‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 486 sur 532 · Joan., XVIII. 36. milieu de l'oraison dominicale · texte numérisé non relu

Joan., XVIII. 36. milieu de l'oraison dominicale

3. Yar. : ce n'est pas que je veuille 7. Var.: et devant et après, tout e.=!t dire que nous ne puissions pas em- plein de dons et de demandes spiriployer... tuelles.

venons prier quand les besoins humains nous en pressent. A force de recommander à Dieu nos malheureuses affaires, l'effort que nous faisons pour l'engager avec tous ses saints^ dans nos intérêts fait que nous nous échauff'ons nous-mêmes dans l'attachement que nous y avons. Ainsi nous sortons de la prière, non plus tranquilles ni plus résignés à la volonté de Dieu, ni plus fervents pour sa sainte loi, mais plus ardents et plus échauffés pour les choses de la terre. Aussi nous voit-on revenir quand les affaires réussissent mal, non avec ces plaintes respectueuses qu'une douleur soumise répand devant Dieu pour les faire mourir à ses [p. xxiii] pieds, mais avec de secrets murmures et avec un dégoût qui tient du dédain.

Chrétien, vous vous oubliez ; le Dieu que vous priez est-il une idole dont vous prétendez faire ce que vous voulez, et non le Dieu véritable qui doit faire de vous ce qu'il veut ? Je sais qu'il est écrit que Dieu fait la volonté de ceux qui le craignent ^ ; mais il faut donc qu'ils le craignent et qu'ils se soumettent à lui dans le fond du cœur. « L'oraison, dit saint Thomas, est une élévation de l'esprit à Dieu, ascensio mentis in Deum ^. » Par conséquent il est manifeste, conclut le Docteur angélique, que celui-là ne prie pas, qui, bien loin de s'élever à Dieu, demande que Dieu s'abaisse à lui, et qui vient à l'oraison, non point pour exciter l'homme à vouloir ce que Dieu veut, mais seulement pour persuader à Dieu de vouloir ce que veut l'homme. Qui pourrait supporter cette [p. xxiv] irrévérence ? Aussi les hommes charnels [s'avisent-ils ^] d'un autre artifice: si nous n'osons espérer de tourner Dieu à notre mode, nous croyons pouvoir fléchir plus facilement la sainte Vierge et les saints, et les faire venir à notre point ^, à force de les flatter par nos louanges ou à force de les

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