SERMON SUR L'AUMONE
Destiné au mercredi, 17 mars 1G6G. Incomplet.
L'auteur a écrit en abrégé sur l'enveloppe : Première semaine, deuxième sermon, Aumône i. Il y a par conséquent un premier sermon, celui du dimanche, qui ne nous est pas parvenu. Du reste, il n'avait pu être prêché : ce jour, 14 mars, la Cour tout entière assistait à des revues de troupes entre Mouchy et Compiègne. Partie de Saint-Germain le samedi, 13 mars, elle n'y revint que le vendredi, 19. Si notre sermon, dont, selon toute apparence, le premier point seul a été écrit, fut lui-même prononcé, il dut au moins être retardé jusqu'au vendredi.
On pourrait être tenté de croire que le prédicateur s'était attendu cette fois, par exception, à porter la parole le lundi, bien que ce ne fût pas jour de sermon, à la Cour. Nous avons admis comme probable cette hypothèse, dans l'Histoire critique de la Prédication de Bossuet (p. 224), en raison de l'insistance avec laquelle sont répétés dans l'exorde ces mots : ce dans notre évangile. » Mais c'est peut-être trop presser le sens de cette expression, et elle peut ne signifier autre chose que l'évangile d'où est tiré le texte du discours, et qui se lit le premier lundi de carême.
Bossuet a inscrit sur l'enveloppe primitive de son manuscrit, à la suite du titre, les références suivantes : « Voy. sermon du Mauvais riche 2, Louvre, 2® semaine, 1^^ sermon ; — Hôpital général, sermon de la Compassion ^ ; — Sainte Vierge * ; — Deus tentavit eos ^ : — Moral., III. » Ce dernier renvoi désigne un des cahiers de Remarques morales, c'est-à-dire d'extraits et de réflexions, dont nous avons expliqué la nature et l'importance dans le premier chapitre de l'Histoire critique... Nous supposons que ce fut aussi à l'occasion de ce discours que Bossuet transcrivit et traduisit plusieurs versets du chapitre lviii d'Isaïe^,
1. Ms. fr. 12822, fo 98-108. In-4 ; qui est ainsi désigné d'une façon marge d'un quart à peine. On lit énigmatique. Yoy. t. III, p. 51, suraussi sur l'enveloppe ces mots écrits tout la péroraison, p. 72-7.^. Cf. les au crayon rouge : « l'aumône vient renvois contenus dans le sermon qui du cœur, l'argent, l'aum'ône .nu pau- vient d'être cité, celui ûe la Cornvre. Comp. l'aumône à Dieu. » Cette passion (1 1)63). t. IV, p. 46»), note 1 . note est un rappel des idées déve- 5. T. lY. p. 420 et seq.
loppées, t. I, p. 141. 6. Voici cette traduction. Elle est
2. Correspond aux pages 193-215 précédée du texte latin de la derdu IVe volume. nière moitié de ce chapitre : Nonne
3. T. IV, p. 458 et seq. hoc est mnqi.^ jejuniiim quod elegi?
4. C'est le sermon de 1659 pour la Dissolve... (6-14) : Délivrez les opiête delà. Nativité de la sainte Vierffe pressés des liens et de la tyrannie
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que les anciennes éditions introduisent arbitrairement dans le canevas d'un des sermons cités, le Semper pauperes, prêché à l'Hôpital général, en 1663, sur la même division que le présent discours.
Quamdiu non fecistis uni de ininoribus hîs, nec mihi fecistis.
Quand vous n'avez pas secouru les moindres personnes qui souffraient i, c'est à moi que vous avez refusé ce secours.
(Matth., XXV, 45.)
[F. 1] Quand le Fils de Dieu s'est fait homme, quand il s'est revêtu de nos faiblesses ^, il est entré avec nous dans des liaisons si étroites, et il a pris pour tous des sentiments si tendres et si fraternels ^ que nos maux sont ses maux, nos infirmités ses infirmités, nos douleurs enfin ses douleurs propres. C'est ce que l'apôtre saint Paul a exprimé en ces paroles, dans la divine Épître aux Hébreux : Nous n^ avons pas un pontife qui soit insensible à nos maux, ayant lui-même * passé par toute sorte d'épreuve, à Veœception du péché, à cause de sa ressemblance avec nous ^. Et ailleurs, dans la même Épître : « Il a voulu, dit l'Apôtre, être en tout semblable à ses frères, pour être pontife compatissant,
des méchants ; ôtez de dessus les et vos ténèbres seront comme le miépaules infirmes le fardeau qui les di. Et le Seigneur vous donnera un accable : mettez en liberté les captifs repos éternel, et remplira votre âme et rompez le joug qui les charge. de ses splendeurs, et il fera reposer Partagez votre pain avec le pauvre, vos os en paix ; et vous serez comme invitez en votre maison les men- un jardin bien arrosé et comme une diants et les vagabonds ; quand source qui ne tarit pas. — Les vervous verrez un homme nu, revêtis- sets 12, 13, 14 ne sont pas traduits. sez-le (sic), et respectez en lui votre — (Ms. fr. 12823, î^ 157.) chair et votre nature. Alors votre 1. Var. : que vous voyiez dans les lumière se lèvera aussi belle que le souffrances.
point du jour, et votre santé vous 2. Édit. : et qu'il a passé, comme
sera rendue aussitôt, et votre justice dit l'Apôtre, par toutes sortes d'é-
marchera devant vous, et la gloire preuves, à l'exception du péché. —
du Seigneur vous recueillera. Alors Citation effacée ici. On aurait dû
vous invoquerez le Seigneur, et il s'apercevoir que Bossuet la trans-
vous exaucera ; vous crierez, et il porte dans la plirase suivante,
vous dira: Je suis à vous. Quand 3. Deforis: paternels. — ^^Surcharge
vous ôterez les chaînes aux captifs effacée. Plus loin, l'auteur appellera
qui sont parmi vous, quand vous Jésus-Christ (( le père de tous, le
cesserez de menacer les malheureux frère de tous. »
et de leur tenir des discours inutiles, 4. Var. : ayant lui-même éprouvé
quand vous aurez répandu votre toutes nos misères, à la réserve du
cœur- sur les misérables, et que vous péché,
aurez rempli les âmes affligées, votre 5. Hebr., iv, 15. lumière se lèvera parmi les ténèbres
32 (;AhP:MK. DI-, SAINI-CiKIlMArN.
ul niiscricors ficrcl cl fidclis pontifcx ad ' Dcum. » Cola, vciil. (liro, Mossioiirs, (iiril ne nous plaint pas soii- Icniciil coinmo cfiix (jiii sont, dans le \)ov\ plaii>nont les niilrcs, (ju^ils volent sur la nier ailles d'une i'urieuse iiMnj)r'lt'; mais (ju'il nous plaint, si je Tose dire, comme ses compagnons de fortune^, coiïnnc ayant |p. 2] eu à .soudrir les mêmes misères (jue nous, ayajit eu aussi bien (jue nous une chair sensible aux douleurs, et vin san^ ca|)a.ble de s'altérer, et une température ' de corps sujette connne la nôtre à toutes les inconnnodltés de la vi(^ et à la nécessité de la mort. Il a eu l'aim sur la terre, et il nous pioteste ' dans notre évaiii;ile qu'il a faim encore dans tous les nécessiteux; il a été lié cruellement, vl il se sent"' encore lié dans tous les caj)tifs ; il a souirerl, il a langui, et vous voyez (pril déclare IcpTIil soudVe et |(|u'|ll languit '' encore dans tous les Infirmes : de sorte, dit Salvien, que cliacim n'endure que ses propres maux; il n'y a que Jésus-Christ seul, qui, s'élant (ait le père de tous, le i'rère de tous, l'ami tendre et cordial, et, i)Our dire tout en un mot, le sauveur de tous, soud're aussi dans tous les afïligés, et mendie généralement dans tous les pauvres : Solus tantinmnodo Clirislus es/, qui iii omnium panpcnim univcrsitalc lucndicct " .
Il ne se contente pas. Chrétiens, d'être tendre et couipatissant pour les misérables. Il veut que nous entrions dans ses sentiments, et (lue nous prenions aussi ce c(X'ur de sauveur ])our nos frères allliii,és. C'est pourquoi nous ne lisons rien tians son Kcriture qu'il nous reconnnande avec tant de force que la charité et l'aumône ; [}). 3] et nous ne pouvons nous mieux acquitter du ministère qu'il nous a commis d'annoncer ses divins oracles, (ju'en excitant ses fidèles à la compassion })ar toute l'eflicace de son Saint- Fisprit et par toute l'autorité de sa parole.
l.llebr.ji, 17. — Ms. : ((fnid Dcion. a faim oncore...