‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 38 sur 532 · Var. : droiture · texte numérisé non relu

Var. : droiture

duit, le cœur de l'homme ^, étant destiné pour posséder un bien immense, quoique la liaison soit rompue qui l'y tenait attaché ^, il en reste toujours en lui quelque impression qui fait qu'il cherche sans cesse quelque ombre d'infinité.

L'homme ^, pauvre et indigent au-dedans, tâche de s'enrichir et de s'agrandir comme il peut ; et comme il ne lui est pas possible de rien ajouter à sa taille et à sa grandeur naturelle, il s'applique* ce qu'il peut par le dehors. Il pense qu'il s'incorpore, si vous me permettez de parler ainsi, tout ce qu'il amasse, tout ce qu'il acquiert, tout ce qu'il gagne. Il s'imagine croître lui-même avec son train qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Aussi, à voir comme il marche, vous [p. 7] diriez que la terre ne le contient plus ^ ; et, sa fortune enfermant €n soi tant de fortunes particulières, il ne- peut plus se compter pour un seul homme.

Et en effet pensez-vous, Messieurs, que cette femme Taine et ambitieuse puisse se renfermer en elle-même, ■elle qui a non seulement en sa puissance, mais qui traîne sur elle en ses ornements la subsistance d'une infinité de familles ; qui porte, dit Tertullien ®, en un petit fil ^, •des patrimoines entiers, et qui tâche d'épuiser au service d'un seul corps toutes les inventions de l'art et toutes les richesses de la nature ? Ainsi l'homme, petit «n soi et honteux de sa petitesse, travaille à s'accroître ^ €t se multiplier dans ses titres, dans ses possessions, dans ses vanités : tant de fois comte, tant de fois seigneur, possesseur de tant de richesses, maître de tant de personnes, ministre de tant de conseils, et ainsi du reste. Toutefois, qu'il se multiplie tant qu'il lui plaira, il ne faut toujours pour l'abattre qu'une seule mort. Mais, mes Frères, il n'y pense pas ; et dans cet accrois-

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