PANÉGYRIQUE DE SAINT FRANÇOIS DASSISE
n'est pas la nécessité, mais le péché et la honte qui ont fait les premiers habits. Que si c'est le péché qui a habillé la nature corrompue, il juge qu'il sera bienséant que la pénitence rhai)ille après qu'elle a été réparée.
Mais pourquoi vous exténuez-vous par tant de jeûnes.'^ pourquoi vous consumez-vous par tant de veilles? pourquoi vous jetez-vous sur ces neiges.'^ pourquoi vois-je ce cilice inséparable de votre corps, que l'on pourrait prendre pour une autre peau qui se serait formée sur la première? Répondez, François, répondez: vos sentiments sont si chrétiens que je croirais diminuer quelque chose de leur générosité, si je ne vous les faisais exposer à vous-même. Oui êtes-vous, dira-t-il, vous qui me faites cette question? Ignorez-vous que le nom de chrétien signifie un homme souffrant ? Ne vous souvenez-vous pas de ces deux braves athlètes, Paul et Barnabe, qui allaient confirmant et consolant les Eglises? Et que leur disaient-ils pour les consoler? « Qu'il fallait par de longs travaux et une grande suite de tribulations parvenir au royaume des cieux: » Quoitiam per niultas tribu lationes oportet nos iiitrare in 7^egnu77t Dei (f). Sachez, poursuivra-t-il; et pardonnez-moi, chrétiens, si je prends plaisir aujourd'hui à vous faire parler si souvent ce merveilleux personnage; sachez donc, dira-t-il, que nous autres chrétiens « nous avons un corps et une âme qui doivent être exposés à toute sorte d'incommodités: » Ipsam animam ipsinnque corpus expositum omnibus ad inju^darn gerimus ('''). Et c'est ainsi que pour suivre le commandement de l'Apôtre ('), «afin de nepointcourir en vain, je travaille à dompter mon corps, et à réduire en servitude l'appétit de ces voluptés qui, par leur délicatesse, rendent molle et efféminée cette mâle vertu de la foi : » Discutiendœ sunt deliciœ, quaruin mollitia et fluxu Jidei virtus effeminari potest (^). Après tout « quelles plus grandes délices à un chrétien, que le dégoût (') des délices ? » Quœ major voluptas, quam fastidium ipsius
a. Act.^ XIV, 21. — Deforis : Quia per limitas augttstias et tribulatio7ies oportet pcrvenire ad 7'egniini Dei. — b. TertuU., de Patient.^ n. 8. — c. \ Cor.^ ix, 26-27. — ft. TertuU., de Cultufejnin.^ n, n. 13.