‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 447 sur 532 · Var. : équité. 4. Yar. ; nous sont · texte numérisé non relu

Var. : équité. 4. Yar. ; nous sont

mes, elle a voulu régner ^, et Jésus-Christ est venu au monde pour établir cet empire par la foi qu'il nous a prêchée. J'ai promis, Messieurs, de vous faire voir que la vérité de cette foi s'est établie en souveraine, et en souveraine toute-puissante ; et la marque assurée que je vous en donne, c'est que, sans se croire obligée d'alléguer aucune raison et sans être jamais réduite à emprunter aucun secours^ par sa propre autorité, par sa propre force elle a fait ce qu'elle a voulu et a régné dans le monde. C'est agir, si je ne me trompe, assez souverainement; mais il faut appuyer ce que j'avance.

[P. 2] J'ai dit que la vérité chrétienne n'a point cherché son appui dans les raisonnements humains ; mais qu'assurée d'elle-même, de son autorité suprême et de son origine céleste ^, elle a dit, et a voulu être crue ; elle a prononcé ses oracles, et a exigé la sujétion.

Elle a prêché une Trinité, mystère inaccessible par sa hauteur ; elle a annoncé un Dieu-Homme, un Dieu anéanti jusques à la croix, abîme impénétrable par sa bassesse. Comment a-t-elle prouvé ? Elle a dit pour toute raison qu'il faut que la raison lui cède, et ^ qu'elle est née sa [p. 3] sujette. Voici quel est son langage : c( Hœc dicit Dominus : Le Seigneur a dit. » Et en un autre endroit : Il est ainsi, « parce que j'en ai dit la parole : Quia verhum ego locutus sum, dicit Dominus '^. » Et en effet. Chrétiens, que peut ici opposer la raison humaine ? Dieu a le moyen de se faire entendre ; il a aussi le droit de se faire croire. Il peut par sa lumière infinie nous montrer, quand il lui plaira, la vérité à découvert ; il peut par son autorité souveraine nous obliger à nous y soumettre, sans nous en donner l'intelligence. Et il est digne de la grandeur, de la dignité ^, de la majesté de ce premier Être, de régner sur tous les esprits, soit en les captivant par la foi, soit en les contentant par la claire vue.

1. Édit. : régner sur eux. — Ces tienne n'est pas fondée en raison, deux mots sont effacés. mais qu'elle n'est point « fondée sur

2. Yar. : de son autorité et de son les raisonnements humains : » ce qui origine suprême, — céleste. La leçon est bien différent.

définitive, à la sanguine. 4. Jerem., xxxiv, 5.

3. Var.: parce qu'elle... — Bossuet 5. Négligence que l'auteur ne ne veut pas dire que la vérité chré- semble pas avoir remarquée.

Jésus-Christ a usé de ce droit ^ dans l'établissement de son Évangile ; et comme sa sainte doctrine ne s'est point fondée sur les raisonnements humains, pour ne point dégénérer d'elle-même elle a aussi dédaigné le soutien ^ de l'éloquence. Il est vrai que les saints apôtres, qui ont été ses prédicateurs, ont abattu aux pieds de Jésus la majesté des faisceaux romains, et qu'ils ont fait trembler dans leurs tribunaux les juges devant lesquels ils étaient cités: Tremefuctus ^ FeJiœ Irespondit']: Quod nunc atiinet, vade ; tempore cnitem opporUino accersam tfi\ Lequel est le prisonnier ? lequel est le juge ^ ? Ce n'est plus l'accusé qui demande du délai à son juge, c'est le juge effrayé qui en demande à son criminel. Ainsi les saints apôtres ont renversé les idoles, ils ont converti les peuples, ce Enfin ayant affermi, dit saint Augustin, leur salutaire doctrine, ils ont laissé à leurs successeurs \a terre éclairée par une lumière céleste : Confirmata saluherrimn disciplina, [p. 4] illuiinnatas terras posteris reJiquerunt^. » Mais ce n'est point par l'art du bien dire, par l'arrangement des paroles, par des figures artificielles, qu'ils ont opéré tous ces grands effets. Tout se fait par une secrète vertu qui persuade contre les règles, ou plutôt qui ne persuade pas tant qu'elle captive les entendements ; vertu qui, venant du ciel, sait se conserver toute entière dans la bassesse de leurs expressions et dans la simplicité d'un style vulgaire ' : comme on voit un fleuve rapide qui retient, coulant dans la plaine, cette force violente et

1. Anciennes édit. : de ce droit le proconsul Félix, parle si forteroyal. — Ce mot est effacé. ment des vérités chrétiennes (Dis-

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