IV Reg., X
Jésus a prêché, etc. : Jam securis ad radicem, l'arbre a été coupé par le pied, ou plutôt déraciné tout à fait.
[P. vu] Tite vient ^ bientôt après Jésus-Christ ; le vengeur suit de près le sauveur. Ils n'ont pas connu le temps de leur visite : Dieu les visite à main armée. L'aigle romaine vient fondre sur eux et les enlever, malgré les forteresses dans lesquelles ils avaient mis leur confiance. Tite se reconnaît l'instrument de la vengeance de Dieu. Sans savoir le crime, il reconnaît la vengeance, tant le caractère de la main de Dieu paraissait de toutes parts. (Ce qui en est écrit dans la vie d'Apoll[onius] Tyaneus) ^.
Le Temple renversé, le sacrifice aboli, toute la nation dispersée, le jouet et la dérision de tous les peuples du monde. Omnia in figura [contingehant illis ^] : ce peuple, dans ses bénédictions, figure de nos grâces ; dans ses malédictions, figure de la vengeance que Dieu exerce sur nous, etc. Le baptême, la pénitence ; le pain des anges, viande céleste. Dieu s'approche de l'arbre, non pour faire tomber les fruits et les feuilles. Il n'en veut ni à votre bien ni à vos fortunes. Il ne faut pas la cognée, il ne faut pas la racine. I^es biens externes tiennent si peu qu'il ne faut que secouer l'arbre légèrement, et après, le moindre vent les emporte. Il n'en veut pas aux branches, à la santé, à la vie ; ad radicem, au fond de l'âme. Arbre infructueux, où il ne trouve aucuns fruits : [p. viii] quœ non facit fi-uctum honum.
La parabole du figuier (Luc, xiii), tout du long. Je suis venu depuis trois ans : trois ans, c'est un terme immense pour l'attente de notre Dieu. Comptons vingt ans, trente ans, cinquante ans. Songez à votre âge, je n'entreprends pas de faire ce dénombrement : et il n'a pas encore trouvé de fruit. Les autels de notre Dieu n'ont pas encore vu vos prémices. Il faut couper : Z^i
1. Addition marginale, dont la ria^n cornnare ipsnm voluerunt. llle place n'est pas indiquée (fo 209, en rcro tali honore indiffnum se esse recommençant par le verso). spondit : non enhn se esse talitimopc-
2. Deforis donne ici un extrait de rum auctorem^ sed Deo iracundiam Philostrate, français et latin. Voici contra Jitda'os demonstranti suas la traduction latine seulement : Tn- maniis prd'bnisse. fPhilostr., ApoII. teren Titus, captis Hierosolf/mis^om- T//an. rittt, lib. VI, cap. Xiv.)
nia circum loca cadaverihus comple- 3. T Cor., x, H.
verat. Finitimce, autem gentes oh ricto-
quicl enim terram occupât ? Occupe la terre inutilement ^ : il occupe le soin de mes ministres, qui travailleraient plus utilement sur des âmes mieux disposées ; il fait ombre à ma vigne, et empêche que mes nouveaux plants ne prennent le soleil, ou que leur fruit ne mûrisse. Donnez encore [p. ix] un an. Voyez un terme préfix, et un terme assez court. Car l'Église, qui intercède, sait qu'il ne faut pas abuser de la patience d'un Dieu. Trois ans, une longue attente ; un an, une longue surséance : Et s'il rapporte du fruit, à la bonne heure; sinon, vous le couperez : elle consent. Appliquez à l'âme : vous avez eu la pluie, vous avez eu le soleil, vous avez eu la culture ; vous n'avez ni profité ni porté des fruits. Vous n'avez plus ^ rien à attendre que la cognée et le feu. Portez des fruits : Fructum honum : au goût de Dieu : Dignos fructus : dignes du changement que vous méditez, digne [s] des mauvaises œuvres que vous avez faites. Changement total : [p. x] au dedans et au dehors. Proportion avec les mauvaises œuvres. Maxime ^ des Pères, tous sans exception : Qui s'est abandonné aux choses défendues, doit s'abstenir des permises. Autant qu'il s'est abandonné, autant doit-il s'abstenir. Dignos : mes Frères, je ne veux rien exagérer ; Dieu m'est témoin, je désire sincèrement votre salut, et je ne veux ni élargir ni étrécir * les voies de Dieu. Voilà les maximes qui ont enfanté les vrais pénitents. lies autres, à la perdition éternelle.
Faites-vous des fruits dignes de pénitence ? Ces gorges et ces épaules découvertes étalent à l'impudicité la proie à laquelle elle aspire. Est-ce pour réparer le temps, que vous le consumez au jeu ? Lier les parties, les exécuter, les reprendre ; l'inquiétude de la perte, [p. xi] l'amorce du gain, l'ardeur, etc. Et cj[uand vous étalez cette parure et tous ces ornements de la vanité, faites-vous des fruits dignes ? etc. Vous n'humiliez pas la victime ; non : vous parez l'idole ! Faites des fruits dignes ; mais pressez-vous, car le règne de Dieu approche. Comme saint Jean nous presse et ne nous laisse
l.Édit. • Pourquoi occujDe-t-il la 3. Édit. : Maximes. — Ce pluriel
terre inutilement ? fausse le sens.
2. Var. : il n'y a plus. 4. Ms. : étressir. Edit. ; rétrécir.
Sermon? de Bosquet. — Y. 27
418 AVEXT DE SAIXT-THOMAS-DU-LOUYRE.
aucun repos : i^as un mot qui ne nous presse : ^2^/^*'^pinquat. Tant mieux : c'est un règne de douceur. Jésus, etc. La justice après. A la suite des grâces, un grand attirail de supplices : Jmn securis ad radicem ^.
Un mot " du règne de Dieu, que saint Jean-Baptiste nous annonce.
c( Le Seigneur a régné, dit le Roi-Prophète ; que la terre s'en réjouisse, que les îles les plus éloignées en triomphent d'aise : Dominus regnavit, exultet terra, lœtentur insidœ midtœ ^. y) Voilà un règne de douceur et de paix. Mais, ô Dieu, qu'entends-je dans un autre psaume ! « Le Seigneur a régné, dit le même prophète ; que les peuples frémissent et s'en courroucent, et que la terre en soit ébranlée jusqu'aux fondements : Dominus regnavitf irascantur populi ; qui sedet super clieruhim, moveatur terra * ! » Voilà ce règne terrible, ce règne de fer et de rigueur, [p. xii] qu'un autre prophète décrit en ces mots : (c In manu forti, et in hracliîo extento, et in furore effuso regnaho super vos ^ : Je régnerai sur vous, dit le Seigneur, en vous frappant d'une main puissante et en épuisant sur vous toute ma colère. »
Dieu ne règne sur les hommes qu'en ces deux manières. I) règne sur les pécheurs convertis, parce qu'ils se soumettent à lui volontairement ; il règne sur les pécheurs condamnés, parce qu'il se les assujettit malgré eux. Là, est un règne de paix et de grâce ; ici, un règne de rigueur et de j astice ; mais partout un règne souverain de Dieu, parce que là on pratique ce que Dieu commande, ici l'on souffre le su2:)plice que Dieu impose ^. Dieu reçoit "^ les hommages de ceux-là ; il fait justice des autres. Pécheur [s] que Dieu appelle à la pénitence et qui résistez à sa voix, vous êtes entre les deux ; ni vous ne faites ni vous n'endurez ce cjue Dieu
1. La rédaction de 1068 se termine viennent Xll-xvil. ici par im renvoi au sermon de 160,"): 8. Ps. xcvi, 1.
(( Double règne. V.p.éet scquentib. x 4. Ps. xcviil. 1. — Ms. : moveotur
Apx'ès quoi, l'auteur ajoute entre pa- terre. (Lapsus de 1665.)
renthèses les mots : (( Je n'ai dit que h. Ezech.. xx. 83.
ce qui est. » 6. Var. : Là, on obéit à ce qu'il or-
2. On retourne ici à la, p. Tv de donne; ici, on souffre ce qu"il impose. 1665 (fo 197. vû), qui devient la tin 7. Var. : il reçoit.
de la p. XI. Les suivantes (v-x) de-
veut : vous méprisez la loi, et vous n'éprouvez pas la peine ^ ; vous rejetez ^ l'attrait, et vous n'êtes point accablés j^ar la colère. Vous bravez jusqu'à la bonté qui vous attire, jusqu'à la patience qui vous attend ; vous vivez maître absolu de vos volontés, indépendant de Dieu, sans [p. xili] rien ménager de votre part, sans rien souffrir de la sienne ; et il ne règne sur vous ni par votre obéissance volontaire, ni par votre sujétion forcée. C'est un état violent ^ : il est pressé de régner sur vous ! S'il ne règne par sa bonté, bientôt et plus tôt que vous ne pensez, il voudra régner par sa justice. Car à lui '^ appartient l'empire, et il se doit à lui-même et à sa propre grandeur d'établir promptement son règne. C'est pourquoi notre grand baptiste crie dans le désert ; et non seulement les rivages et les montagnes voisines, mais même tout l'univers "^ retentit de cette voix : Faîtes pénitence ! faites pénitence, riches [p. XI v] et pauvres, grands et petits, princes et sujets ; que chacun se retire de ses mauvaises voies : « car le règne de Dieu approche : Appi'opinquavit enim regnitm cœlonim ®. »
La bonté et la justice marchent toujours d'un même pas : elle prend la place '.
[P. xv] Ainsi je vous conjure, mes Frères, ne vous fiez pas au temps, qui vous trompe; c'est un dangereux imposteur, qui vous dérobe si subtilement que vous ne vous ajoercevez pas de son larcin. Ce qu'il semble vous donner, il vous l'ôte ; il retranche de vos jours en y ajoutant, etc. (Voy. premier dimanche de Carême ^, Carmélites.) Ne ° regardez pas toujours le temps à venir, considérez votre état présent. Cette fuite et cette course insensible du temps n'est qu'une subtile imposture pour vous mener insensiblement au dernier jour. La jeunesse y arrive précipitamment, et nous le voyons