SUR LES RECHUTES
recommandés dans l'Évangile, c'est-à-dire mie conversion durable et constante ; que notre vie, toujours partagée entre la vertu et le crime, ne prenne jamais un parti de bonne foi, ou plutôt qu'en ne gardant plus que le seul nom de vertu, elle prenne le parti du crime, et le fasse régner en nous malgré les sacrements [p. 46] tant de fois reçus ^ : c'est un monstre dans la doctrine des mœurs.
Faites-moi venir un philosophe, un Socrate, un Pythagore, un Platon ; il vous dira que la vertu ne consiste pas dans un sentiment passager, mais que c'est une habitude constante et un état permanent. Que nous ayons une moindre idée de la vertu chrétienne, et qu'à cause que Jésus-Christ nous a ouvert dans ses sacrements une source inépuisable pour laver nos crimes, plus aveugles que les philosophes, qui ont cherché la stabilité dans la vertu, nous croyions ^ être chrétiens lorsque nous passons notre vie dans une perpétuelle inconstance, aujourd'hui dans le bain de la pénitence, et demain dans nos premières ordures ; aujourd'hui à la sainte table avec Jésus-Christ, et demain avec Bélial et dans toutes les corruptions du monde : peut-on faire un plus grand outrage au christianisme ?
Ce n'est pas ainsi que nos pères nous ont parlé des rechutes. Un saint concile d'Espagne dit que la rechute fait un jeu profane et un sacrilège amusement de la communion "\ [p. 47] Un ancien Père nous dit que retomber dans le crime auquel on a renoncé, c'est se repentir de sa pénitence, c'est condamner Jésus- Christ avec connaissance de cause et après l'avoir goûté, c'est le sacrifier à ses passions, et faire satisfaction au démon de ce qu'on avait osé secouer son joug détestable *.
Mais, quelque véhéments que soient les saints Pères à nous exprimer l'horreur des rechutes, rien n'égale les expressions des apôtres. Saint Paul dit que retomber dans ses premiers crimes, c'est affliger le Saint-Esprit"^, et avec raison ; car on le contraint, contre sa nature,