‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 2)Chapitre 99 sur 552 · Is., IX · texte numérisé non relu

Is., IX

PANÉGYRIQUE DK SAINT PIEKKE.

Vers 1661 (2'J juin).

La dt'rouv>?rte du manuscrit de ce discours pourrait nous réserver quelques surprises ; jusque-là, il ne sera guère possible d'en fixer la date avec certitude. Lâchât place cette cs^quisse en 1061, tout en prétendant ctourdiment qu'elle renvoie à un sermon de 1668. Ce renvot, qui se rapporte en réalité au premier sermon sur la Circoncision (16.Î3), est une raison de ne pas attendre la date piroposée par cet éditeur. Les termes dans lesquels il est conçu supposent en effet que Bossuet n'avait encore qu'un sermon sur le texte : l ncabis nomen ejus Jesum. 11 en esquissera un autre pour le 1*" janvier 1664 ; dès lors, il y aura nécessité de préciser dans les citations. Quelques locutions employées ici, notamment Von pour on, se rencontrent fréquemment à l'époque où nous nous arrêtons (sous toutes réserves d'ailleurs).

Simon Jcannis, amas me?...

Domine, tu omnia hosti ; tu scis quia amo te.

Simon, tils de Jean, m'aimes-tu?

Seigneur, vous savez toutes choses, et vous n'ignorez pas que je TOUS aime. (Joan., \\i, 17.)

("est sans (JouU-, mes Frères, un spectacle bien digne (le notre curiosité, que de considérer le progrès de l'amour de Dieu dans les âmes. Quel agréable divertissement ne irouve-t-on pas à contempler de quelle manière les ouvrages de la nature s'avancent à leur perfection par un accroissement insensible ! Combien ne ijoûte-t-ofi pas de plaisir à observer le succès ^ des arbres qu'on a entés dans un jardin, l'accroissement des blés, le cours d'une rivière ! On aime à voir comment d'une petite source elle va se grossissant peu à peu, ,usqu'à ce qu'elle se décharge en la mer. Ainsi c'est un saint et innocent plaisir de remarquer les progrès de l'amour de Dieu dans les cœurs. Examinons-les en saint Pierre.

1. Il est fâcheux q\i'on ne ptiisic contrôler cette leçon intéressante.

PANÉGYRIQUE Dl v AINT PIERRE. 137

Son ainour a été premièrement imparfait ; et celui qu'il ressentait pour le Fils de Dieu tenait plus d'une tendresse naturelle que de la charité divine. De là vient qu'il était faible, languissant, et n'avait qu'une ferveur de peu de durée. Ce qu'il y avait de plus dangereux, c'est que cette ardeur inconstante, qui ne le rendait pas ferme, le faisait superbe et présomptueux : voilà le premier état de son amour. Mais, le faible de cet amour languissant ayant enfin paru dans sa chute, cet apôtre, se défiant de soi-même, se releva de sa ruine, plus fort et plus vigoureux par l'humilité qu'il avait acquise : voilà quel est le second degré. Et enfin cet amour, qui s'était fortifié par la pénitence, fut entièrement perfectionné par le sacrifice de son martyre. f''est ce qu'il nous faut i-emarquer en la personne de notre apôtre, en observant, avant toutes choses, que ce triple progrès nous est expliqué dans le texte de notre évangile.

Car n'est-ce pas pour cette raison que Jésus demande trois fois à saint Pierre: Pierre, m^aimcs-tu? Il ne se contente pas de sa première réponse : Je vous aime, dit-il. Seigneur. Mais peut-être que c'est de cet amour faible, dont l'ardeur indiscrète le transportait avant sa chute : s'il est ainsi, ce n'est pas assez. De là vient que Jésus réitère la même demande. Et il ne se contente pas que Pierre lui réponde encore de même ; car il ne suffit pas que son amour soit fortifié par la pénitence, il faut qu'il soit consommé par le martyre. C'est pourquoi il le presse plus vivement, et le disciple lui répond avec une ardeur nonpareille : Vous savez. Seigneur, que je vous aime ; tellement que, notre Sauveur voyant son amour élevé au plus haut degré où il peut monter en ce monde, il ne l'interroge pas davantage, et il lui dit : Suis-moi. Et où ? A la croix, où tu seras attaché avec moi : Extendes manus tuas ^ ; marquant par là le dernier effort que peut faire la charité. Car point de charité plus grande ici-bas, que celle qui conduit à donner sa vie pour Jésus-Christ : Majorem dilectionem nemo habet'. Ainsi paraissent, dans notre évangile, ces trois

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