‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 134 sur 296 · PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS DASSISE · texte numérisé non relu

PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS DASSISE

n'est pas la nécessité, mais le péché et la honte qui ont fait les premiers habits. Que si c'est le péché qui a habillé la nature corrompue, il juge qu'il sera bienséant que la pénitence rhai)ille après qu'elle a été réparée.

Mais pourquoi vous exténuez-vous par tant de jeûnes.'^ pourquoi vous consumez-vous par tant de veilles? pourquoi vous jetez-vous sur ces neiges.'^ pourquoi vois-je ce cilice inséparable de votre corps, que l'on pourrait prendre pour une autre peau qui se serait formée sur la première? Répondez, François, répondez: vos sentiments sont si chrétiens que je croirais diminuer quelque chose de leur générosité, si je ne vous les faisais exposer à vous-même. Oui êtes-vous, dira-t-il, vous qui me faites cette question? Ignorez-vous que le nom de chrétien signifie un homme souffrant ? Ne vous souvenez-vous pas de ces deux braves athlètes, Paul et Barnabe, qui allaient confirmant et consolant les Eglises? Et que leur disaient-ils pour les consoler? « Qu'il fallait par de longs travaux et une grande suite de tribulations parvenir au royaume des cieux: » Quoitiam per niultas tribu lationes oportet nos iiitrare in 7^egnu77t Dei (f). Sachez, poursuivra-t-il; et pardonnez-moi, chrétiens, si je prends plaisir aujourd'hui à vous faire parler si souvent ce merveilleux personnage; sachez donc, dira-t-il, que nous autres chrétiens « nous avons un corps et une âme qui doivent être exposés à toute sorte d'incommodités: » Ipsam animam ipsinnque corpus expositum omnibus ad inju^darn gerimus ('''). Et c'est ainsi que pour suivre le commandement de l'Apôtre ('), «afin de nepointcourir en vain, je travaille à dompter mon corps, et à réduire en servitude l'appétit de ces voluptés qui, par leur délicatesse, rendent molle et efféminée cette mâle vertu de la foi : » Discutiendœ sunt deliciœ, quaruin mollitia et fluxu Jidei virtus effeminari potest (^). Après tout « quelles plus grandes délices à un chrétien, que le dégoût (') des délices ? » Quœ major voluptas, quam fastidium ipsius

a. Act.^ XIV, 21. — Deforis : Quia per limitas augttstias et tribulatio7ies oportet pcrvenire ad 7'egniini Dei. — b. TertuU., de Patient.^ n. 8. — c. \ Cor.^ ix, 26-27. — ft. TertuU., de Cultufejnin.^ n, n. 13.

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