‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 207 sur 532 · Ihid.. V, 41. XVII, cap. i · texte numérisé non relu

Ihid.. V, 41. XVII, cap. i

Second Point.

Mais, ma Sœur, il faut prendre garde qu'en méprisant la gloire des hommes, vous ne retombiez sur vousmême, et que vous ne receviez plus agréablement de vos proi^res mains cet encens que vous refusez de la main des autres. C'est un défaut ordinaire de l'esprit humain, après qu'il s'est élevé au-dessus des vices, audessus des désirs vulgaires, au-dessus des jugements et de l'estime des autres, de se plaire uniquement en soimême. Et il faut ici vous expliquer tout le progrès de l'orgueil, par une excellente doctrine de saint Augustin ^.

Il n'y a rien, au-dessous de Dieu, de plus noble ^ que la créature raisonnable : d'où il s'ensuit qu'une âme vertueuse, qui se cultive elle-même, ne découvre^ rien sur la terre qui soit capable de la délecter plus qu'ellemême ; et elle trouve d'autant plus à se plaire dans son propre bien, que le bien qu'elle recherche est plus excellent. C'est pourquoi, si l'on n'y prend garde attentivement, en épurant son jugement et son esprit, en réprimant les mauvais désirs et les faiblesses humaines, on nourrit en soi-même insensiblement une gloire cachée et intérieure, qui est d'autant plus à craindre '^ qu'il reste moins de défauts pour lui servir de contrepoids. Et, comme j'ai déjà dit, il ne faut point nous imaginer que nous avons évité cette maladie, quand nous avons méprisé l'estime des hommes ; car c'est alors que, nous renfermant et nous ramassant en nousmêmes, nous sommes ordinairement encore plus livrés à notre amour-propre.

Ainsi en cet état. Chrétiens, bien loin de mépriser la vaine gloire, au contraire nous en séparons pour nous le plus déhcat et le plus exquis ; nous en prenons le plus fin parfum, et tirons, pour ainsi dire, l'esprit et la quintessence de cet agréable poison ^. Car notre gloire est d'autant plus grande qu'elle se contente

1. Cont. Jtdian.. lib. IV, cap. m, travaille à sa perfection, nerencoiin. 28. tre...

2. Yar. : de plus excellent. 4. Yar.: d'autant plus dan^erense.

3. Yar. : qu'une âme fidèle, qui 5. Yar. : d'un poison si subtil.

d'elle-même. Nous trouvons je ne sais quoi de plus fin dans notre propre jugement, quand il a eu la force de s'élever au-dessus des jugements des autres; ce C[ui fait que nous en sommes et T3lus amoureux et plus jaloux. Et alors, quand il arrive que nous nous plaisons en nous-mêmes, nous nous y plaisons d'autant plus que rien ne nous plaît que nous, ("est ainsi que nous nous faisons des dieux en nous-mêmes.

En effet, ce C|u'il y a de plus dangereux pour nous dans les louanges qu'on nous donne n'est pas le péril d'être flattés par la bonne estime des autres. Cette complaisance secrète que nous avons pour nous-mêmes, c'est ce qui fait notre plus grand mal ; c'est elle Cjue les louanges et les approbations qu'on donne à notre conduite ou à notre esprit viennent fortifier dans le fond du cœur. Et certes, rien ne nourrit tant cette estime que nous avons de notre mérite, que les applaudissements de ceux qui nous environnent ; ce concours de leur opinion avec la nôtre fait un concert trop agréable pour nous. C'est ce concours de leur complaisance avec la nôtre qui fait c^ue la nôtre se croit bien fondée et s'imprime avec plus de force. Cette même complaisance nous revient par plusieurs endroits, et se réveille de toutes parts : quand nous la prenons toute seule, elle n'est pas moins dangereuse.

C'est, ma Sœur, à cet excès qu'arrivent ceux qui ne se glorifient pas en Notre-Seigneur, selon le précepte de l'Apôtre ^. Maudit Vhomme qui s^ appuie et se plait en Vhomme l dit l'oracle de l'Écriture ^. Et par là, dil saint Augustin ^, celui-là est maudit de Dieu, qui se plaît ou se confie en lui-même, parce que lui-même est un homme : de sorte qu'il ne suffit pas de vouloir être petit aux yeux de tous, si nous ne sommes petits à nousmêmes, et si nous ne nous tenons les derniers de tous, ce Chacun, par le sentiment d'une humilité sincère, doit croire les autres au-dessus de soi : In humilitate superiores ^ihi invieem arbitrantes'^. »

Étudiez vos défauts : vous venez dans la religion pour vous détacher de vous-même. Séparée, par l'obéissance

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