Première rédaction (effacée) : !^. Ephes., v, r
€eux qui traitent des yeux malades M. Var. : pour vous embrasser? —
[P. 15] Vivons donc chrétiennement, et la vérité nous sera un jour découverte. Jamais vous n'aurez respiré un air plus doux : jamais votre faim n'aura été rassasiée par une manne plus délicieuse, ni votre soif étanchée par un plus salutaire rafraîchissement. Rien de plus harmonieux que la vérité ; nulle mélodie plus douce, nul concert mieux entendu, nulle beauté plus parfaite et plus ravissante ^. Jetez, jetez un peu les yeux. Chrétiens, sur cette immortelle beauté que le chrétien doit servir. Cette beauté divine ne montre ^ à vos yeux ni une grâce artificielle, ni des ornements empruntés, ni une jeunesse fugitive, ni un éclat ^ toujours défaillant, [p. 16] Là se trouve la grâce avec la durée ; là se trouve la majesté avec la douceur ; là se trouve le sérieux avec l'agréable ; là se trouve l'honnêteté avec le plaisir et avec la joie. C'est ce que nous avons à considérer dans la seconde partie.
Deuxième Point.
De toutes les passions, la plus pleine d'illusion c'est la joie ; et le Sage n'a jamais parlé avec plus de sens que quand il a dit dans l'Ecclésiaste qu'il « estimait le ris une erreur, et la joie une tromperie : Risum repiitavi errorem, [p. 17] et gandio dix'i : Qtiid frustra decîperîs ^ ? » Et " certes il ne faut pas croire que ce lieu
Bossuet retranche ici encore cette Une grâce passagère (var. : un agrébelle phrase, que Deforis n'a eu ment passager), une jeunesse fugigarde de supprimer : (( Allez, hom- tive, une vivacité défaillante, un ormes corrompus et corrupteurs, puri- nement {var. : une peinture) superfifiez vos yeux et vos cœurs, et peu à ciel, une vivacité morte à compapeu vos esprits s'accoutumeront aux raison. Jetez les yeux un moment lumières de l'Évangile, » sur l'immortelle beauté que le chré- 1. Pressé de gagner la fin de ce tien doit servir. » — Plusieurs traits premier point, l'orateur abrège en- ont été repris dans la rédaction core sa première rédaction : (( Quoi! définitive, me vanterez-vous toujours l'éclat de 2. Var. : n'étale, ce teint? Vous vous dite? chrétienne, 3. Var. : vivacité toujours défailet vous étalez avec pompe cette f ra- lante.
gile beauté, piège pour les autres, 4. Eccl., il, 2. — (Latin en marge.)
poison pour vous-même, qui «e van- 5. Anciennes édit. : Depuis notre
te de traîner après soi les âmes cap- ancienne désobéissance, Dieu a vou-
tives, et qui. vous menace, vous fait lu retirer à soi tout ce qu'il avait
porter à vous-même un joug plus répandu, de solide contentement sur
honteux. Chrétiens, d'autres beautés la terre ; et cette petite goutte de joie
vous sont destinées ; car que vois-je qui nous est restée pour rendre la
•dans ces idoles que vous adorez ? vie supportable et tempérer par
Sermons de Bossitet. — V. 32
de confusion, où les bons sont mêlés avec les mauvais, puisse être le séjour des joies véritables. « Autres sont les biens que Dieu abandonne pour la consolation des captifs, autres ceux qu'il a réservés pour faire la félicité de ses enfants ^ : Aliud solatium captivorum, aliuâ gaudium liber orum ^. »
Mais^, pour vous donner une forte idée de ces plaisirs véritables qui enivrent les bienheureux, philosophons un peu avant toutes choses sur la nature des joies du monde. Car, mes Frères, c'est une erreur de croire qu'il faille indifféremment recevoir la joie, quelque main qui nous la présente \ Que [p. 18] m'importe, dit l'épicurien, de quoi je me réjouisse, pourvu que je sois content! Soit erreur, soit vérité, c'est toujours être trop chagrin que de refuser la joie, de quelque part qu'elle vienne. Ceux qui le pensent ainsi ^, ennemis du progrès de leur raison, qui leur fait voir tous les jours la vanité de leurs joies, estiment leur âme trop peu de chose, puisqu'ils croient qu'elle peut être heureuse sans posséder aucun bien solide, et qu'ils mettent son bonheur et par conséquent sa perfection dans un songe ^ . Mais le Saint-Esprit '^ prononce au contraire que celui-là est insensé, qui se réjouit dans les choses vaines ; que celui-là est abandonné ^ de Dieu, qui se réjouit dans les mauvaises; et qu'enfin on est malheu-
quelque douceur {var.: corriger tant Les éditeurs modernes la renvoient
soit peu) ses amertumes infinies, dans les notes,
n'est pas capable de satisfaire un 6. Bossuet ajoute la remarque sni-
esprit solide. — Cette phrase est vante, qui, elle, n'est pas destinée à
retranchée au manuscrit. entrer dans le texte: « N[ot]ez
1. Yar. : les plaisirs solides qu'il qu'il ne faut pas distinguer le bonréserve à ses enfants. — Ms. : qui heur de l'âme d'avec sa perfection : les a réservés. grand principe. » — Deforis, danst
2. S. Aug., In Ps. CXXXVT, n. 5. une note de quarante-cinq lignes, in-4.
3. Première rédaction (effacée): entreprend de « développer le giand Le chrétien ne doit point mettre son principe que M. Bossuet indique en bonheur {tmr. : sa félicité) dans les passant. »
joies que peuvent goûter les impies, 7. Souligné : non remplacé. Est-ce
parce qu'il doit se conserver {vdr. : en raison de l'addition qu'on vient
se réserver) tout entier pour ces de lire ? ou bien l'orateur se fait-il
grandes et chastes délices que Dieu scrupule d'attribuer au Saint-Esprit
prépare (?jar. : qu'il prépare) dans le ce qui n'est qu'un commentaire de
ciel à ses serviteurs. l'Écriture ?
4. Var : de quelque côté qu'elle 8. Var. : maudit de Dieu — Annaisse. ciennes édit. : abandonné, maudit
5. Cette phrase, si digne de Bos- de Dieu. suet, est une addition marginale.
reux ^ quand on n'aime que les plaisirs que la raison condanuie ou qu'elle méprise.
Il faut donc avant toutes choses considérer d'où nous vient la joie, et quel en est le sujet. Et premièrement, Chrétiens, toutes les joies que nous donnent les biens de la terre sont pleines d'illusion et de vanité. C'est pourquoi, dans les ajïaires du monde, le plus sage est toujours celui [p. 19] que la joie emporte le moins. Écoutez la belle sentence que prononce l'Ecclésiastique: (( Le fol inconsidéré, dit-il, fait sans cesse éclater son ris indiscret ^, et le sage à peine rit-il doucement : Fatuus ^ in risu exaltât vocem suani ; vir autem sapiens vix tacite ridehit ^ » En effet, quand on voit un homme emporté, qui, ébloui de sa dignité ou de sa fortune, s'abandonne à la joie sans se retenir, c'est une marque certaine d'une âme qui n'a point de poids, et que sa légèreté rendra le jouet éternel de toutes les illusions du monde. Le sage, au contraire, toujours attentif aux misères et aux vanités de la vie humaine, ne se persuade jamais qu'il puisse avoir sur la terre ^ aucun véritable sujet de se réjouir. C'est pourquoi il rit en tremblant, comme disait l'Ecclésiastique; c'est à dire qu'il supprime lui-même [p. 20] sa joie indiscrète par une certaine hauteur d'une âme qui désavoue sa faiblesse, et qui, sentant qu'elle est née pour les biens célestes ^, a honte de se sentir ^ si fort transportée ^ par des choses si méprisables.
Après avoir regardé d'où nous vient la joie, il faut encore considérer où elle nous mène. Car, ô plaisirs, où nous menez-vous ? à quel oubli de Dieu et de nousmême[s] ! à quels malheurs et à quels désordres! Ne