‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 26 sur 532 · Var. : que la charité pratiquée on la charité négligée · texte numérisé non relu

Var. : que la charité pratiquée on la charité négligée

SUR l'au-Mone. 35

[p. 6] rapport si visible avec ce qui se passe dans le jugement, qu'il ne faut pas s'étonner si le Sauveur n'y fait paraître autre chose. Car qu'est-ce que le jugement, sinon miséricorde envers les uns et rigueur extrême envers les autres ? Et qui est plus digne de miséricorde, que celui qui a exercé la miséricorde ? au contraire, qui mérite mieux d'être traité à toute rigueur que celui qui a été dur et impitoyable ?

Je m'engage insensiblement dans une grande profondeur, et je me sens obligé de vous expliquer de quelle sorte nous devons entendre que la même vie éternelle qui nous est donnée par justice, nous est aussi accordée par une infinie miséricorde.

C'est une doctrine étrange et inconcevable, que Dieu, en nous accordant la vie éternelle, n'a point égard à nos œuvres. Comment n'a-t-il point d'égard à nos œuvres, puisque nous lisons en termes formels qu^il rend ^ à chacun selon ses œuvres ^ ? Que s'il est ainsi. Chrétiens, il faut avouer nécessairement qu'il entre quelque justice dans le couronnement des élus : car qui ne voit clairement que rendre à chacun selon ses œuvres, c'est à dire en autres termes traiter ^ chacun selon qu'il mérite ? Or est-il que traiter les hommes selon leur mérite, c'est un acte de la justice qu'on [p. 7J appelle distributive ; et si l'apôtre saint Paul n'avait pas reconnu cette vérité, il n'aurait pas dit ces paroles : J'ai comhatUi un bon combat, j'ai achevé ma course, j'ai gardé la foi; au reste ^ la couronne de justice m'est réservée, que le Seigneur, ce juste juge, me rendra en ce jour ^. 11 paraît manifestement qu'il ne parle de la couronne qu'après qu'il a ^ raconté ses œuvres. C'est une couronne de justice, et non simplement ^ de grâce : elle ne lui sera pas seulement donnée, mais rendue ; il l'attend de Dieu parce qu'il est juste, et non pas simplement ^ parce qu'il est bon. C'est enseigner nettement que les bonnes œuvres sont de grand prix, de grande valeur, de grand mérite devant Dieu, car tout

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