Edit. : si inexorables et si rigou
lOii CARÊME DE SAINT-GERMAIN.
que lui-même, dit saint Augustin ^, se perce le cœur pour nous effleurer la peau, et qu'enfin nos ennemis sont des furieux qui, voulant [p. 25] nous faire boire, pour ainsi dire, tout le venin de leur haine, en font euxmêmes un essai funeste, et avalent les premiers le poison qu'ils nous préparent ? Que si ceux qui nous font du mal sont des malades emportés, pourquoi les aigrissons-nous par nos vengeances cruelles, et que ne tâchons-nous plutôt de les ramener à leur bon sens par la patience ^ et par la douceur ?
Mais nous sommes bien éloignés de ces charitables dispositions. Bien loin de faire effort sur nous-mêmes pour endurer une injure, nous croirions nous dégrader et penser trop bassement de nous-mêmes, si nous ne nous piquions d'être délicats dans les choses qui nous touchent, et nous pensons nous faire grands par cette extrême sensibilité. Aussi poussons-nous sans bornes nos ressentiments : nous exerçons sur ceux qui nous fâchent des vengeances impitoyables ; ou bien nous nous plaisons de les accabler par une vaine ostentation d'une patience et d'une pitié outrageuse ^ qui ne se remue pas par dédain, et qui feint d'être tranquille pour insulter davantage : tant nous sommes cruels ennemis et implacables vengeurs, qui faisons des armes offensives et des instruments de colère, de la patience même et de la [p. 26] pitié ! Mais encore ne sont-ce pas là nos plus grands excès : nous n'attendons pas toujours, pour nous irriter, des injures effectives ; nos ombrages, nos jalousies, nos défiances secrètes suffisent pour nous armer l'un contre l'autre; souvent nous nous haïssons seulement parce que nous croyons nous haïr. L'inquiétude nous prend, nous frappons de peur d'être prévenus ; et emportés* par nos soupçons, nous vengeons une injure qui n'est pas encore^.
Jalousies, soupçons, défiances, cruels bourreaux des hommes du monde, et sources de mille injustices, à quel excès les engagez-vous ! Que méditez-vous, malheureux, et que \ois-je rouler dans votre esprit? Quoi! vous al-