Matth., XXV, 29. 3. Ms. assez commun. — Lapsus
2. Ce qui précède était une rémi- amené par le voisinage de : règles niscence du sermon de 1656. L'ar- communes.
gumentation qui suit est toute nou- 4. Jacob., tu, 2.
velle.
C'est pourquoi saint Augustin, qui est le grand maître des théologiens en cette matière, j^arle de l'une et de l'autre obligation dans la même généralité ^ ; jusque-là qu'il a avancé dans le cinquième livre contre Julien que tous ceux qui ont contracté le péché originel tombent aussi, dans la suite, dans les péchés actuels, [et " qu'il] [p. 13] n'exempte que Jésus-Christ seul de cette double obligation, dont l'une, à ce C[u'il prétend, est une suite de l'autre ^. C'est pourquoi, s'étant aperçu que la sainte Vierge serait enfermée dans ces expressions générales, c^uand il a été nécessaire de s'expliquer en particulier sur ce sujet, il a déclaré hautement que, par respect pour soîi û\s.^ il ne prétendait pas qu'elle fût comprise dans ce qui se dit des péchés.
L'autorité d'un si grand homme a été d'un si grand poids, et la doctrine qui enseigne que la bienheureuse Vierge n'a jamais commis aucun péché actuel a été si universelle, que le saint concile de Trente * a dit positivement que l'Église le tient ainsi.
Que si la piété des fidèles a exempté la très sainte Vierge d'une suite si universelle et si nécessaire du péché originel, n'est-ce pas un fondement suffisant pour porter sa pureté jusques à la source? [p. 14] Et ne voit-on pas clairement que sa dignité éminente peut fonder une exception dans les lois les plus générales ?
Et certes. Chrétiens, si nous reconnaissions qu'elle eût été assujettie aux ordres communs, nous croirions peut-être avec apparence qu'elle aurait été conçue en iniquité, ainsi que les autres hommes. Mais si nous y remarquons au contraire une dispense presque universelle de toutes les lois ; si nous y voyons, selon la foi catholic^ue ou selon le sentiment des docteurs les plus approuvés, si, dis-je, nous y voyons un enfantement
1. Note marp:inale : « Le? Pères. lus est pneter ijisum qui peccatum dites- vous, ne l'ont pas ainsi ensei- non fecerit grandioris œtatis accessu^ gné. — Ils nous ont donné les quia nullus est prœtcr ipsum qui pecouvertures. » catum non habuerit infantiUs œtatis
2. A reprendre dans une ligne cxortu. (Lib. V Contr. Julian.. cap. effacée. L'auteur se dispense de !)). — (Id.. lib. III De peccat. mer. récrire les premiers mots. et remed., 13.)
3. En marge, le latin : Profecto 4. Conc. Trident., Sess. VI, cap. eniin peccatum major fecisset, si par- .x x 1 1 1 .
vulus habuisset; nam propterea nul-
sans douleur, une chair sans rébellion, des sens sans fragilité, une vie sans tache, une mort sans peine ; si son époux n'est C[ue son gardien, son mariage un voile sacré qui couvre et protège sa virginité, son fils bienaimé une fleur que son intégrité a poussée ; si, lorsqu'elle le conçut, la nature étonnée et confuse crut que toutes ses lois allaient [p. 15] être à jamais renversées ; si le Saint-Esprit tint sa place, et les délices de la virginité celle qui est ordinairement occupée par la convoitise ; enfin si tout est extraordinaire et singulier en Marie, qui pourra croire Cju'il n'y a rien eu de surnaturel dans la conception d'une créature si privilégiée, et que ce soit le seul endroit de sa vie qui ne soit distingué par aucun miracle ni consacré ^ par aucune grâce ?
Troisième Point ^
[Ainsi l'excellence de la personne, et l'autorité des exemples favorisent la dispense que nous proposons. Mais je l'appuie en troisième lieu sur ce que la gloire du souverain, c'est-à-dire de Jésus-Christ même, y est visiblement engagée... Si Jésus honore sa mère, il se fait honneur à, lui-même; et il gagne véritablement tout ce qu'il lui donne, parce qu'il lui est plus glorieux de donner, qu'à Marie de recevoir.
Mais venons à des considérations plus particulières. Je dis donc, ô divin Sauveur, que, vous étant revêtu d'une chair humaine pour anéantir cette loi funeste, que nous avons appelée la loi du péché, il y va de votre grandeur de l'abolir ^ dans tous les lieux où elle domine. Suivons, s'il vous plaît, ses desseins et tout l'ordre de ses victoires.
Cette loi règne dans tous les honnnes. Elle règne dans l'âge avancé; Jésus la détruit par sa grâce: il
L Var. : marqué. — En 1656 : le nous bornant à ce qui est essentiel
seul endroit de sa vie qui ne soit nour achever la démonstration,
marqué par aucun miracle. Vov. la rédaction complète, t. II,
2. Bossuet n'a pas écrit ce troi- p. 251-254. Il n'est guère probable
sième point. Il a repris la troisième que Bossuet l'ait reproduite dupre-
subdivision de la première partie mier au dernier mot, sans y intro-
dans le sermon de 1656. Nous la duire de modifications,
donnons ici entre crochets, mais en 3. Var. : la renverser.
n'est i^as jusqu'aux enfants nouvellement nés qui ne gémissent sous sa tyrannie ; il l'efface par son baptême : elle pénètre jusqu'aux entrailles des mères, et elle fait mourir tout ce qu'elle y trouve ; le Sauveur choisit des âmes illustres, qu'il àft'ranchit de la loi de mort en les sanctifiant devant leur naissance, comme, par exemple, saint Jean-Baptiste. Mais elle remonte jusqu'à l'origine, elle condamne les hommes dès qu'ils sont conçus. O Jésus, vainqueur tout-puissant, n'y aura-t-il donc que ce seul endroit où votre victoire ne s'étende pas ? Votre sang, ce divin remède qui a tant de force pour nous délivrer du mal, n'en aura-t-il point pour le prévenir ? Pourra-t-il seulement guérir, et ne pourra-t-il pas préserver ? Et s'il peut préserver du mal, cette vertu demeurera-t-elle éternellement inutile, sans qu'il y ait aucun de vos membres qui en ressente l'effet ? Mon Sauveur, ne le souffrez pas ; et pour l'intérêt de votre gloire, choisissez du moins une créature où paraisse tout ce que peut votre sang contre cette loi qui nous tue. Et quelle sera cette créature, si ce n'est la bienheureuse Marie ?
... Il est juste certainement que ce sang précieux du fils de la Vierge exerce sur elle toute sa vertu, pour honorer le lieu d'où il est sorti... Marie a cela de commun avec tous les hommes, qu'elle est rachetée du sang de son fils ; mais elle a cela de particulier, que ce sang a été tiré de son chaste corps... Elle a cela de commun avec tous les fidèles que Jésus lui donne son sang ; mais elle a cela de particulier, qu'il l'a premièrement reçu d'elle. Elle a cela de commun avec nous que ce sang tombe ^ sur elle pour la sanctifier; mais elle a cela de particulier qu'elle en est la source. Tellement que nous pouvons dire que la conception de Marie est comme la première origine du sang de Jésus. C'est de là que ce beau fleuve commence à se répandre, ce fleuve de grâces qui coule dans nos veines par les sacrements, et qui porte l'esprit de vie dans tout le corps de l'Église. Et de même que les fontaines, se souvenant toujours de leurs sources, portent leurs eaux en rejaillissant jusqu'à