‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 343 sur 532 · Pador., part. I, cap. viir · texte numérisé non relu

Pador., part. I, cap. viir

PANÉGYRIQUE DE SAINT THOMAS DE CANTORBl^RY. 439

saint Thomas ; persécution formidable, à qui la puissance royale donne de la force, à qui la profession du christianisme ^ donne le moyen d'employer la ruse. N'est-ce pas en de pareilles rencontres que la justice a besoin d'être soutenue avec toute la vigueur ^ ecclésiastique, d'autant plus qu'il ne suffit pas de résister seulement à ce roi superbe ; mais il faut encore tâcher de l'abattre, mais de l'abattre pour son salut, par l'humilité de la pénitence ?

Notre saint évêque n'ignore pas qu'il n'est rien de plus utile aux pécheurs que de trouver des obstacles à leurs desseins criminels^. Il ne cède donc pas à l'iniquité, sous prétexte qu'elle est armée et soutenue d'une main royale ; au contraire, lui voyant prendre son cours d'un lieu éminent, d'où elle peut se répandre avec plus de force, il se croit plus obligé de s'élever contre, comme une digue que l'on élève à mesure que l'on voit les ondes enflées. Ainsi le désir de sauver le roi l'oblige à lui résister de toute sa force. Mais que dis-je, de toute sa force ? Est-il donc permis à un sujet d'avoir de la force contre son prince, et, pensant en faire un généreux, n'en ferons-nous point un rebelle ? Non, mes Frères, ne craignez rien ni de la conduite de saint Thomas, ni de la simplicité de mes expressions. Selon le langage ecclésiastique, la force a une autre signification que dans le langage du monde. La force, selon le monde, s'étend jusqu'à entreprendre ; la force, selon l'Église, ne va pas plus loin que de tout souffrir : voilà les bornes qui lui sont prescrites. Écoutez l'apôtre saint Paul : Nondum tisque ad sanguinem restitistis * ; comme s'il disait : Vous n'avez pas tenu jusqu'au bout, parce que vous ne vous êtes pas défendus jusqu'au sang. Il ne dit pas : jusqu'à attaquer "*, jusqu'à verser le sang de vos ennemis; mais, jusqu'à répandre le vôtre.

Au reste, saint Thomas n'abuse pas de ces maximes vigoureuses. Il ne prend pas par fierté ces armes apostoliques pour se faire valoir dans le monde : il s'en sert comme d'un bouclier nécessaire dans l'extrême besoin

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