‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 86 sur 532 · Trois mots omis par les édi- nature incompréhensible · texte numérisé non relu

Trois mots omis par les édi- nature incompréhensible

Mais l'effet le plus nécessaire de la connaissance, dans cet acte de religion, c'est de démêler soigneusement de l'idée que nous [nous] formons de Dieu toutes les imaginations humaines. Car notre faible entendement, ne pouvant porter une idée si haute et si pure ^, attribue toujours, si l'on n'y prend garde, quelque chose du nôtre à ce premier Être. Quelques-uns, plus grossiers, lui donnent une forme humaine, mais peu s'empêchent de lui attribuer une [p. 4^*^] manière d'agir conforme à la nôtre. Nous le faisons j)enser comme nous, nous l'assujettissons^ à nos règles; et chacun se le représente à sa façon particulière. Toutes ces idées, dit saint Augustin ^, que chacun se forme de Dieu en particulier, au gré de son imagination et de ses sens, sont autant d'idoles spirituelles que nous érigeons dans nos cœurs ; si bien que nous pouvons dire qu'une grande partie des fidèles^ sont semblables aux Samaritains, que Jésus-Christ reprend dans notre évangile, et desquels il est écrit, au quatrième livre des Rois, « qu'ils craignaient, à la vérité, le Seigneur, mais qu'ils ne laissaient pas toutefois de servir en même temps leurs ^ idoles : Timentes quidem Dominum^ sed nihilominus et idolîs suis servientes ^. » Ainsi beaucoup de chrétiens qui sont bien instruits par l'Église, mais à qui leur imagination représente mal ce que l'Église leur enseigne, adorent le Dieu véritable que la foi leur fait connaître, et néanmoins l'on peut dire qu'ils lui joignent les idoles qu'ils se sont forgées, c'est-à-dire les images grossières et matérielles qu'ils se sont euxmême[s] formées^ de cette première Essence. On peut juger aisément ^ que, pour renverser ces idoles et adorer Dieu en vérité, il n'y a rien de plus nécessaire que de bien connaître ce qu'il est ; et c'est pourquoi le Sauveur, reprenant la Samaritaine ' et instruisant les

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