‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 181 sur 532 · Var. : et enveloppé, pour ainsi desseins · texte numérisé non relu

Var. : et enveloppé, pour ainsi desseins

dire, dans ses préjugés, comme dans 7. Var. : notre ignorance,

un voile ténébreux, ne peut pénétrer

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nette et bien unie ^, où les choses s'impriment telles qu'elles sont, sans que les couleurs s'altèrent ou que les traits se courbent et se défigurent : In quo objecta non distorta, sed simjylici intuiUt recta videntur'^ . [p.9J Qu'il y a peu d'entendements qui soient disposés de cette sorte ! que cette glace est inégale et mal polie ! que ce miroir est souvent terni, et que rarement il arrive que les objets y paraissent en leur naturel ! Mais il n'est pas encore temps de nous plaindre de nos erreurs : il en faut rechercher les causes ; et tous les sages sont d'accord que l'une des plus générales, ce sont nos préventions, nos vains préjugés, nos opinions anticipées. Le même saint Thomas remarque qu'il y a un certain mouvement dans nos esprits, qui s'appelle précipitation ; et je vous prie. Messieurs, de le bien entendre. Ce grand homme, pour nous le rendre sensible, nous l'expliciue par la ressemblance des mouvements corporels^. Il y a beaucoup de différence entre un homme qui descend et un homme qui se précipite. Celui [p. 10] qui descend, dit-il, marche posément et avec ordre, et s'appuie sur tous les degrés ; mais celui c^ui se précipite se jette comme à l'aveugle par un mouvement rapide et impétueux, et semble vouloir atteindre les extrémités sans passer par le milieu. Appliquons ceci, avec saint Thomas, aux mouvements de l'esprit. La raison, poursuit ce grand homme, doit s'avancer avec ordre, et aller * considérément d'une chose à l'autre; si bien qu'elle a comme ses degrés, par où il faut qu'elle passe ^ avant c^ue d'asseoir son jugement. Mais l'esprit ne s'en donne

1. Var. : est disposé comme un mi- que les t3"pographes parisiens, vou-

roir très net et très poli. Cette cora- lant le remercier de les av^oir défen-

paraison se retrouve dans Y Histoire dus dans un pi-ocès. lui offrirent une

du Considat et deV E)npire.Tpa,rTh.\evs édition des Oraisons funèb?-es, tirée

(Préface du tome XYIIT). Il est peu par eux h un seul exemplaire.

probable que cet homme politique 2. I^ 11^'»=. qufest. Ll, art. o.

en ait emprunté l'idée à saint Tho- 8. 11^ IIl'*^, quaest. Llir, art. 3.

mas, ni même à Bossuet. Non que , 4. Var. : marcher — passer. —

tous les orateurs parlementaires dé- Edit. : et marcher, aller considéré-

daignent ou négligent le grand ment...

orateur de la chaire. On garde à la 5. Souligné, et toutefois maintenu.

Bibliothèque de la ville de Paris — Ce mot forniiiit redite avant les

(Musée Carnavalet) le Bossuet de corrections signalées dans la note

Berryer, où sont soulignés les plus précédente, en vertu des(pielles pa."-

beaux passages des discours. Son ser a été remplacé d'abord par

goût pour cet auteur était si connu, marcher, et entin par aller.

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pas toujours le loisir ; car il a je ne sais quoi de vit' qui fait qu'il se précipite. Il aime mieux juger que d'examiner les raisons, parce que la décision [p. il] lui plaît et que l'examen le travaille. Comme donc son mouvement est fort vif, et sa vitesse incroyable, comme il ^ n'est rien de plus malaisé que de fixer la mobilité et de contenir ce feu ^ des esprits, il s'avance témérairement, il juge avant que de connaître, il n'attend pas que les choses se découvrent et se représentent comme d'ellesmêmes, mais il prend des impressions qui ne naissent X^as des objets, et, trop subtil ouvrier, il se forme luimême de fausses images. C'est ce qui s'appelle précipitation ; et c'est la source féconde de tous les faux préjugés qui obscurcissent notre intelligence.

En effet ", Messieurs, ces préventions et ces opinions anticipées sont autant de nuages devant l'esprit, et autant de taches sur ce beau miroir, qui empêche [nt] que la vérité n'y soit imprimée. Vous sollicitez un juge, vous vous excusez envers un maître, vous voulez instruire un égal; vous le trouvez prévenu : [p. 12] ô le grand et inutile travail ! ô que vos paroles sont faibles, et que vous vous consumez par un vain effort * ! L'esprit est engagé et a pris sa formelles idées qui sont déjà audedans repoussent tout ce qui vient du dehors. La vérité se présente ; on ne la voit plus, on ne l'entend plus. Combien de fois "" on ferme l'oreille aux plaintes des innocents ! Ha ! mes Frères, donnons-nous garde de cette dangereuse précipitation. Laissons agir les raisons, laissons faire les choses ; c'est à dire : recevons les impressions que la vérité fei'a sur notre esprit ^, mais n'en prenons point de nous-mêmes. Apprenons à arrêter et à contenir ce feu des esprits et leur mobilité impétueuse ^ ; car ensuite, pour l'ordinaire, on ne revient

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