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Chrétiens, si ^ les apôtres ne comprennent point " ces mystérieux discours. Mais qu'ils n'aient pu concevoir les choses que le Fils de Dieu leur dit aujourd'hui en termes si clairs, je vous confesse, mes Frères, que j'en suis surpris. En effet, écoutez, je vous prie, de c{uelle sorte il leur parle dans notre évangile : Noua montons, [p. 2] leur dit-il, en Jérusalem, et toutes les choses que les prophètes ont écrites du Fils de rhomme seront bientôt accomplie[s] ^ ; car il sera livré aux Gentils, il sera moqué, flagellé, on lui crachera au visage, et, après l'avoir fouetté, ils le feront mourir, et il ressuscitera le troisième jour *. Je vous demande. Messieurs, en quelle partie de ce discours vous trouvez de l'obscurité ; au contraire, ne paraît-il pas ^ que tout y est fort intelligible, et que le Sauveur ^ ne s'était pas énoncé en termes plus clairs, quand les apôtres lui dirent en un autre endroit ' : « Maître, vous nous parlez à cette heure tout ouvertement, et vous n'usez d'aucune figure ni parabole ? Ecce nunc [p. 3] palam loqueris, et proverhium nullum dicis ^. » Et toutefois admirez que, Jésus ayant dit ces choses sans aucune ambiguïté, saint Luc remarque aussitôt qu'ils ne comprirent rien en tout son discours ; et comme si c'était peu de l'avoir observé une seule fois, il continue en disant : Et ^ cette parole leur était cachée; et enfin il ajoute encore : Et ils n'entendaient pas ce qu'il leur disait.
Certainement ce n'est pas en vain que l'évangéliste insiste si fort sur cette ignorance des apôtres : il veut que nous entendions par ces fréquentes répétitions combien étaient épais les nuages qui enveloppaient leurs esprits; et tout ensemble il nous avertit qu'il ne faut
1. Var. : je ne m'étonne pa?,Chré- 7. Var. : et il ne s'était pas énoncé tiens, que... — et il ne leur parlait pas plus elai-
2. Var. : pas. renient, lorsqu'ils lui dirent en un 8. Var. : lui arriveront bientôt. autre endroit... — et que jamais les 4. Lue., xviir, 31-33. apôtres n'ont eu plus de raison de ô. Var. : ne serable-t-il pas. dire au Sauveur ce qu'ils lui ont dit 6. Note marginale, à la sanguine : en un autre endroit.
'.< Il spécifie tout fort distinctement.» 8. Joan., xvi, 29. — Note margi-
— Les éditeurs, Lâchât comme les nale : 7rapo'.;j.iav.
autres, quelque ennemi qu'il soit en 9. Les éditeurs suppriment cette
général des notes marginales, cou- conjonction, qui est dans le texte
peut la phrase, et la complètent, sacré, comme dans notre manuscrit. pour y faire entrer celle-ci.
[p. 4] point passer ici légèrement, mais nous arrêter avec attention, et sérieusement rétléchir sur une telle ignorance. Or, mes Frères, pour me conformer à l'intention de Fauteur sacré et à celle du Saint-Esprit, j'ai dessein de vous proposer les réflexions que j'ai faites. Ce c[ue je découvre d'abord ^, c'est qu'il ne suffit pas que le soleil luise et que les flambeaux soient allumés, si la vue est mal disposée, et que la clarté se présente en vain lorsque les yeux sont malades. Mais quel était cet aveuglement Cjui empêchait les apôtres d'entendre des paroles si manifestes et de voir, pour ainsi dire, dans [p. 5J un si grand jour ? C'est ce qu'il nous faut rechercher ; et c'est là qu'en trouvant la cause qui offusque leur intelligence, nous connaîtrons ^ les empêchements qui obscurcissent aussi si souvent la nôtre. Pour pénétrer ce secret, conférons un autre passage avec celui-ci ; c'est une excellente méthode pour entendre les Écritures ; je m'en servirai en ce lieu, et saint Luc nous expliquera les sentiments de saint Luc.
Après qu'il a rapporté ", dans son neuvième chapitre, un discours du Sauveur des âmes sur le sujet de sa. Passion"^ et de sa mort, semblable à celui qu'il tient dans l'évangile de ce jour, il remarque pareillement que les apôtres n'y comprirent rien : « Et les disciples, dit-il, n'entendirent [p. 6] point cette parole, et elle était comme voilée devant eux, en sorte C[u'lIs ne la sentaient pas ^ ; et ils craignaient de l'interroger sur ^ cette parole : At ilU ignorahani verhiim istud, et erat vclatum ante eos, ut non sentirent illud ; et tîinehant eum interrogare de hoe verho \ >> Je vois ^, si je ne me trompe, les deux causes de l'aveuglement. Si les apôtres n'entendent pas les paroles très évidentes du Sauveur Jésus, c'est que non seulement leur esprit, mais encore leur volonté est mal disposée. Premièrement ils n'entendent
1. Vrir. : Je vois avant toutes mais Bossuet l'a effacée, parce choses qu'il ne suffit pas... qu'elle rendait la traduction moins
2. Var. : nous verrons... littérale. Il véritie même sur le texte o. Var. : raconté. Ri'ec, rappoi'té en note marginale :
4. Note marginale: Cet[te] ig:no- Vva jxlr] aVa6tovxai aùxd. rance les tient quand J[ésus] leur 0. Var. : de.
parle de sa Passion. 7. Luc, TX, 45. — Ms. : de verho
5. Édit. : n'en sentaient pas la 7/ oc. De même f>l us bas, force. — C'était une correction ; 8. Var. : Voilà.
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pas, parce qu'ils ont l'esprit occupé par d'autres pensées et obscurci par les préjugés qui naissent des sens ^ ; et voilà ce voile c^ui est devant eux et les empêche de voir : Et erat velatum ante eos. Secondement [p. 7] ils n'entendent pas, parce qu'ils craignent d'être éclaiicis" ; et ils ne découvrent pas la lumière, à cause qu'ils détournent les yeux délibérément, ce Ils appréhendaient"^, dit l'évangéliste, de l'interroger sur cette parole : Et timehant eiwi interrogare de hoc verho. » Voilà donc les deux grands obstacles qui nous empêchent d'entendre les paroles de Jésus-Christ : obstacle de la part de l'entendement, qui, prévenu de ses pensées et couvert de ses préjugés comme d'un voile ténébreux ^, ne peut pénétrer à travers ce voile, ni le percer par ses regards ; obstacle de la part de la volonté, qui fuit l'éclaircissement et ne veut pas être instruite. Telles sont les causes profondes de l'aveuglement des mortels sur la Passion du Sauveur''. L'esprit préoccupé ne peut recevoir la lumière ; la volonté dépravée l'évite et la craint. O Jésus ! dans quelque [p. 8] évidence que vous exposiez le mystère de vos souffrances^, les honnnes n'entendront jamais, et notre aveuglement ^ sera sans remède, si nous ne déracinons ces deux maux extrêmes qui nous empêchent de voir : la préoccupation dans l'esprit et une crainte secrète dans la volonté, qui nous fait appréhender la lumière. C'est aussi ce que j'entreprends, avec le secours de la grâce, dans les deux parties de mon discours.
Premier Point.
Saint Thomas, voulant nous décrire ce que c'est qu'un bon entendement, et quel est l'homme bien sensé, dit que c'est celui dont l'esprit est disposé comme une glace
1. Première rédaction, complétée à travers ce voile, qui lui couvre les ensuite : « parce qu'ils ont l'esprit vérités évangéliques. — Ces six derobscurci parles préjugés des sens. » niers mots sont maintenus dans le
2. Var. : parce qu'ils refusent de texte des précédentes éditions. chercher — ne xeulent pas chercher 5. Cinq mots ajoutés, à la sanl'éclaircissement nécessaire. guine.