ténèbres : Sed hsec est liora vestra, et potestas tenehrarum^ . y> Jusques-là, malgré leur fureur, ils ne pouvaient rien contre sa personne, parce que sa volonté toute-puissante leur liait les mains ; mais il est maintenant du conseil de Dieu qu'il resserre volontairement ^ et qu'il retire en lui-même toute sa puissance, pour donner la liberté toute entière à la puissance opposée.
[P. 9] Il faut ici observer que cette suspension étrange * de la puissance du Fils de Dieu ne restreint pas seulement sa puissance extraordinaire et divine ; mais que, pour le mettre plus parfaitement en l'état d'une victime qu'on va immoler, elle resserre la puissance même naturelle, et en empêche tellement l'usage qu'il n'en reste pas la moindre apparence. Qui ne peut résister à la force, se peut quelquefois sauver par la fuite; qui ne peut éviter d'être pris, peut du moins [p. 10] se défendre quand on l'accuse; celui à qui l'on ôte la juste défense ^ a du moins la voix pour gémir et se plaindre de l'injustice. Mais Jésus ne se laisse pas cette liberté : tout est lié en lui, jusques à la langue ; il ne répond pas quand on l'accuse; il ne se plaint paa quand on le frappe ; et jusqu'à ce cri confus que forme le gémissement, triste et unique recours de la faiblesse
1. Var. : qu'il s'exposât nu et dés- Z. Première rédaction: qu'il se armé à quiconque voudrait entre- mette en un état de victime et qu'il prendre [de] lui faire outrage. Et resserre... (Souligné, jusqu'à et inc'estce qu'il a voulu nous faire con- clusivement ; c'est-à-dire effacé.) naître lorsqu'il a parlé aux Juifs en 4. Var. : cette suspension surpreces termes... uaute.
2. Luc, XXII, 62, 63.— Ms. : y une 5, Var. : cette libeité. ut hora,,..
.o])priniée, par lequel elle tâche d'attendrir les cœurs et d*emj)êcher par la pitié ce qu'elle n'a pu arrêter par la force, il ne plaît pas à mon Sauveur de se le permettre, liien loin de s'emporter jusques aux murmures, on n'entend pas même le son de sa voix; «il n'ouvre pas seulement la bouche : Non aperuit os situm \ » O ■exemple de patience mal suivi par les clirétiens, qui se vantent d'être ses disciples! Il est si abandonné aux insults, qu'il ne pense pas même avoir [p. 11] aucun droit de détourner la face des coups. Un ver de terre que l'on foule aux pieds fait encore quelque faible effort pour se retirer ; et Jésus, comme une victime qui attend le coup, n'en veut pas seulement diminuer la force" par le moindre mouvement de tête: Faciem iincam non averti ah incrcpantibus et eonspuentihiis^. jCe visage autrefois si majestueux, qui ravissait en admiration le ciel et la terre, il le présente droit et immobile à toutes les indignités dont s'avise une canaille furieuse. Pour quelle raison. Chrétiens? Parce qu'il est dans un état de victime, toujours attendant le coup, c'est-à-dire dans un état de dépouillement qui l'expose nu et désarmé^ pour être en butte à tous les insults*, de quelque coté qu'ils puissent venir, même des mains les plus méprisables.
L'étrange abandonnement de cette victime dévouée nous est très bien expliqué par un petit mot de saint Pierre, en sa première Épître canonique (chapitre ii), où, remettant devant nos yeux Jésus-Christ souffrant, il dit « qu'il ne rendait point opp[robres] pour opproj])res, ni malédiction pour malédiction, fp. 12] et qu'il n'usait ni de plaintes ni de menaces : Cum patcretur, ^non eomminahatur. » Que faisait-il donc, Chrétiens, dans tout le cours de sa Passion? Voici une belle parole: ft Tradehat autem juâ'icanti se injuste "^ : Il se livrait, il s'abandonnait à celui qui le jugeait injustement; » et ce qui se dit de son juge, se doit entendre conséquem-