‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 208 sur 532 · Terein., xvir. ;'». 4. Philip., ii · texte numérisé non relu

Terein., xvir. ;'». 4. Philip., ii

26i POUR LA VÊTURE

de votre esT)rit propre et de vos propres lumières, vous commencerez à vous voir et à vous connaître dans une lumière supérieure.

La science la jdIus nécessaire à la vie humaine, c'est de se connaître soi-même; et saint Augustin a raison de dire ^ qu'il vaut mieux savoir ses défauts c^ue de pénétrer tous les secrets des États, et de savoir démêler toutes les énigmes de la nature. Cette science est d'autant plus belle, qu'elle n'est pas seulement la plus nécessaire, mais la plus rare de toutes, ce Delicia quis intelUgit ~ ? Qui est-ce qui connaît ses fautes ? » Nous jetons nos regards bien loin ; et pendant que nous nous perdons dans des pensées infinies, nous nous échappons à nous-mêmes. Tout le monde connaît nos défauts ; ils font la fable du peuple ; nous seuls ne les savons pas : et deux choses nous en empêchent. Premièrement nous nous voyons de trop près ; l'œil se confond avec l'objet : nous ne sommes pas assez détachés de nous-mêmes pour nous considérer d'un regard distinct et nous voir d'une pleine vue. Secondement, et c'est le plus grand désordre, nous ne voulons pas nous connaître, si ce n'est par les beaux endroits ; nous nous plaignons du peintre qui n'a pas su couvrir nos défauts, et nous aimons mieux ne voir que notre ombre et notre figure, si peu qu'elle semble belle, que notre propre personne, si peu qu'il y paraisse d'imperfection. Cette ignorance nous satisfait ; et par la même faiblesse qui fait que nous nous imaginons être sains quand nous ne sentons pas nos maux, assurés quand nous fermons les yeux au péril ^, riches Cjuand nous négligeons de voir l'embarras et la confusion de nos comptes et de nos affaires, nous croyons aussi être parfaits quand nous n'apercevons pas nos défauts. Quand notre conscience nous les reproche, nous' nous étourdissons nous-mêmes.

Dans ce silence, dans cette retraite, envisagez vos défauts, connaissez exactement vos péchés : vous trouverez tou,s les jours de quoi vous déplaire à voys-même. i( Dieu, dit saint Augustin, a voulu, pour nous empêcher de tomber dans l'orgueil, que nous eussions un

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