Is., XIX, 14. édit. : O piété ! ô chasteté
4. Var. : et dit en poussant un (>. Is., Li, 17. secret soupir: 0 piété...! — Pre- 7. lbid.,Jjl,'20.
SERMON SUR L 'ENDURCIS SEiMEiNT. 559
perdent enfin toute connaissance de Dieu et tout sentiment de leur mal. Ils pèchent sans scrupule ; ils s'en souviennent sans douleur ; ils s'en confessent sans componction ; ils y retombent sans crainte ; ils y persévèrent sans inquiétude ; ils y meurent enfin sans repentance. [P. 20] Ouvrez donc les yeux, ô pécheurs! et connaissez l'état où vous êtes. Pendant que vous contentez vos mauvais désirs, vous buvez un long oubli de Dieu ; un sommeil mortel vous gagne, vos lumières s'éteignent, vos sens s'affaiblissent \ Cependant il se fait contre vous, dans le cœur de Dieu, « un amas de haine et de colère : Thesaurizas tïbi iram ^, » comme dit l'Apôtre ; sa fureur longtemps retenue fera tout à coup un éclat terrible. Alors vous serez réveillés par un coup mortel, mais réveillés seulement pour sentir votre supplice intolérable ^ . Prévenez un si grand malheur ; éveillezvous, l'heure est venue : Hora est jam nos [de somno surgere~\. Éveillez-vous pour écouter l'avertissement, de peur qu'on ne vous éveille pour écouter votre sentence. Ne tardez pas davantage : cette heure où je vous parle doit être, si vous êtes sages, l'heure de votre réveil. C'est ma seconde partie.
Second Point.
[P. 21] Jésus-Christ commande* à ses ministres de dénoncer à ceux qui diffèrent de jour en jour leur con-
1. Quatre mots effacés ici : « vos ment de juste supplice, parce qu'il forces se diminuent. » (Mis plus (est) nous est une marque {certaine haut. ) que Dieu retire ses grâces) que Dieu,
2. Kom., II, 5. ennuyé de nous et las de nos durcît. Yar. : inévitable. tés, retire ses grâces. Maintenant il 4. Les hésitations, au début de ce me sera aisé de vous faire voir que
second point, remplissent la page 21 ces deux raisons pressent tellement presque entière. Yoici les rédactions qu'elles ne permettent au pécheur successives que l'auteur a effacées : aucun délai : (d'où il s'ensuit que H Si (je neme suis...) vous avez été Vheure est venue et qu'il faut nous attentif s aux choses que je viens de réveiller prompte77ient, si nous ne dire, deux raisons principales vous voulons perdre notre éternité;) Hora auront fait voir combien il est dan- est jam Jios, etc. gereux d'oublier le soin de son salut; Premièrement, Chrétiens, (Jésusla. première, que cet oubli est un Christ) le Fils de ,Dieu nous a encrime qui (nous) attire sur nous des seigné dans son Evangile que la peines terribles, l'autre, (qu'il est science des temps est l'un des secrets lai-vciême) (que cet oubli même est) que le Père a mis en sa puissance. — qu'il est lui-même un commence- Nouvelle rédaction : Premièrement,
version qu'ils seront surpris ^ infailliblement dans les pièges de la mort et de l'enfer, [p. 22] et qu'à moins de veiller à toutes les heures, il viendra une heure imprévue qui ne [leur] laissera aucune ressource ^ . Écoutez, non la parole des hommes, mais la parole de Jésus-Christ même, en saint Matthieu et en saint Luc ^ : Veillez, parce que vous ne savez pas à quelle heure viendra votre Seigneur. Car sachez que, si le père de famille était averti de F heure à laquelle le voleur doit venir, sans doute il veillerait et ne laisserait pas percer sa maison. Vous donc aussi, soyez toujours prêts, parce que le Fils de l'Homme viendra à Vheure que vous ne pensez pas. Qui est le serviteur fidèle et prudent que son maiire a établi sur tous ses serviteurs, afin qu'ail leur distribue dans le temps leur no\irriture ? Heureux est ce serviteur, si son maître, à son arrivée, le trouve agissant de la sorte! Je vous dis en vérité qu^il rétablira sur tous ses biens. Mais si ce serviteur est méchant, et qu^il dise en son cœur : Mon maître n'est pas prêt à venir ^, [p. 23] et qu'il commence à maltraiter "^ ses compagnons, et à manger et à boire, et à s'' enivrer ^, le maître de ce serviteur viendra au jour auquel il ne s^ attend pas et à Vlieure qiiHl ne sait pas, et il le séparera et lui donnera le partage des infidèles et des hypocrites. C^est là qu^il y aura des pleurs et des grincements de dents.
-Chrétiens, {celui qui ■négWfje son répéter aux pécheurs ses propres
salut) celui qui diffère (toujo\^iirs\) avertisse Qients.
'CsiJ) longtemps de penser à son salut 1. Yar. : d'annoncer à tous les
peut s'assurer qu'il sera surpris dans pécheurs que, s'ils diffèrent..., ils
lee pièges de la mort et de l'enfer.. » seront surpris...
— Nouveau début, très abrégé : 2. Var.: et que, s'il ne veille., qui (( (J'entrerai...) Je ne ferai pas, ne lui laissera aucune ressource. (Se Messieurs, un long circuit, et je vous rapportait à la dernière des rédac- •dirai nettement (que qui diffère... tions effacées. ) qu'en différant de jour en jour de 3. Matth., xxiv, 42 et seq. ; Luc, penser à son salut, on peut s'assu- XIT, 39 et seq. (Ms. : 42.) rer qu'on...) que celui qui diffère 4. Prt'ï à ou jor^^ rft', étaient synode jour en jour de penser à son nymes. Ils se disaient indifféremsalut, doit s'assurer qu'il sera surpris ment pour prêt à et près de. C'est dans...) — Les mots en italiques cette dernière expression que noiis étaient effacés avant le reste. emploierions ici.
Bossuet abandonne encore cette 5. Yar. : à battre,
rédaction, pour donner à sa parole 6. Anciennes édit. : et à mener une
sur ce pointdécisif une autorité sou- vie dissolue. — Ces mots sont effa-
veraine, en rappelant l'ordre donné ces, et remplacés par : «et à s'eni-
par Jésus-Christ à se,s ministres de vrer. »
SERMON SUR l'eNDURCISSEMENT. 561
Cette parabole de l'Évangile nous découvre en termes formels deux vérités importantes : la première, que Jésus-Christ a dessein de nous surprendre ; la seconde, que le seul moyen qu'il nous donne pour éviter la surprise, c'est de veiller sans relâche, [p. 25] Tel ^ est le conseil de Dieu, et la sage économie que ce grand père de famille a établie ^ dans sa maison. Il a voulu avoir des serviteurs vigilants et perpétuellement ^ attentifs. C'est pourquoi il a disposé de sorte le cours imperceptible du temps que nous ne sentons ni sa fuite ni les larcins qu'il nous fait ; en sorte que ^ la dernière heure nous surprend toujours. Il faut ici nous représenter cette illusion trompeuse "" du temps et la manière dont il se joue de notre faible imagination. Le temps, dit saint Augustin ^, est une faible imitation de l'éternité. Celle-ci '^ est toujours la même : ce que le temps ne peut égaler par sa consistance, il tâche de l'imiter par la succession. S'il [p. 26] nous dérobe un jour, il en rend subtilement un autre semblable, qui nous empêche de regretter celui que nous venons de perdre. C'est ainsi Cj[ue le temps nous joue et nous cache sa rapidité. C'est aussi peut-être en cela que consiste cette malice du temps dont l'Apôtre nous avertit par ces mots : Rachetez le temjjs, dit-il, parce que les jours sont mauvais ^, c'est-à-dire trompeurs et malicieux. En effet, le temps nous trompe toujours, parce qu'encore qu'il varie sans cesse, il montre presque toujours un même visage, et que l'année qui est écoulée semble ressusciter dans la suivante. Toutefois une longue suite nous découvre toute l'imposture \ Les rides sur notre front, les cheveux gris, les infirmités ne nous font que trop
1. L'auteur plaçait d'abord ici 2. Var. : qu'il! ui a plu d'établir,
(p. 23-24) un développement qui se 3. Yar. : continuellement,
rencontrera plus loin. Cette premiè- 4. En sorte, trop rapproché des
re rédaction débutait ainsi : (( L'on mots de sorte (synonymes de : de
ne peut s'étonner assez (var. : Mais telle sorte), îa'it partie d'une addition
qui pourrait... ? — Je ne sais pHis margrinale. Il n'y en a pas moins
quel nom donner...) de l'aveugle- quelqiie négligence, ment des hommes, qui contredisent n, Var. ; cette imposture,
ouvertement Jésus-Christ. Nous ne 6. In Ps. TX, n. 7
lisons qu'avec frayeur {var. : pas 7. Var. : L'éternité,
sans frayeur) la témérité de saint 8. Ephes., v, 16.
Pierre, qui.pendant que Jésus-Christ 9. Var. : nous découvre cette im-
lui dit nettement ...» — Cf. ci-après, posture, dans le tex^e.
Sermons de Sossuet. — V. 36
remarquer quelle grande partie de notre être est déjà abîmée et engloutie. Mais, dans de si grands changements, le temps affecte toujours quelque imitation de l'éternité : car, comme c'est le propre de l'éternité de conserver les choses ^ dans le même état, le temps, pour en approcher, ne nous dépouille que peu à peu, et nous mène aux extrémités opposées " par une pente si douce et tellement insensible que nous nous trouvons engagés au milieu des ombres de la mort, avant que d'avoir songé comme il faut à notre conversion. Ézéchias ne sent point écouler son âge, et dans la quarantième de ses années, il croit qu'il ne fait que de naître : « Dmn adhuc ordirer, succidit "me " : Il a coupé la trame de mes jours que je ne faisais que commencer. » Ainsi la malignité trompeuse du temps fait que nous tombons tout à coup, et sans y penser, entre les mains de la mort. Pour nous garantir de cette surprise, Jésus-Christ ne nous a laissé qu'un seul moyen dans la parabole de l'Évangile, c'est celui d'être toujours attentifs et vigilants : Veilles, dit-il, sans cesse, parce que vous ne savez a quelle heure viendra le Seigneur.
Ici, l'on ne peut s'étonner assez de l'aveuglement des hommes, qui ne sont pas moins audacieux que le fut autrefois l'apôtre saint Pierre, lorsqu'il osa démentir la Vérité même"*. On ne lit point sans étonnement la témérité de ce disciple qui, lorsque Jésus-Christ lui dit nettement qu'il le reniera trois fois, ose lui répondre en face : Non, je ne vous renierai pas ^ . Mais cessons de nous étonner de son audace, qu'il a expiée par tant de larmes : étonnons-nous de nous-mêmes et de notre témérité insensée. Jésus-Christ nous a dit à tous en paroles claires : Si vous ne veillez sans cesse, je vous surprendrai. Et nous osons lui répondre : Non, Seigneur, nous dormirons à notre aise ; cependant nous