‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 54 sur 532 · Yar. : un second pas · texte numérisé non relu

Yar. : un second pas

les^ pécheurs vont plus loin encore. Les vérités de Dieu nous échappent ; nous perdons, en nous éloignant, le ciel de vue ; on ne sait qu'en croire ; il [n*]y a plus que les sens qui nous touchent et qui nous occupent ' .

De vous dire maintenant, Messieurs, jusques où ira cet égarement, ni jusqu'où vous emporteront les joies sensuelles", c'est ce que je n'entreprends pas; car qui sait les mauvais conseils que vous donneront [p. 10] ces flatteurs^ ? Tout ce que je sais, Chrétiens, c'est que la raison une fois livrée à l'attrait des sens, et prise de ce vin fumeux, ne peut plus répondre d'elle-même, ni savoir où l'emportera son ivresse ^. Mais que sert de renouveler aujourd'hui ce que j'ai déjà dit dans cette chaire " de l'enchaînement des péchés "^ ? et quel besoin de vous faire voir qu'un crime ' en attire d'autres, puisqu'il n'en faut qu'un pour nous perdre ; et que, sans que nous fassions jamais d'autres injustices, c'en est une assez criminelle de ^ refuser notre cœur à Dieu, qui le demande à si juste titre ?

C'est à cette énorme injustice que nous engage^ tous les jours l'amour des plaisirs. Il fait beaucoup davantage : non content de nous avoir une fois arraché [s] à Dieu, il nous empêche d'y retourner par une conversion véritable ; et en voici les raisons.

1. Cet alinéa est une addition mar- licence effrénée nous aura fait entreginale. prendre ? Je ne puis dire ces choses :

2. Yar. : vous emportera ramour tout ce que je sais. Chrétiens., y» — des plaisirs. Bossuet avait dit ailleurs ce qu'il ne

3. Beau passage supprimé ici: croit pas pouvoir dire ici (Voy. t.IV, (( Qui sait s'ils ne vous pousseront P- 208 et 606).

pas à réparer par des injustices (var.: i- Yar. : et ne sait où remportera rapines) ce que vous aurez dissipé son enivrement, par vos débauches ? Si, après que 5. Allusion à un sermon perdu, vous aurez dit avec ces libertins C'était peut-être celui que l'auteur dont il est parlé dans le livre de la avait destiné au second dimanche. Sapience: Contentons-nous.servons- et qui. reporté e:^ suite au troisième, nous du temps, cueillons les fleurs aura fait renvoyer celui-ci au meravant qu'elles passent, et prenons credi suivant, les plaisirs qui nous sont donnés 6. Yar. : crimes. {mr. : nos plaisirs, passons agréa- 7. Yar. : un péché. — Première blement une vie si courte) : Uta- rédaction : Que sert de vous faire mur bonis quœ sunt, et le reste, voir qu'ils s^attirent les uns les aunous ne dirons point aussiiavec eux : très,... — C est le texte de Detoris, Opprimons le juste et le pauvre : Lâchât, etc. Opprimamus pauperem justum. et 8. Edit. : que de. si nous n'attenterons pas de sou- 9. Yar. : C'estpette énorme injustenir par des violences ce qu'une tice que nous fait faire.,.

SUR l'enfant prodigue. 73

[P. 11] Pour se convertir, Chrétiens, il faut premièrement se résoudre, fixer son esprit à quelque chose, prendre une forme de vie : or est-il que l'attache aux attraits sensibles nous met dans une contraire disposition. Car nous voyons ^ par expérience que tout l'agrément des sens est dans la variété (et c'est pourquoi l'Écriture ^ dit que « la concupiscence est inconstante, inconstantia conciipiscentiœ) ; que ", dans toute l'étendue des choses sensibles, il n'y a point de si agréable situation que le temps ne rende ennuyeuse et insupportable. Quiconque donc s'attache au sensible, il faut qu'il erre ^ nécessairement d'objets en objets, et se trompe, pour ainsi dire, en changeant de place ; ainsi la concupiscence, c'est-à-dire l'amour des plaisirs est toujours changeant, parce que toute son ardeur ^ languit et meurt dans la continuité, et que c'est le changement qui le fait revivre. Aussi qu'est-ce autre chose que la vie des sens, qu'un mouvement alternatif de l'appétit au dégoût, et du dégoût à l'appétit, l'âme flottant toujours incertaine entre l'ardeur qui se ralentit et l'ardeur qui se renouvelle : inconstantia concupiscentiœ ? Voilà ce que c'est que la vie des sens. Cependant, dans ce mouvement perpétuel, on ne laisse pas de se divertir par l'image d'une liberté errante : Quasi quadam lihertate aurœ perfruuntur vago quodam desiderio suo ^.

[P. 12] Mais ^ quand il faut arrêter ses résolutions, cette âiïie, accoutumée dès longtemps à courir deçà et

1. Deforis, Lâchât...: Car, trop quée au manuscrit. — Autre var. : pauvres pour nous pouvoir arrêter parce qu'on le voit languir et moulongtemps, nous voyons... — Appo- rir dans la continuité, et que c'est sition retranchée, et dont la place, le changement qui le fait revivre, d'ailleurs, était après que. 6. S. Aug., In Ps. cxxxvi, n. 9.

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