‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 40 sur 532 · Var. : il y applique. préposition est effacée · texte numérisé non relu

Var. : il y applique. préposition est effacée

SUR l'honneur. 49

sèment infini que sa ^ vanité s'imagine, il ne s'avise jamais de se mesurer à son cercueil, [p. 8] qui seul néanmoins le mesure au juste.

C'est, Messieurs, en cette manière que l'homme croit se rendre admirable. En effet, il est admiré et devient un magnifique spectacle à d'autres hommes aussi vains et autant trompés que lui. Mais ce qui le relève, c'est ce qui l'abaisse ; car ne voit-il pas, Chrétiens, dans toute cette pompe qui l'environne et au milieu [de] tous ces regards qu'il attire, que ce qu'on regarde le moins ^, c'est lui-même ? tant l'homme est pauvre et nécessiteux qui n'est pas capable de soutenir par ses qualités personnelles les honneurs dont il se repaît !

C'est ce que nous montre l'Écriture sainte dans cet orgueilleux roi de Bab3done, le modèle des âmes vaines, ou plutôt la vanité même. Comme l'orgueil monte toujours ^, dit le Roi-Prophète ^, et ne cesse "" d'enchérir sur ce qu'il est ^, Nabuchodonosor ne se contente pas des honneurs de la royauté. Il veut des honneurs divins. Mais, comme sa personne ne peut soutenir un éclat si haut ^, démenti trop visiblement par notre ^ misérable mortalité, il érige sa magnifique statue, il éblouit les yeux par sa richesse, il étonne l'imagination par sa hauteur, il étourdit tous les sens par le bruit ^ qu'on fait autour d'elle ; et ainsi [p. 9] l'idole de ce

1. Edit. : notre. — Variante pré- mesure au juste.» — Combien le

férée à tort, car plus loin nou.-< est singulier n'est-il pas plus expressif !

effacé : (( nous mesure au juste, n (Cf. Histoire critique de la Prédica-

Voici une première rédaction ef- tion de Bossuet, p. 92, 93.)

f acée, qui montre le soin apporté par 2. Édit. : ce qu'on admire le moins.

Bossuet dans ce beau passage, bien Insistance supprimée, comme ra-

qu'il eût déjà un brouillon dans le lentissant la phrase,

sermon non prêché de l'A vent du 3, y^^, . Comme l'orgueil enchérit

Louvre (I660, troisième dimanche) : toujours sur lui-même.

(( Toutefois qu'il se multiplie tant 4 p^ Lxxiii 23 qu'il lui plaira, et autant, si vous k' v- V-^ ' ' '• • xi j voulez, que ces miroirs qui multiplient \^^'\- '^^ ^.^^^^ J^°^^^^- " ^ ^^dans leurs diverses faces les objets verbe est ettace. jusqu'à Vinfini, il né faut pour l'a- 6. Note marginale : Superbta eobattre qu'une seule mort (et pour rum... ascendit. (Texte du psaume cette mort une seule cause, et encore allégué.) assez légère), et une seule chutepour '■ ^^^- '• ^^^ si grand éclat. tout casser. Mais les 7/o?n?nes n'y pen- 8. Var. : sa. — Edit. : qui est désent pas ; et dans cet accroissement menti... — Deux mots effacés, infini que leur vanité s'imagine, ils 9. Edit. : par le bruit de sa symne s'avisent jamais de se mesurer à phonie, et par celui des acclamations leur cercueil, qui seul néanmoins les qu'on... — Huit mots effacés.

Sermons de Bossuet. — Y 4

50 CARÊxME DE SAINT-GERMAIN.

prince, plus privilégiée que lui-même, reçoit des adorations que sa personne ^ n'ose demander. Homme de vanité et d'ostentation, voilà ta figure : c'est en vain que tu te repais des honneurs qui semblent te suivre ; ce n'est pas toi qu'on admire, ce n'est pas toi qu'on regarde, c'est cet éclat étranger qui fascine les yeux du monde ; et on adore non point ta personne, mais l'idole de ta fortune, qui paraît dans ce superbe appareil par lequel tu éblouis le vulgaire.

Jusques à quand, ô enfants des hommes ! jusques à quand aimerez-vous la vanité^ et vous plairez-vous dans le mensonge^ ? L'homme n'est rien, et il ne poursuit que des riens pompeux : a In imagine pertransit homo, sed et frustra conturhatur ^ : Il passe comme un songe, et il ne court aussi qu'après des fantômes. » Que s'il est vrai, ce que dit saint Jean Chrj^sostome^, que la vanité au dehors est la marque la plus évidente de la pauvreté au dedans, que dirons-nous, Chrétiens, et que pensera la postérité du siècle où nous sommes ? Car quel siècle a-t-on jamais vu où la vanité ait été j)lus désordonnée ? Quand est-ce qu'on a étalé [p. 10] plus de titres, plus de couronnes ^, plus de vaines magnificences ? Quelle condition n'a pas oublié ses bornes ? Qui n'a pu avoir la grandeur a voulu néanmoins la contrefaire. On ne peut plus faire de discernement ; et, par un juste retour, cette fausse image de grandeur s'est tellement étendue, qu'elle s'est enfin ravilie.

Mais encore si les vanités n'étaient simplement que vanités, elles ne nous contraindraient pas, Chrétiens, de faire aujourd'hui de si fortes plaintes. Ce qu'il 3' a de plus déplorable, c'est qu'elles arrêtent le cours des charités, c'est qu'elles mettent tout à fait à sec la source des aumônes, et avec la source des aumônes celle de toutes les grâces du christianisme. Que dis-je ici, des aumônes ? Les vanités ne permettent pas même de payer ses dettes. On ruine et les siens et les étrangers pour satisfaire à son ambition ^. Encore n'est-ce pas le

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