Var. : s'arrêtei*. qu'on avait indûment maintenu au
2. De Spectac, n. 2. — Ms. : cum commencement de cette phrase. nulla sit nec stuîto nec sapienti... 5. Latinisme assez dur. Que est
3. Édit. (sauf M. Gazier) : c'est- relatif. M. G-azier croit devoir corà-dire qu'on s'éloignait du christia- riger : « et qu'ils aimeraient autant nisme plus ijar la crainte de perdre ne l'avoir pas... » Si ^ue dépendait les plaisirs que par celle de perdre encore de cest à dire, il fallait ici le la vie, qu'on aimait autant n'avoir conditionnel passé.
pas que de l'avoir sans goût et sans 6. Yar. : ne doit point cesser, agrément : ceU-à-dire que si... — 7. Anciennes édit. : doit durer. — Phrase supprimée. Pour la conser- « Bossuet a souligné doit ; et la ver, il eût fallu du moins rétablir ici preuve que c'est une façon de barde sorte que. remplacé dans la cor- rer le mot, c'est qu'il a ajouté une rection de Bossuet par c'tst-à-dirt lettre au mot durer., pour avoir du- (une seule fois employé). rera. » (Edit. Gazier. J
4. Omis dans les anciennes édi- 8. Anciennes édit. : d'une même tions, à cause du passage analogue main. — Effacé.
SUR l'enfant prodigue. 69
Je n'ignore pas^, Chrétiens, que plusieurs murmurent ici contre la sévérité de l'Évangile. Ils veulent bien que Dieu nous défende ce qui fait tort au prochain ; mais ils ne peuvent comprendre que l'on mette de la vertu à se priver des plaisirs ; et les bornes qu'on nous prescrit de ce côté-là leur semblent insupportables. Mais s'il n'était mieux séant à la dignité de cette chaire de supposer comme indubitable [s] les maximes de l'Évangile que de les prouver par raisonnement, avec quelle facilité pourrais-je vous faire voir qu'il était absolument nécessaire que Dieu réglât par ses saintes lois toutes les parties de notre conduite ; que lui, qui nous a prescrit l'usage que nous devons faire de nos biens, ne devait pas négliger ^ de nous enseigner celui que nous devons faire de nos sens ; que si, ayant égard à la faiblesse des sens, il leur a donné quelques plaisirs, aussi, pour honorer la raison, il fallait ^ y mettre des bornes, et ne livrer pas au corps l'homme tout entier, à la honte de l'esprit...
[P. 6] Et certainement, Chrétiens, il ne faut pas s'étonner que Jésus-Christ nous commande de persécuter en nous-même[s] l'amour des plaisirs, puisque'*, sous prétexte d'être nos amis, ils nous causent de si grands maux. Les pires des ennemis, disait sagement cet ancien ^, ce sont les flatteurs; et j'ajoute avec assurance, que les pires de tous les flatteurs, ce sont les plaisirs. Ces dangereux conseillers, où ne nous mènent-
1. Un trait en marge indique l'in- gustam poriam ; quia multi^dicovobis,
tention de remplacer cet alinéa tout quœrent intrare et non poterunt {IjUC,
entier par un autre développement. Xlll, 24). »
En voici le canevas, sur lequel l'ora- 2. Quatre mots soulignés. Mais,
tpur aura improvisé : (( Prouver par au lieu de les remplacer, Tanteur
l'Évangile : Tollat (ms. : Tollit) cru- ajoute : u de nous enseigner : » et
cem mam qiiotidie (Luc, ix, 23) : il substitue plus loin un synonyme
tous les jours. Dicebat autem ad au verbe devoir, qui se trouvait ici
omnes (ibid.^, non aux religieux et répété à satiété. Rappelons d'ail-
aux solitaires. — Intrate per an- leurs que ceci est une première ré-
gustam portam^ quia lata porta et daction, que l'orateur se proposait
spatiosa via est quœ ducit ad perdi- de modifier en chaire.
tionem, et multi sunt qui intrant per 3. \ar. : il devait.
eam. Quam angusta porta et arcta 4. La première rédaction portait :
via est quœ ducit ad vitam, et pauci « ...de l'esprit, qui est son image. Et
iunt qui inveniunt eam .MMatth.,vii, d'ailleurs pourquoi craindrions-nous
13, 14. ) Il ne dit pas à la perfection de persécuter en nous les plaisirs,
(Lâchât : à la perdition), mais à la eux qui, sous prétexte...
vie. — Contendite intrare per an- 5. Q. Curt., lib. VIII, cap. v, 8.
ils pas par leurs flatteries ? Quelle honte, quelle ^ ruine dans les fortunes, quels dérèglements dans les esprits, quelles infirmités même dans les corps n'ont pas été introduites par l'amour désordonné des plaisirs ? Ne voyons-nous pas tous les jours plus de maisons ruinées par la sensualité ^ que par les disgrâces, plus de familles divisées et troublées dans leur repos par les plaisirs que par les ennemis les plus artificieux, plus d'hommes immolés avant le temps à la mort par les plaisirs que par les violences et par les combats ? Les tyrans dont nous parlions tout à l'heure ont-ils jamais inventé des tortures plus insupportables que celles que les plaisirs font souffrir à ceux qui s'y abandonnent ? Ils ont amené dans le monde des maux inconnus au genre humain ; et [p. 7] les médecins nous enseignent, d'un commun accord, que ces funestes complications de symptômes et de maladies, qui déconcertent leur art, confondent leurs expériences, démentent ^ leurs anciens aphorismes, ont leurs sources dans les plaisirs. Qui ne voit donc clairement combien il était juste de nous obliger d'en être les persécuteurs, puisqu'ils sont eux-mêmes, en tant de façons, les plus cruels persécuteurs de la vie humaine ?
Mais laissons les maux qu'ils font à nos corps et à nos fortunes ; parlons de ceux qu'ils font à nos âmes, dont le cours est inévitable. I^a source de tous les maux, c'est qu'ils nous éloignent de Dieu, pour lequel si notre cœur ne nous dit pas que nous sommes faits, il n'y a point de paroles qui puissent guérir notre aveuglement. Or, mes Frères, Dieu est esprit, et ce n'est que par l'esprit qu'on le peut atteindre. Qui ne voit donc que, plus nous marchons dans la région des sens, plus nous nous éloignons de notre demeure natale, et plus nous nous égarons dans une terre étrangère ?
[P. 8] Le prodigue nous le fait bien voir ; et ce n'est pas sans raison qu'il est écrit dans notre évangile qu'en sortant de la maison de son père, « il alla dans une région bien éloignée : Pcregre profecUis est in regionem
1 . Anciennes édit.: qnelle infamie. supprime ici, sans doute par délica- — EfFacé. tesse, les mots <( si souvent, » que
2. Var. : par les plaisirs. La secon- les anciens éditeurs avaient tort de de leçon, au crayon. rétablir dans ce passage.
i\. Var. : font mentir. — Bossuet
SUR l'enfant prodigue. 71
longinquarn \ » Ce fils dénaturé, et ce serviteur ' fugitif, qui quitte pour ses plaisirs le service de son maître, fait deux étranges voyages: il éloigne son cœur de Dieu", et ensuite il en éloigne même sa pensée. Rien n'éloigne tant notre cœur de Dieu, que l'attache aveugle aux joies sensuelles; et si les autres passions peuvent l'emporter \ c'est celle-ci qui l'engage et le livre tout à fait. Dieu n'est plus dans ton cœur, homme sensuel ^ ; mais tu feras bientôt une seconde démarche ^. Si Dieu n'est plus dans ton cœur, bientôt il ne sera plus dans ton esprit ' . Ta mémoire, trop complaisante à ce cœur ingrat, l'effacera bientôt d'elle-même ^. En effet, ne voyons-nous pas que les plaisirs occupent tellement l'esprit que les saintes vérités de Dieu et ses [p. 9] justes jugements n'y ont plus de place ? Auferuntur judicia tua a fade ejus^. Dieu éloigné de notre cœur, Dieu éloigné de notre pensée : ô le malheureux ^° éloignement ! ô le funeste voyage ! Où êtes-vous, ô prodigue ! combien éloigné de votre patrie ! et en quelle basse région avez-vous choisi ^^ votre demeure !
David s'était autrefois perdu dans cette terre étrangère . il en est revenu bientôt ; mais, pendant qu'il y a passé, écoutez ce qu'il nous dit de ses erreurs : « Cor meum dereliquit me : Mon cœur, dit-il, m'a abandonné ; » il s'est allé engager dans une misérable servitude. Mais pendant que son cœur lui échappait, où avait-il son esprit ? Ëcoutez ce qu'il dit encore : « Comprehenderunt me iniqyitates meœ, et non potui ut viderem ^^ : Les pensées de mon péché m'occupaient tout, et je ne pouvais plus voir autre chose. » C'est encore en cet état que la lumière de ses yeux n'est plus avec lui ^^. La connaissance de Dieu était obscurcie, la foi, comme éteinte et oubliée : Chrétiens, quel égarement ! Mais