‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 347 sur 532 · Yar. : ôter · texte numérisé non relu

Yar. : ôter

Voilà, direz-vous, un discours d'impie ; voilà un raisonnement digne d'un hérétique ou d'un libertin. Je le confesse, Messieurs ; mais répondons à cet hérétique, fermons la bouche à ce libertin, justifions le martyre du grand saint Thomas de Cantorbéry : il ne sera pas difficile. Nous dirons que, si le clergé a des privilèges, c'est afin que la religion soit honorée ; que s'il possède des biens, c'est pour l'exercice des saints ministères, pour la décoration des autels et pour la subsistance des pauvres; que s'il a de l'autorité, c'est afin qu'elle serve de frein à la licence, de barrière à l'iniquité, d'appui à la discipline. Nous ajouterons qu'il est peutêtre à propos que le clergé ait quelque force même dans le siècle, quelque éclat même temporel, quoique modéré, afin de combattre le monde par ses propres armes, pour attirer ou réprimer les âmes infirmes par les choses qui ont coutume de les frapper^. Cet éclat, ces secours, ces soutiens externes de l'Église empêchent peut-être le monde de l'attaquer, pour ainsi dire, dans ses propres biens, dans cette divine puissance, dans le cœur même de la religion ; et ce sont, si vous voulez, comme les dehors de cette sainte Sion, de cette belle forteresse de David, qu'il ne faut point laisser prendre, ni abandonner, et moins encore livrer à ses ennemis. D'ailleurs, comme le monde gagne insensiblement, quand saint Thomas n'aurait fait qu'arrêter un peu son progrès, le dessein en est toujours glorieux. Voilà une défense invincible, et sans doute on ne pouvait pas répandre son sang pour une cause plus juste.

Mais si le monde nous presse encore, s'il convainc un si grand nombre d'ecclésiastiques de faire servir ces droits à l'orgueil, cette puissance à la tyrannie, ces richesses à la vanité ou à l'avarice ; si cette apologie et notre défense n'est que dans notre bouche et dans nos discours, et non dans nos mœurs et dans notre vie, ne dira-t-on pas qu'à la vérité, notre origine était sainte, mais que nous nous sommes démentis nous-mêmes, que nous avons tourné en mondanité la simplicité de nos pères, et que nous couvrons du prétexte de la religion

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