Ms. : respec
3. La fin manque. Mais on retrouvera ces idées dans le sermon sur la Justice, avT dimanche des Kameaux :
(( N'en disons pas davantage, et croyons que les princes qui ont le
cœur grand, sont plus pressés par leur gloire, par leur bonté, par leiu* conscience, à soulager les misères publiques et particulières, qu'ils ne peuvent l'être par nos paroles. Mais Dieu seul est tout-puissant pour faire le bien... » (3^ point.)
Dimanche de la Passion, 11 avril 1666.
Le 11 avril, la Cour était encore à Versailles. Ce fut là sans doute que le sermon ^ fut prononcé^, si toutefois il ne fut pas retardé. Quoi qu'il en soit, c'est le seul que nous ayons pour cette semaine. La fin en est seulement esquissée; mais ce n'est pas une raison de croire qu'il soit resté en détresse, comme quelques-uns de ceux qui précèdent. C'est alors précisément que l'orateur va reprendre dans le sermon sur la Charité fraternelle une pressante invitation à s'instruire de ses défauts au pied de la chaire.
Il eût été regrettable que cette cour, qui n'avait jamais été plus frivole et plus dissipée que pendant ce temps de deuil officiel, n'eût pas entendu quelques leçons, comme il y en a tant dans ce discours : « Les hommes, presque toujours injustes, le sont en ceci principalement, que la vérité leur est odieuse... » : voilà le début. Et, après VAve Maria, le second exorde insistera encore davantage : « Tous ceux qui font mal, dit le Fils de Dieu, haïssent la lumière et craignent de s'en approcher, à cause qu'elle découvre leurs mauvaises œuvres. » On voit que Bossuet n'abdiquait pas devant les caprices du Maître. Tous les courtisans eussent-ils été d'accord pour écarter les vérités gênantes, il leur aurait encore crié: ce Non, le soleil éteint tout à coup ne jetterait pas la nature étonnée dans un état plus horrible qu'est celui d'une âme malheureuse où la vérité est éteinte; » et il s'efforcerait toujours de leur persuader qu'ils ont intérêt à « bien connaître leurs fautes, » quand même ils ne voudraient pas encore s'en corriger: ce car... si le malade ne presse pas sa guérison, du moins ne doit-il r)as assurer sa perte. »
Combien donc les premiers éditeurs étaient-ils mal inspirés en essayant d'absorber ce discours dans celui de 1661 pour le même dimanche! N'ayant pu réussir à n'en faire qu'un des deux, ils s'étaient du moins donné la satisfaction de le recomposer à leur manière, cousant à la moitié du sermon des Carmélites la moitié de celui de la Cour, et réciproquement. Lâchât, qui avait sous les yeux les deux manuscrits avec leur pagination respective, ne soupçonnait pas un pareil amalgame, et le reproduisait à son tour! C'est seulement dans le Choix de sermons de Gandar qu'on a pu lire pour la première fois les textes véritables. Quelques accidents, comme on le verra, restaient encore à réparer.