S. Aug., De vera Relig., n
ces fureurs du monde entier conjuré contre elle, elle n'a point mendié de secours humain. Elle s'est fait ellemême des défenseurs intrépides et dignes de sa grandeur, qui, dans la passion qu'il [s] avaient pour ses intérêts, ne sachant que la confesser et mourir pour elle, ont couru à la mort avec tant de force qu'ils ont effrayé leurs persécuteurs, qu'à la fin ils ont fait honte par leur patience aux lois qui les condamnaient au dernier supplice, et ont obligé les princes à les révoquer : Orando, patiendo, cmn pia securitate [p. 6] moriendo, leges quihus damnahatur christiana religio eruhescere compulerunt, mutarique fecerunt, dit éloqu[emment] saint Augustin ^ .
C'était donc le conseil de Dieu et la destinée de la vérité, si je puis parler de la sorte, qu'elle fût entièrement établie malgré les rois de la terre, et que, dans la suite des temps, elle les eût premièrement pour disciples, et après pour défenseurs. « Et nunc reges ^ : maintenant. » Il ne les a point appelés quand il a bâti son Église. Quand il a eu fondé immuablement ^ et élevé jusqu'au comble ce grand édifice, il lui a plu alors de les appeler. Il les a donc appelés, non point par nécessité, mais par grâce. Donc l'établissement de la vérité ne dépend point de leur assistance, ni l'empire de la vérité ne relève point de leur sceptre * ; et si Jésus-Christ les a établis défenseurs de son Évangile, il le fait non par besoin, [mais] pour honorer ^ leur autorité et pour consacrer leur puissance. Cependant sa vérité sainte se soutient toujours d'elle-même et conserve son indépendance. Ainsi, [p. 7] lorsque les princes défendent la foi, c'est plutôt la foi qui les défend ; lorsqu'ils protègent la religion, c'est plutôt la religion qui les protège et qui est l'appui de leur trône. Par où vous voyez clairement ® que la vérité se sert des hommes, mais qu'elle n'en dépend pas ; et c'est ce qui
1. Z)e Cmi. Df/, lib.YIII, cap.xx. a effacés. Il a seulement oublié de