‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 408 sur 532 · Voy. la notice, p. 512. année · texte numérisé non relu

Voy. la notice, p. 512. année

et seize années d'une prospérité accomplie, qui coulèrent sans interruption, avec l'admiration de toute la terre, furent seize années de douceur pour cette Église affligée. Le crédit de la Reine obtint aux catholiques ce bonheur singulier et presque incroyable, d'être gouvernés successivement par trois nonces apostoliques, cj[ui leur apportaient les consolations que reçoivent les enfants de Dieu de la communication avec le Saint Siège.

Le pape saint Grégoire, écrivant au pieux empereur Maurice, lui représente en ces termes les devoirs des rois chrétiens : Sachez, 6 grand Empereur, que la souveraine puissance vous est accordée d^en haut afin que la vertu soit aidée, que les voies du ciel soient élargies, et que Vempire de la terre serve Vempire^ du ciel-. C'est la Vérité elle-même qui lui a dicté ces belles paroles. Car qu'y a-t-il de plus convenable à la puissance que de secourir la vertu ? à C[uoi la force doit-elle servir, qu'à défendre la raison ? et pourquoi commandent les hommes, si ce n'est pour faire que Dieu soit obéi r Mais sur tout il faut remarquer l'obligation si glorieuse, Cjue ce grand pape impose aux princes, d'élargir les voies du ciel. Jésus-Christ a dit dans son Évangile ^ : Conihien est étroit le chemin qui mène à la vie ^ ! Et voici ce C{ui le rend si étroit : c'est que le juste, sévère à lui-même et persécuteur irréconciliable de ses propres passions, se trouve encore persécuté par les injustes passions des autres, et ne peut pas même obtenir que le monde le laisse en repos dans ce sentier solitaire et rude, où il grimpe plutôt qu'il ne marche. Accourez, dit saint Grégoire, Puissances du siècle "" ; vovez dans quel sentier la vertu chemine, doublement à l'étroit, et par

1. Var. : serve à l'empire... — vitam, et pauci sunt qui hwenvint Corrigé en IfiSO. eam !

2. Le latin en note marginale : 4. Var. : (i Que le chemin est étroit Ad hoc en'im poteftas dominorum qni mène à la vie. » meorumpietati cœlitds data est super 5. On voit par le développement omnes hommes^ ut qui. hona appetuiit qui va suivre comment les Oraisons adjuventur, ut cwloriun via larfjius funèbres se sont enrichies de rémipateat, ut terrestre reqnum cœlesti niscences des »Ç^?"?hoh.'î. Cf. ci-dessus, reffno fainnletur. (Lib. III, Epist., sur la Justice.}). MO : siir T Ambition Lxv.) (projet de sermon ). p. 131, et dans

3. Matth., vn, 14. — Le texte le volume précédent, p. ïM2, sur les complet est celui-ci : Quant angusta Devoirs des rois.

porta et arcta via est. quw ducit ad

elle-même, et par l'effort de ceux qui la persécutent r secourez-la, tendez-lui la main ; puisque vous la voyez déjà fatiguée du combat qu'elle soutient au dedanscontre tant de tentations qui accablent la nature humaine, mettez-la du moins à couvert des insultes du dehors. Ainsi vous élargirez un peu les voies du ciel, et rétablirez ce chemin, que sa hauteur et son âpreté rendront toujours assez difficile.

Mais si jamais l'on peut dire que la voie du chrétien est étroite, c'est. Messieurs, durant les persécutions. Car que peut-on imaginer de plus malheureux, que de ne pouvoir conserver la foi sans s'exposer au supplice, ni sacrifier sans trouble, ni chercher Dieu qu'en tremblant ? Tel était l'état déplorable des catholiques anglais. I^ 'erreur et la nouveauté se faisaient entendre dans toutes les chaires ; et la doctrine ancienne, qui, selon l'oracle de l'Évangile, doit être prêchée jusques sur les toits ^, pouvait à peine parler à l'oreille. Les enfants de Dieu étaient étonnés de ne voir plus ni l'autel, ni le sanctuaire, ni ces tribunaux de miséricorde qui justifient ceux qui s'accusent. O douleur ! il fallait cacher la pénitence avec le même soin qu'on eût fait ^ les crimes ; et Jésus-Christ même se voyait contraint ,^ au grand malheur des hommes ingrats, de chercher d'autres voiles et d'autres ténèbres que ces voiles et ces ténèbres mystiques dont il se couvre volontairement dans l'Eucharistie. A l'arrivée de la Reine, la rigueur se ralentit, et les catholiques respirèrent. Cette chapelle royale, qu'elle fît bâtir avec tant de magnificence dans son palais de Sommer set, rendait à l'Église sa première forme. Henriette, digne fille de saint Louis, y animait tout le monde par son exemple, et y soutenait avec gloire par ses retraites, par ses prières et par ses dévotions, l'ancienne réputation de la très chrétienne maison de France. Les prêtres de l'Oratoire, que le grand Pierre de Bérulle avait conduits avec elle, et

1. Matth.. X, 27. — Latin en mar- crimes. — Sur le verbe /aire emge : Quod in aure audit is. prœdicate ployé à en remplacer un autre, voy. super tecta. les Remarques, au tome VII.

Page 1