‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 185 sur 532 · Matth . x^'l · texte numérisé non relu

Matth . x^'l

un voile qui les empêche d'en sentir la force : Et erat velatum ante eos, ut non sentirent illud^.

Que si vous me demandez d'où naissait dans les saints apôtres une si violente préoccupation, je vous le dirai", M[essieurs], en peu de paroles : c'est qu'ils voulaient juger des desseins de Dieu selon la mesure du sens humain. Je l'ai déjà dit, M[essieurs], que ce qui est cause que nous jugeons mal", c'est que nous jugeons précipitamment '^, et que [p. 17] notre esprit trop prompt se laisse emporter "" d'un côté ou d'un autre, avant que de bien entendre; parce que '^, si notre esprit évitait cette précipitation, il aimerait mieux s'arrêter et demeurer en suspens, c^ue de prendre mal son parti. Mais il faut encore ajouter qu'à l'égard des choses divines, quelque soin ' que nous apportions à les pénétrer, et avec quelque considération que nous balancions, pour ainsi dire, notre jugement, nous sommes toujours téméraires et précipités, lorsque nous espérons connaître, ou C[ue nous osons juger par nous-mêmes. Pour connaître les choses de Dieu, il faut que Dieu nous enseigne, et forme lui-même notre jugement : Et erunt omnes docihiles Dei... ^ Doctos a Domino^. Car il est tellement au-dessus de nous, que tout ce que nous en pouvons penser de nous-même[s| nous est un obstacle invincible pour entendre ce qu'il est. C'est pourc{uoi ce sublime [p. 18] théologien ^^, dont saint Denis Aréppagite ne désavouerait jamais la doctrine ni les sentiments, dans ce traité admirable qu'il a composé de la Théologie mystique, dit que nous ne sommes capables d'entendre Dieu que par une entière cessation de toute notre intel-

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