‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 21 sur 532 · Dans, sur. adverbe est supprimé au manuscrit · texte numérisé non relu

Dans, sur. adverbe est supprimé au manuscrit

3. Dix mots autographes, depuis II faisait partie d'une première réla fin de la phrase précédente. Pre- daction ainsi conçue : «... veut assumière rédaction : « ... publique; du rément se venger de l'un, ou plutôt moins nous n'avons pas à craindre de tous les deux. »

les astres : le bonheur ni le malheur 7. I Petr., iv, 17. — Ms. : ut j'iidi-

de la vie humaine n'est pas dispensé cium incipiat... par des influences naturelles, mais

Celui qui réussit le premier n'est pas plus en sûreté que l'autre, parce que son tour viendra au temps ordonné. Dieu châtie les uns par les autres, et il châtie ordinairement ceux par lesquels il châtie les autres. Nabuchodonosor est son serviteur pour exercer ses vengeances ; le même est son ennemi pour recevoir les coups de sa main irritée ^. Prenons donc garde, mes Frères, de ne mettre pas Dieu contre nous ; et infidèles à notre patrie et à notre Prince, ne nous joignons pas à nos ennemis, et ne les fortifions pas par nos crimes. Faisons la volonté de Dieu, et après il fera la nôtre : il nous protégera dans le temps, et nous couronnera dans l'éternité, où nous conduise [le Père, le Fils et le Saint- Esprit] .

Première rédaction du troisième point : Que si nous nous soumettons à la sainte volonté de Dieu, nous y trouverons la paix de nos âmes, et rien ne sera capable de nous émouvoir. Voyez la très sainte Vierge. Siméon lui prédit des maux infinis, et lui annonce des douleurs immenses : « Votre; âme, [p. 42] lui dit-il, ô mère, sera percée d'un glaive, et ce fils, toute votre joie et tout \otre amour, sera mis en butte aux contradictions des hommes : In signum [cui contradicetur']y) ; c'est à dire, si nous l'entendons, qu'il se fera contre lui des complots et des conjurations (var. : des émotions terribles), et que toute la puissance, toute la fureur, toute la malice du monde se réunira pour concourir à sa perte.

Telle est la prédiction de ce saint vieillard, d'autant plus dure et insupportable que Siméon, ne marquant rien en particulier à cette mère affligée, lui laisse à imaginer et à craindre tout ce qu'il y a de plus extrême et de plus affreux (var. : de plus rude et de plus extrême). En effet, je ne conçois rien de plus effroyable que cette cruelle suspension d'une âme menacée de quelque grand mal, sans qu'elle sache seulement de quel côté elle doit se mettre en garde. Alors cette âme, étonnée et éperdue, ne sachant où se tourner, va chercher et parcourir tous les maux pour en faire son supplice, et ne fp. 43] donne aucune borne ni à ses craintes ni à ses peines. Dans cette cruelle incertitude, avouez que c'est une espèce de consolation de savoir de quel coup il faudra mourir; et que saint Augustin a raison de dire « qu'il vaut mieux sans comparaison endurer une seule mort, que de les appréhender toutes : Satius est xinam perpeti (ms. : perferre) moriendo, quam omnes timere vivendo » (De Civit. Dei, lib. I, cap. xi). Toutefois Marie ne réplique pas au vénérable vieillard qui lui prédit (var. : prophétise) tant d'afflic-

1. Var. : de sa justice. — Copie : pour en recevoir les coups.

tions et [de] traverses : elle écoute en silence et sans émotion ses terribles prophéties; elle ne lui demande curieusement ni le temps, ni la qualité, ni la fin et l'événement de ces funestes aventures dont il la menace : il lui suffit {édit. : elle sait) que tout est régi par des raisons éternelles, auxquelles elle se soumet ; et c'est pourquoi ni le présent ne la trouble, ni l'avenir ne l'inquiète. Ainsi, si nous abandonnons toute notre vie à cette sagesse suprême (mot effacé, puis rétabli, en place de : haute sagesse) qui régit si bien toutes choses, nous serons toujours fermes et inébranlables; il n'y aura point pour nous de nécessités fâcheuses: nous ressemblerons au bon Siméon ; ni la vie n'aura rien qui nous attache, ni la mort, tout odieuse qu'elle est, n'aura rien qui nous épouvante : nous attendrons avec lui humblement et tranquillement la réponse du Saint-Esprit et l'ordre de la Providence éternelle, pour décider du jour de notre départ ; et quand nous aurons accompli ce que Dieu veut que nous fassions sur la terre, nous serons prêts à dire à toute heure, à l'imitation de ce saint vieillard: Seigneur, laissez maintenant mourir en paix votre serviteur.

[P. 45] Mais, mes Frères, imitons en tout ce saint homme. Ne sortons point de ce monde (var. : de ce corps mortel) avant que Jésus (var. : le Sauveur) nous ait paru : Quia viderunt [ocidi mei Salutare tuum"] ; et que nous puissions dire avec lui : Mes yeux ont vu le Sauveur. Je sais qu'il est venu, ce divin Sauveur, sur la terre, « celui que Dieu avait destiné pour être exposé en vue à tous les peuples de l'univers (var. : de la terre) : Quod parasti ante faciem omnium populorum. » On l'a vue, « cette lumière éclatante qui devait éclairer toutes les nations et remplir {var. : combler) de gloire son peuple Israël {édit. : son peuple d'Israël) : Lumen, ad revelationem gentium, et gloriam plebis tuœ Israël. » Enfin ce Sauveur tant de fois promis a contenté (var.: rempli, satisfait) l'attente de tout l'univers; il a accompli les prophéties, il a renversé les idoles, il a délivré les captifs, il a réconcilié les pécheurs (var. : il a converti les peuples). Mais, mes Frères, ce n'est pas assez: ce Sauveur {var.: Mais, mes Frères, avec tout cela il) n'est pas encore venu pour nous, puisqu'il ne règne pas encore sur tous nos désirs; il n'est pas notre conducteur ni notre lumière, puisque nous ne marchons pas dans les voies qu'il nous a montrées. Non, ni nous n'avons vu sa face, ni nous n'avons écouté sa voix, ni nous n'avons pas [p. 46] sa parole demeurante en nous, puisque nous n'obéissons pas à ses préceptes. (En marge le latin : Neque vocem ejus unqvam audistis, neque speciem ejus iridistis, et verhum ejus non hahetis in vohis manens. Joan., v, 37, 38.) Car écoutez ce que dit son disciple bien-aimé : ce Celui qui dit qu'il le connaît, et ne garde pas ses commandenrents, c'est un menteur, et la vérité n'est point en lui : Qui dicit se nosse eum, et mandata ejus non custodit, mendax est, et in hoc Veritas non est. » (I Joan., II, 4). Après cela, Chrétiens, qui de nous se peut vanter de le connaître ? Qu'avons-nous donné à son Évangile ? Quels vices avons-nous corrigés ? Quelles passions avons-nous domp-

28 a\RÊME DE SAINT-GERMAIN.

tées ? Quel usage avons-nous fait des biens et des maux de la vie ? Quand Dieu a diminué (var. : retranché) nos richesses, avons-nous songé en même temps à modérer notre luxe ? Quand la fortune nous a trompés, avons-nous tourné notre cœur aux biens qui ne sont point de son ressort ni de son empire ? Au contraire, n'avons-nous pas été de ceux dont il est écrit : Dissipati sunt, nec compuncti (Ps. xxxiv, 16) ? Nous avons été (va"".: Ils ont été) affaiblis, sans être touchés de componction ; serviteurs opiniâtres et incorrigibles, qui nous sommes mutinés même sous la verge ; repris, et non [p. 47] corrigés (var. : châtiés et non confondus) , abattus et non humiliés, châtiés (var, : repris) sévèrement et non convertis. Après cela, si nous osons dire que nous aAons connu Jésus-Christ, que nous avons vu ce Sauveur que Dieu nous avait promis, le Saint-Esprit nous appellera des menteurs, et nous dira par la bouche de saint Jean que la vérité n'est pas en nous.

Craignons donc. Chrétiens, craignons de mourir, car nous n'avons pas vu Jésus-Christ; nous n'avons pas encore tenu le Sauveur entre nos bras, nous n'avons encore embrassé ni sa personne, ni ses préceptes, ni ses vérités (var.: ni les saints enseignements de son Évangile). Malheur à ceux qui mourront avant que Jésus-Christ ait régné sur eux (var. : sans avoir eu ce bonheur) ! O que la mort leur sera fâcheuse (var. : terrible) ! ô que ses approches leur seront (var. : ô que les approches en seront) terribles! ô que ses suites leur seront funestes et insupportables! En ce jour, toute leur grandeur (var.: gloire) sera dissipée; en ce jour, tous leurs grands projets seront ruinés; ce en ce jour, périront, dit le Psalmiste, toutes leurs hautes pensées : In illa die perihunt omnes cogitationes eoruni » (Ps. cxlv, 4) ; en ce jour, [p. 48] commenceront leurs supplices ; en ce jour, s'allumeront pour eux les feux éternels ; en ce jour, la fureur et le désespoir s'empareront de leur âme, et ce ver qui ne meurt point enfoncera dans leur cœur ses dents dévorantes et venimeuses (var.: sa dent perçante, — pénétrante, — et envenimée), sans jamais lâcher la jDrise.

Ha! mes Frères, allons au Temple avec Siméon, prenons Jésus en notre bras, donnons-lui un baiser religieux (var.: un sacré baiser), embrassons-le de tout notre cœur.

Un homme de bien (Première rédaction:... ses dents dévorantes et venimeuses. Au contraire un hoixime de bien) ne sera pas étonné dans les approches de la mort. Son âme ne tient presque plus à rien ; elle est déjà comme détachée de ce corps mortel (var.: ne tient presque plus à son corps) : autant qu'il a dompté de passions, autant a-t-il rompu de liens : l'usage de la pénitence et de la sainte mortification l'a déjà comme désaccoutumé de son corps et de ses sens ; et quand il verra arriver la mort, il lui tendra de bon cœur les bras, il lui montrera luimême l'endroit où il faut qu'elle frappe son dernier coup. O mort, lui dira-t-il, je ne te nommerai ni cruelle ni inexorable : tu ne m'ôteras aucun des biens que j'aime; tu me délivreras de ce corps mortel. O mort, je t'en remercie ; il y a déjà tant d'années

que je travaille moi-même à m'en détacher et à secouer ce fardeau (var.: que je travaille moi-même à m'en délivrer.) Tu ne troubles (var.: rompras) donc pas mes desseins, tu les accomplis (var, : achèves) ; tu n'interromps (var. : tu ne renverseras) pas mon ouvrage, mais plutôt tu y vas mettre la dernière main. Achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à mon Maître : Nunc dimittis !

Que ne devons-nous pas faire pour mourir en cette paix ? O que nous puissions mourir de la mort des justes, pour y trouver le repos que tous les plaisirs de la vie ne peuvent pas nous donner, et afin que, fermant les yeux à tout ce qui se passe, nous commencions à les ouvrir à ce qui demeure, et que nous posséderons (édit. : et que nous les possédions) éternellement avec le Père, le Fils, et le Saint-Esprit.

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