‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 289 sur 532 · Jean., I · texte numérisé non relu

Jean., I

pour supporter, ils gémiront éternellement sur des lits ' de ilamme, outrés de furieuses et irrémédiables douleurs ; et poussant [p. 15] parmi des blasphèmes exécrables mille plaintes désespérées, ils porteront à jamais le poids infini de tous les sacrements profanés, de toutes les grâces rejetées; non moins pressés, non moins accablés des miséricordes de Dieu que de l'excès intolérable de ses vengeances.

Tremblez donc, tremblez. Chrétiens, parmi ces grâces immenses, parmi ces bienfaits infinis qui vous environnent. Tous les mouvements de la grâce sont d'un poids terrible pour nous. Les saintes prédications sont un poids terrible : les saints sacrements, les inspirations, les exemples bons et mauvais qui nous avertissent chacun à leur manière, le silence même d'un Dieu, sa patience, sa longanimité, son attente : ô le poids terrible ! Il n'y a rien à négliger dans notre vie. Notre destinée, notre état, notre vocation ne souffre rien de médiocre. Tout nous sert ou tout nous nuit infiniment. Chaque moment de notre vie, chaque reprise de respiration, chaque battement de pouls ^, si je puis parler de la sorte, chaque éclair de notre pensée a des suites éternelles. L'éternité d'un côté, et l'éternité de l'autre. Si vous suivez fidèlement l'instinct de la grâce, l'éternité bienheureuse y est attachée. Si vous manquez à la grâce, une autre éternité vous attend, et vous méritez un mal éternel, pour avoir joerdu ^ volontairement un bien qui le pouvait être"^.

Troisième Point.

[P. 17] Il reste à considérer la troisième peine dont Dieu menace son peuple rebelle, laquelle il a plu au Saint-Esprit de nous exprimer en ces paroles, que je répète encore une fois : Puisque vous lï'avez pas voulu

1. Des lits, deux mots condamnés, souffle, chaque palpitation de notre mais non remplacés. poitrine. )) (Effacé.)

2. Édit. : chaque respiration, cha- 3. Yar. : si vous perdez...

que battement de notre pouls. — -i. L'orateur ajoute: n S. Augustin.))

On n'a pas tenu compte des correc- — Ce saint docteur devait sans

tions. Bossuet avait d'abord écrit doute servir à compléter au besoin'

celle-ci : <ï chaque reprise de notre ces pensées.

sei-vir le Seigneur votre Dieu dans la joie et Vallégresse de votre cœur, au milieu de Vahondance de toute sorte de biens, vous sei'virez à votre ennemi que le Seigneur envoiera contre vous, dans la faim, dans la soif, dans la nudité, et dans un extrême besoin de toutes choses ^ ; et cet ennemi mettra sur vos épaides un joug de fer par lequel vous serez brisés ^. C'est à dire, comme nous l'avons déjà expliqué : vous n'avez pas voulu vivre sous un empire doux et légitime, vous serez justement soumis à une dure et insupportable tyrannie.

[P. 18] Deux conditions de l'empire de Dieu nous sont ici exprimées. Il n'y en a point de plus légitime, il n'y en a point de plus doux. Vous n'avez pas voulu servir Dieu, votre seigneur; et certes il n'y a point de seigneur dont le droit soit mieux établi, ni le titre plus légitime. Il nous a faits, il nous a rachetés : nous sommes par la création, l'œuvre de ses mains, par la rédemption, le prix de son sang, par la création, ses sujets, par la rédemption^, ses enfants. Nous sommes son bien, nous portons sa marque, créés à sa ressemblance, scellés de son Saint-Esprit ; et nous ne pouvons le désavouer sans que le fond de notre être ne nous désavoue ; ni enfin le renoncer sans renoncera nous-même[s].

Si cet empire [est] le plus légitime, il est aussi le plus naturel ; étant le plus naturel, il est par conséquent le plus [p. 19] doux"^. Ce n'est donc pas sans raison que la joie du cœur est promise à ceux qui servent le Seigneur leur Dieu. Car celui-là est content qui est dans l'état ciue la nature demande. La joie se trouve donc nécessairement dans le service de Dieu ; l'abondance \ est [p. 20] aussi et la plénitude. Nul ne sait mieux ce qui nous est propre que celui qui nous a faits. Nul ne peut mieux nous le donner, puisqu'il a tout eiT sa main. Nul ne le veut plus sincèrement ^ , puisque rien ne convient mieux à celui qui a commencé l'ouvrage en nous don-

1. Var. : dans une extrême disette. naturel; étant le plus naturel, il

2. Deuter., xxviil, 47, 48. s'ensuit aussi qu'il est le plus doux.

3. Var. : par le baptême. — par — Lâchât, à son ordinaire, préfère l'adoption. cette première rédaction à la rédac-

4. Var. : Cet empire, étant le plus tion définitive, légitime, est par conséquent le plus ô. Yar. : davantage.

nant l'être, que d'y mettre la dernière main en nous donnant la félicité et le repos.

Telle est la condition de la créature sous l'empire de son Dieu. Elle est riche, elle est contente, elle est heureuse. Dieu, qui n'a besoin de rien pour lui-même, ne veut régner sur nous que pour notre bien, ni nous posséder que pour nous faire posséder en lui toutes choses.

[P. 21] Donc, ô créatures rebelles, ô pécheurs qui vous soulevez contre Dieu, faites maintenant votre sentence. Dites, Messieurs, ce que méritent ceux qui refusent de se soumettre à un gouvernement si avantageux et si équitable \ Hélas ! que méritent-ils, sinon de trouver, au lieu d'un joug agréable, un joug de fer ; au lieu d'un seigneur légitime, un usurpateur violent ; au lieu d'une puissance bienfaisante et amie, un ennemi insolent et outrageux ; au lieu d'un père, un tyran ; au lieu de la joie des enfants, la contrainte et la terreur des esclaves; au lieu de l'allégresse et de l'abondance, la faim, la soif et la nudité, et une extrême disette ?

Il faut vous dire quel est cet ennemi que Dieu envolera contre vous. Celui qui s'est [p. 22] déclaré l'ennemi de Dieu, qui, ne pouvant rien contre lui, se tourne" contre son image, et la déchirant, la déshonore, repaissant son esprit envieux d'une vaine imagination de vengeance, c'est Satan avec ses anges, esprits noirs, esprits ténébreux, esprits furieux et désespérés^, C[ui, étant perdus ^ sans espérance et abîmés sans ressource, ne sont plus désormais capables ^ que de cette noire et maligne joie qui revient à des méchants d'avoir des complices, à des envieux d'avoir des compagnons, à des superbes renversés d'entraîner avec soi ^ les autres '. C'est cette rage, c'est cette fureur de Satan et de ses anges que le prophète Ézéchiel nous représente sous le nom et sous la figure de Pharaon, roi d'Egypte. Spec-

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