‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 324 sur 532 · ESQUISSE POUR LE IV^ DIMANCHE · texte numérisé non relu

ESQUISSE POUR LE IV^ DIMANCHE

23 décembre 1668.

On chercherait en vain ce sermon, ou plutôt cette esquisse i, dans les précédentes éditions. Deforis avait bien sous les yeux les pages v-xii du manuscrit. Mais il imagina de les intercaler au milieu d'une pièce formée d'une manière artificielle, et intitulée par lui : Fragments pour le III^ dimanche de VAvent. Ces pages venaient immédiatement après la péroraison d'un sermon de charité que nous avons donné à la date de 1659 (t. III, p. 139-148) ; et elles étaient suivies, sans interruption aucune, d'une dissertation sur la Pénitence, qui remonte à l'année 1654 {t. I«^, p. 591). M. Lâchât a perdu là une belle occasion de prendre Deforis en défaut. Mais quoi ? l'erreur n'était pas signalée dans les Études de l'abbé Vaillant ! Il s'est donc borné à enchérir sur ses devanciers, en mettant dans son titre : Fragments d'un sermon pour le III^ dimanche de FAvent. Nous avons signalé déjà la confusion entre le III® et le IV^ dimanche dans les éditions qui suivent l'ordre liturgique.

[Jam securis ad radicem arhorum posita est,

(Luc, m, 9.)]

[P. l] Tel que serait ^ un ennemi implacable, qui nous ayant dépouillé [s] de tout notre bien, nous attire de plus sur les bras un adversaire puissant auquel nous ne pouvons résister ; tel et encore plus malfaisant est le péché à l'égard de l'hom.me, puisque", nous ayant fait perdre le bon usage de la raison, l'emploi légitime de

1. Ms. fr. 12821, fos 207-210, avec point qu'il faut prendre les quatre des renvois aux fos 196-200 (sermon premières pages à placer avant la de 16G5, 2e point). Les pages nou- rédaction nouvelle, qui débute par velles ont moitié de marge, comme la page v.

tout l'A vent de 1668. In-4. .3. Bossuet, effaçant ici : (( Par le

2. Les remaniements opérés dans péché. Chrétiens, comme je l'ai déjà la pagination de 1665 prouvent que dit, )) semble indiquer qu'il n'a pas c'est au commencement du second repris le premier point de 1665.

la liberté, la pureté de la conscience, c'est-à-dire tout le bien et tout l'ornement de la créature raisonnable, pour mettre le comble à nos maux, il arme Dieu contre nous, et nous i^end ses ennemis, contraires à sa droiture, injurieux à sa sainteté, ingrats envers sa miséricorde, odieux à sa justice, et par conséquent soumis à la loi de ses vengeances.

De là nous pouvons comprendre de quelle sorte Dieu est animé, si je puis parler de la sorte, envers les pécheurs impénitents, [p. ii] Ils n'entendent^ pas cette vérité : pendant qu'à l'ombre de leur bonne fortune et à la faveur des longs délais que Dieu leur accorde, ils dorment à leur aise, ils s'imaginent que Dieu dort aussi ; ils pensent qu'il ne songe non plus à les châtier qu'ils songent à se convertir ; et comme ils ont oublié ses jugements, ils disent dans leur cœur : « Dieu m'a oublié, et ne prend pas garde à mes crimes : Dixit enim in corde suo : ohlitus est Deus ^ ». Et, au contraire, ils doivent savoir que la jusiice divine, qui semble dormir et oublier les pécheurs, leur répugnant pour ainsi dire de toute elle-même, est toujours en armes contre eux, et toujours prête à donner le coup par lequel ils périront sans ressource, [p. m] Par conséquent. Chrétiens, Dieu est toujours en acte et en exercice d'une juste aversion contre les pécheurs. Ses foudres sont toujours prêts, et sa colère toujours enflammée. C'est pourquoi l'Écriture nous le représente comme tout prêt à frapper: a Toutes ses flèches sont aiguisées, dit le saint prophète, et tous ses arcs bandés et prêts à tirer : Sagittœ ejus acutœ, et omnes arcus ejus extenti^. » Ses flèches sont dressées, et ses arcs pointés ; il désigne l'endroit où il veut frapper. Ainsi sa main vengeresse est bien retenue quelquefois par l'attente du repentir, mais non jamais désarmée, et encore moins endormie ; et vous le voyez dans notre évangile. Non seulement elle tient toujours cette terrible cognée, mais elle en applique toujours le tranchant funeste à la racine de l'arbre, et il n'y a rien entre-deux : c'est pourquoi il n'est pas possible que l'arbre subsiste longtemps. « Il sera coupé,

1. Var. : Les péchenrs n'enten- 2. Pr. ix (Viilg.), x (Hebr.), 11.

dent... a. I^., V, 28.

dit saint Jean-Baptiste, excidetur ; ou plutôt, comme nous lisons dans l'original ^ : exciditur, dans le temps présent, [p. iv] on le coupe, » on le déracine, afin que nous concevions l'action plus présente et plus efficace.

Il semble qu'il ne frappe pas; vengeance occulte : livre aux passions, au sens réprouvé, etc.

[P. v] Quand ^ il lâchera le dernier coup, etc. Moments que Dieu a réservé [s] à sa puissance. Le dernier coup, après les grandes miséricordes, après l'abondante efi^usion, épanchement des grandes grâces. Preuve par notre évangile : Jam enim securis : déjà, depuis la venue du Sauveur. Dieu s'était irrité contre son peuple, qui avait méprisé les prophètes. Il avait commencé à s'ennuyer : Cœpit Domimis tœdere^. Dégoût quand on passe si facilement du crime à la pénitence et de la pénitence au crime : « Ils ont, dit-il, appesanti leurs oreilles, ils ont endurci leur cœur comme un diamant, pour ne point écouter les paroles que je leur ai envoyée [s] en la main de mes serviteurs les prophètes : c( et il s'est élevé une grande indignation, une commotion violente dans le cœur du Seigneur [p. VI ] Dieu des armées : Et facta est indignatio magna a Domino exercituiim *. »

Pour venger le mépris de ses saints prophètes. Dieu a secoué la nation judaïque comme ce grand arbre ^, il en a fait tomber les fruits et les feuilles. La gloire de ce peuple, la couronne et le sceptre de ses rois entre les mains des rois d'Assyrie. Il jette® les sceptres comme un roseau : quand il lui plaît, un roseau est un sceptre, et un sceptre est un roseau.

Il a frappé les branches, les tribus : une partie au delà du fleuve, une autre en quelque partie de l'empire des Assyriens. Cependant encore une souche en Israël, encore une racine en Jacob : le Temple, les sacrifices, le conseil de la nation, l'autorité des pontifes, enfin une forme d'empire, de république. Jésus est venu,

1. Luc, m, 9 ; £x-/.o'7rT£Ta'.. 4. Zach., vit, ii. 12. — Ms. : a Do-

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