Édit. : dans toute l'étendue du 2. I Reg.. xx
pouvoir que Dieu nous donne. — S. Edit. : à ce prix.
Bossuet efface ce complément, et 4. Var. : il nous devniit être sans
reporte le point après bienfaire (en comparaison, un seul mot).
Second Point.
La science la plus nécessaire à la vie humaine, c'est de se connaître soi-même ; et saint Augustin a raison de dire ^ qu'il vaut mieux savoir ses défauts que de pénétrer tous les secrets des États et des empires, et de savoir démêler toutes les énigmes ^ de la nature. Cette science est d'autant plus belle qu'elle n'est pas seulement la plus nécessaire, mais encore la plus rare de toutes. Nous jetons nos regards bien loin, [p. 14] et, pendant que nous nous perdons dans des pensées infinies, nous nous échappons à nous-mêmes : tout le monde connaît nos défauts, nous seuls ne les savons pas ; et deux choses nous en empêchent.
Premièrement, Chrétiens, nous nous voyons de trop près : l'œil se confond avec l'objet ; et nous ne sommes pas assez détachés de nous pour nous regarder d'un regard distinct ^ et nous voir d'une pleine vue. Secondement, et c'est le plus grand désordre, nous ne voulons pas nous connaître, si ce n'est par les beaux endroits ; nous nous plaignons du peintre, qui n'a pas su couvrir nos défauts, et nous aimons mieux ne voir que notre ombre et notre figure, si peu qu'elle semble belle, que notre propre personne, si peu C|u'il y paraisse d'imperfection. Le roi Achab, imbécile et violent *, ne pouvait endurer Michée, qui lui disait de la part de Dieu la vérité de ses fautes et de ses affaires, qu'il n'avait pas la force de vouloir apprendre ; et il voulait qu'il lui contât avec ses flatteurs des triomphes imaginaires. C'est ainsi que sont faits les hommes ; et c'est pourquoi le divin Psalmiste a raison de s'écrier : « Delicta quis intelligit ^ ? Qui est-ce qui connaît ses défauts ? » Où est l'homme qui sait acquérir cette science si nécessaire ? Combien sommes-nous ardents et vainement curieux ! Dans quels mystères secrets de la politique, dans quelle
1. De Trinit., lib. IV, n. 1. lent est en surcharge, et la place
2. Énifftne, encore masculin en qu'il occupe pouvait tenter les édi- 1662 {sur la Mort, 2^ p. ; t. IV, p. teurs de le considérer comme une 277, n. 8), est ici du féminin. addition. Ils lisent donc, mais peu
3. Var. : pour nous considérer heureusement : a violent, imbécile d'une pleine vue. et faible. »
4 Var. : imbécile et faible. — Fto- 5. Ps. xviii, 13.
obscurité de la nature n'entreprenons-nous pas de pénétrer ? Malgré cet espace immense qui nous sépare d'avec le soleil, nous avons [p. 15] su découvrir ses taches, c'est-à-dire remarquer des ombres dans le sein même de la lumière. Cependant nos propres taches nous sont inconnues ; nous seuls voulons être sans ombre, et nos défauts, qui sont la fable du peuple, nous sont cachés à nous-mêmes : Delicta quis intelligit ?
Pour acquérir, Chrétiens, une science si nécessaire, il ne faut point d'autre docteur qu'un ami fidèle. Venez donc^ ami véritable, s'il y en a quelqu'un sur la terre, venez me montrer mes défauts, que je ne vois pas. Montrez-moi les défauts de mes mœurs, ne me cachez pas même ceux de mon esprit ^. Ceux que je pourrai réformer, je les corrigerai par votre assistance ; et s'il y en a qui soient sans remède, ils serviront à confondre ma présomption. Venez donc, encore une fois, ô ami fidèle, ne me laissez pas manquer en ce que je puis, ni entreprendre plus que je ne puis, afin qu'en toutes rencontres je m^esure ma vie à la raison, et mes entreprises^ à mes forces.
Cette obligation, Chrétiens, entre les personnes amies, est de droit étroit et indispensable ^. Car le précepte de la correction étant donné pour ^ toute l'Église dans l'évangile que nous traitons, il serait sans doute à [p. 16] désirer que nous fussions tous si bien disposés que nous pussions profiter des avis de tous nos frères. Mais, comme l'expérience nous fait voir que cela ne réussit pas, et qu'il importe que nous regardions à qui nos conseils peuvent être utiles, ce précepte de nous avertir mutuellement se réduit pour l'ordinaire envers ceux dont nous professons d'être amis.
Je suis bien aise, M[essieurs], de vous dire aujourd'hui ces choses, parce que nous tombons souvent dans de grands péchés pour ne pas assez connaître les sacrés devoirs de l'amitié chrétienne. La charité, dit