SERMON
prêché à Dîjon, le P"" janvier 10(58.
La date de ce sermon (qiiatrième des éditions) est depuis longtemps connue i. L'allusion au Jubilé et à la première expédition militaire confiée au prince de Condé depuis sa rentrée en France, en 1660, avait permis de la préciser.
Le texte du discours avait grand besoin d'être épuré. Le manuscrit - a été chargé de retouches à deux reprises : d'abord au 1^*" janvier 1669, puis à Noël de la même année. On peut constater sur l'original que les phrases qui, tout en se rapportant à la fête de la Circoncision, diffèrent cependant de la rédaction primitive et remplacent les allusions au Jubilé ^, ne diffèrent pas moins des additions qui désignent manifestement la solennité de Noël. Celles-ci, grâce à la couleur plus foncée de l'encre, se détachent de tout le reste. Il y a aussi une nuance dans l'écriture.
Outre ce triage, qu'il importait de faire, le second point contiendra une restitution qui n'est pas à dédaigner. Quelques feuillets retrouvés dans un autre sermon, celui de 1687, où Bossuet lui-même, si peu soucieux de ses chefs-d'œuvre, en avait fait le brouillon d'un nouveau développement, nous ont fourni, so<is les ratures, la vraie rédaction de 1668, plus complète que celle que donnait Deforis d'après un discours plus ancien. Malheureusement un autre feuillet manque, un peu plus loin. Mais il faisait partie d'un passage retranché, et probablement dès 1668.
1. L'abbé Vaillant, Etudes sur les 3. Le premier point a même été Sermons de Bossuet, p. 123 ; A. Flo- refait, en entier, pour 1669. Les noquet. Études S!/r la vie de Bossuet. tes concernant la fête de Noël sont t. III, p. 149. dispersées sur les deux rédactions,
2. Ms. fr. 12821, f<^s 308-325; 290 preuve qu'elles sont postérieures, au et 291. — In-4, avec marge des deux moins de quelques mois, à la phis cinquièmes. récente.
rOUR LA CmCOxNCISION DE NOTRE-SEIGNEUR. 295
VocabLi nome H ejus Jesuin ; iime enim salvum faciet popuium suutii a peccatis eorum.
Vous donnerez à l'enfant le nom de •lésus, c'est-à-dire Sauveur i ; car c'est lui qui sauvera et délivrera son peuple de ses pèches.
(Matth., I, 21.)
Celui dont il est écrit que son nom est le Seigneur et le Tout-Puissant, semble avoir quitté ces noms magnifiques, lorsque, après avoir pris la forme d'esclave, il a encore subi " une loi servile, et porté ^ en son propre corps la marque de sa servitude. En effet, quand le Fils de Dieu se fait circoncire^ il s^ohlige et s\issujettit, dit le saint Apôtre"^, à toute la loi de Moïse; et ainsi, se chargeant volontairement du joug que Dieu impose aux serviteurs, non seulement il se dépouille en quelque façon de sa toute-puissante souveraineté, mais il semble qu'il se dégrade jusqu'à renoncer à la liberté et à la franchise. C'est dans ce temps mystérieux, c'est dans cette conjoncture surprenante, que Dieu, qui sait rehausser ^ magnifiquement les humiliations de son Fils, lui donne le nom de Jésus et la qualité de Sauveur du monde. Il lui rend par ce moyen tout ce qu'il semble avoir perdu. Pendant que le Fils de Dieu se range parmi les captifs, il en est fait le libérateur, et rentre sous un autre nom dans les droits de sa royauté et de son empire, parce qu'il devient, par un nouveau titre, le seigneur de tous ceux qu'il sauve, et s'acquiert autant de sujets qu'il rachète de pécheurs et c^u'il affranchit d'esclaves.
La grâce du jubilé se trouve enfermée si heureusement dans le saint nom de Jésus et dans le texte de mon évangile, que je ne puis rien traiter "^ de plus convenable à ce concours de solennités. Mais saint Paul ayant prononcé que nul ne peut même nommer le Sei-
1. Yar. : c'est-à-dire celui de San- était composé en dernier lieu,
veur. En tête du premier point, 2. Var. : subi aujourd'hui.
Bossuet avait écrit une autre tra- 3. Edit. : porté imprimée. — Mot
duction: « ... c'est-à-dire celui de effacé.
Sauveur, parce que ce sera lui qui 4. Gralat.,v, 3.
sauvera et délivrera son peuple de 5. Var. : relever,
ses péchés o. On sait que l'exorde 6. Yar. : choisir — dire.
gneiir Jésus sans la grâce du Saint-E^iprit \ moi qui dois vous expliquer le mystère de ce nom aimable et en faire tout le sujet de mon discours, combien ai-je donc besoin de l'assistance divine! Je la demande humblement par l'intercession de la sainte \ ieroe : Ave.
[P. 1] Combien grande, combien illustje, combien nécessaire est la grâce que nous apporte le Sauveur Jésus en nous délivrant de nos péchés, on le peut^ aisément comprendre par la qualité du mal dont elle nous tire. Car le péché n'étant autre chose que la dépravation de l'homme en lui-même et dans sa partie principale, les ^ maux qui nous attaquent dans notre fortune, ou même dans l'état de notre santé et dans notre vie, n'égalent pas sa malignité^; et c'est le plus grand de tous les maux, puisque c'est celui qui nous fait perdre le bon usage de la raison, l'emploi légitime de la liberté, la pureté de la conscience, c'est-à-dire tout le bien et tout l'ornement de la créature raisonnable. Mais, mes Frères, ce n'est pas assez ; et voici ce qu'il y a de plus déplorable, [p. 2] Le comble de tous les malheurs, c'est que "" cette volontaire dépravation ne corrompt pas seulement en nous ce qu'il y a de meilleur, mais encore nous rend ennemis de Dieu, contraires à sa droiture, injurieux à sa sainteté, ingrats envers sa miséricorde", odieux à sa justice, et par conséquent soumis à la loi de ses vengeances. Tellement qu'il n'y a nul doute que le plus grand mal de l'homme ne soit le péché ; et si jusc^ues à présent il y a eu plusieurs Jésus et plusieurs sauveurs, maintenant il n'est plus permis d'en connaître d'autres que celui que nous adorons, C|ui, nous sauvant du péché comme du plus grand de tous les malheurs, mérite d'être nommé le véritable Jésus, l'unique libérateur et le sauveur par excellence.