‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 3)Chapitre 94 sur 532 · Yar. : que de l'adore · texte numérisé non relu

Yar. : que de l'adore

2. Note marginale (en tête du 2^ point) : De tali spirîtu emissa esse débet oratio^ qualis est Spiritus ad quem (ms. : ad quam) mittitur. Nemo adversarium recipit, nemo facile nisi comparem suum admittit. (Tertull., De Orat.)

Au verso Ju fo 278. sur lequel Bossuet avait écrit quelques lignes de ce second point, qu'il efface ensuite, se lit le canevas suivant (Lachat imagine d'en faire une péroraison) : « ... Et certainement Dieu comme bon, d'un naturel communicatif : Esprit qui aime à se ré|3andre et à s'insinuer dans les cœurs. Donc, comme il est avide de se donner, ainsi avides de le recevoir : Sicut urff et petere nécessitas filium, sic urget caritas dare genitorem. (S. Petr.

Chrysol., serm. LXXL in orat. Domin.). A nous notre besoin et à lui sa charité est un pressement. Ne soyons pas moins empressés à recevoir que lui à donner. Il se plaît d'assister les hommes ; et autant que sa grâce leur est nécessaire, autant coule-t-elle volontiers sur eux. « Il a soif qu'on ait soif de lui », dit saint G-régoire de Nazianze {Orat.

XL) ; recevoir de sa bonté, c'est lui bienf lire : exiger de lui. c'est l'obliger ; et il aime si fort à donner que

la demande à son égard lient lieu de bienfait. Le moyen le plus assuré pour obtenir son secours, c'est de croire qi;'il ne nous manque pas ; et j'ai appris de saint Cyprien « qu'il donne toujours à ses serviteurs autant qu'ils croient recevoir de lui :

Dans credentibus tantum quantum se crédit capere (Ms. : accipere) qui sumit. )) (Epist. vill ad Mart. et Conf.) Ne croyons donc jamais qu'il nous refuse : c'est qu'il nous éprouve, ou, en remettant, il nous fait ce grand bien d'arracher de nous par ce délai de son secours la reconnaissance et la confession de notre faiblesse. Ou nous ne demandons pas bien, ou nous ne sommes pas préparés à bien recevoir, ou ce que nous demandons est tel qu'il n'est pas digne de lui de nous le donner. Les hommes sont embarrassés quand on leur demande de grandes choses, parce qu'ils sont petits ; et Dieu trouve indécent qu'on s'attache à lui demander de petites choses, parce qu'il est grand.

Ne lui demandez rien moins que lui-même. — Contre l'irréligion des hommes. Ceux qui crient contre les hypocrites ont raison ; mais voyez sermon Ipsum audite, Saint-Thomas du Louvre. )>(Cf. t. IV, p. 600 et 602). 3. Joan., IV, 24.

c'est ce qui s'appelle dans notre évangile adorer Dieu en esprit.

Je ne finirai jamais ce discours, si j'entreprends aujourd'hui de vous raconter toutes les saintes dispositions que nous devons apporter au culte sacré de Dieu. Je dirai donc seulement, pour me renfermer dans mon texte, celles que le style de l'Écriture exprime spécialement sous le mot d'esprit, qui sont la pureté d'intention, le recueillement en soi-même et la ferveur : trois qualités principales de l'adoration spirituelle.

[P. 18] Notre intention sera pure, si nous nous attachons saintement à Dieu pour l'amour du bien éternel qu'il nous a promis, qui n'est autre que lui-même. Vous n'ignorez pas, Chrétiens, que l'ancien peuple a été mené par des promesses terrestres, la nature infirme et animale ^ ayant besoin de cet appât sensible et de ce faible rudiment. Mais les principes étant établis, l'enfance étant écoulée, le temps de la perfection étant arrivé, Jésus-Christ ^ vient apprendre aux hommes à servir Dieu en esprit par une chaste dilection des biens véritables, qui sont les spirituels : Adorahunt Patrern in spiritu.

I^es choses étant changées, le Nouveau Testament étant établi, il est temps aussi, Chr[étiens], que nous disions avec le Sauveur ^ : Dieu est esprit ; mais cet esprit pur nous a donné un esprit fait à l'image du sien. Cultivons donc en nous-mêmes ce qui est semblable à lui, et servons-le saintement, non pour contenter les désirs de cette nature dissemblable *, je veux dire de notre corps, qui n'est pas tant notre nature que notre empêchement et notre fardeau ; mais pour assurer la félicité de l'homme invisible et intellectuel, qui, étant image de Dieu, est capable de le posséder"^.

Et c'est ici. Chrétiens, que nous ne pouvons assez déplorer notre aveuglement, [p. 19] Car si nous faisions le dénombrement des vœux que l'on apporte aux temples sacrés, ô Dieu ! tout est judaïque ; et de cent

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