I. îur. Tu ne le prends qu'à ton coi ps clcfciulanl
tl8 POUR LE SAMEDI-SAINT.
vclira dans l'oubli la mortification et la pénitence ; tant la discipline est énervée parmi nous !
Ici vous m'arrêterez peut-être encore une fois, pour me dire: Mais ne faut-il pas se réjouir dans le temps de Pâques ? n'(\st-ce pas un temps de réjouissance ? Certes, je l'avoue, chrétiens : mais ignorez-vous quelle doit être la joie chrétienne, et combien elle est différente de celle du siècle ? Le siècle et ses sectateurs sont tellement insensés, qu'ils se réjouissent dans les biens présents; et je soutiens que toute la joie du chrétien n'est qu'en espérance. Pour quelle raison ? C'est que le chrétien dépend tellement du Sauveur, que ses souffrances et ses contentements n'ont point d'autres modèles que lui. Pourquoi faut-il que le chrétien souffre ? Parce que le Sauveur est mort. Pourquoi faut-il qu'il ait de la joie? Parce que le même Sauveur est ressuscité. Or sa mort doit opérer en nous dans la vie présente, et sa résurrection seulement dans la vie future. Grand Apôtre, c'est votre doctrine; et partant notre tristesse doit être présente, notre joie ne consiste que dans des désirs et dans une généreuse espérance : [p. 22] et c'est pour cette raison que (') le saint Apôtre dit ces deux beaux mots, décrivant la vie des chrétiens : Spe gaudentes ; et incontinent après, in tinbulatione patientes ("). Savez-vous quelles gens ce sont que les chrétiens ? Ce sont des personnes « qui se réjouissent en espérance » : et en attendant, que fontils (^) ? Ils sont « patients dans les tribulations ». Que ces paroles, mes frères, soient notre consolation pendant les calamités de ces temps; qu'elles soient aussi la règle de notre joie durant ces saints jours. Ne nous imaginons pas que l'Église nous ait établi des fêtes pour nous donner le loisir de nous chercher des divertissements profanes, comme la plupart du monde semble en être persuadé. Nos véritables plaisirs (^) [ne sont pas] de ce monde : nous en pouvons prendre quelque avant-goût par une fidèle attente, mais la jouissance en
a. Rom., XII, 12,