‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 157 sur 296 · Va7'. civilisée · texte numérisé non relu

Va7'. civilisée

Romanis loca, Christo vero subdita ('*). Que dirai-je des peuples d'Espagne, et de la belliqueuse nation des Gaulois, l'effroi et la terreur des Romains, et des fiers Allemands, qui se vantaient de ne craindre autre chose sinon que le ciel tombât sur leurs têtes ? Ils sont venus à Jésus, doux et simple[s] comme des agneaux, demander pardon humblement, poussés d'une crainte respectueuse. Rome même, cette ville superbe qui s'était si longtemps enivrée du sang des marytrs de Jésus, Rome la maîtresse a baissé la tête, et a porté plus d'honneur au tombeau d'un pauvre pêcheur, qu'aux temples de son Romulus : Ostendatur mihi Romœ tanto in Jionore templum Romtili, in quanto ibi ostendo niemoriam Pétri (^). Il n'y a point d'empire si vaste, qui n'ait été resserré dans quelques limites. Jésus règne partout, dit le grave Tertullien : c'est dans le livre contre les Juifs, duquel j'ai tiré presque tout ce que je viens de vous dire de l'étendue du royaume de Dieu ('). «Jésus règne partout, dit-il, Jésus est adoré partout. Devant lui la condition des rois n'est pas meilleure que celle des moindres esclaves. Scythes ou Romains, Grecs ou Barbares, tout lui est égal, il est égal à tous, il est roi de tous, il est le Seigneur et le Dieu de tous: » Chinsti regnum et nomen îibique porrigitttr , 7tbiq2ic régnât, ubique adoratur ; non régis apud illum viajor gratia, non barbari alicujus inferior lœtitia ; omnibus œqnalis, onniib^cs rex, omnibus Deus et Domimts est ('). Et ce qui est de plus admirable, c'est que ce ne sont point les nobles et les empereurs qui lui ont amené les simples et les roturiers : au contraire, il a amené les empereurs par l'autorité des pêcheurs. Il a permis que les empereurs avec toute la puissance du monde résistassent à sa pauvre Église par toute sorte de cruautés, afin de faire voir qu'il ne tenait pas son royaume

a. Tcrtull, Adi'.Jud.^ n. 7. — b. S. AuJ,^, In Ps XI. IV, n. 23. — Ms. Ostinde iniJii..^ i)i qiKDito ostendo /ibi... - c. Tertull., Adv. Jud.^ n. 7.

I. Bossuet dira de même, vingt-cinq ans plus tard : <.< Cent ans après JKSUS- Chrisi", saint Justin comptait d(5j;\ parmi les hdcles beaucoup de nations sauvages, et juscju'à ces peuples vagabonds (jui erraient dei;.\ et delà sur îles

chariots, sans avoir de demeure lixe Au milieu du troisième siècle, Terlullien

et Origène font voir dans l'I'-glise des |)euplcs entiers ipi im pou ilevanl on n'y mettait pas. » - Kt il citera à l'appui le même traite de l'eitullien Advctsus Judicos^ c. 7. {Discours sur V Histoire universelle^ W partie, cli. XX.)

dc^ l'appui ni de la complaisance des grands. Mais quand il lui a plu d'abaisser à ses pieds la majesté de l'empire : Venez, venez à moi, ô Césars ! Assez et trop longtemps vous avez persécuté mon Église : entrez vous-mêmes dans mon royaume, où vous ne serez pas [p. 1 6] plus considérables que les moindres de vos sujets. A même temps Constantin, ce triomphant empereur, obéissant à la Providence, éleva l'étendard de la croix au-dessus des aigles romaines, et par toute l'étendue de l'empire la paix fut rendue aux Églises.

Où êtes-vous, ô persécuteurs ? que sont devenus ces lions rugissants qui voulaient dévorer le troupeau .du Sauveur ? Mes frères, ils ne sont plus ; Jésus les a défaits: « Ils sont tombés à ses pieds: » Popidi sub te cadent. Il en est arrivé comme de saint Paul. « Jésus fît mourir son persécuteur, et mit en sa place un disciple : » Occisus est inimicus Christi^ vivit discipulics Christi, dit saint Augustin (f). Ainsi ces peuples farouches, qui frémissaient comme des lions contre les innocents agneaux de Notre-Seigneur, ils ne sont plus, ils sont morts; « Jésus les a frappés au cœur : » In corda ijiiniicorum^ « C'était dans le cœur qu'ils s'élevaient contre lui, c'est dans le cœur qu'il les a abaissés: » Cadunt in corde. Ibi se erigebant adversus ChHstum, ibi cadunt ante Ckristum. « Les flèches de mon Maître ont percé le cœur de ses ennemis : » Sagittœ Potentis acutœ^ in corda inimicorum régis. Il les a blessés de son saint amour. « Les ennemis sont défaits, mon Sauveur en a fait des amis: » Ceciderunt ; ex inimicis amici facti sunt ; inimici mortui sunt, amici vivunt (^). Et comment cela ? « Par la croix:» Domuit orbem; non ferra, sed ligno (^). « Le royaume qui n'était pas de ce monde a dompté le royaume superbe, non par la fierté d'un combat, mais par l'humilité de la patience: » Regnum quod de hoc nnindo non erat, sitperbum niundum non atrocitate pîignandi, sed patiendi humilitate vincebat (^\

C'est pourquoi, dans ce même temps, faites avec moi cette dernière remarque; dans ce même temps, dis-je, dans lequel la paix étant donnée à l'Église tout ne respirait que Jésus,

a. In Ps. XLiv, n. i6. — b. S. Aug., ibid. — c. In Ps. xcv, n. 2. — d. Injoan. Tract, cxvi.

on lui élevait des temples de tous côtés, on renversait les idoles par toute la terre; dans ce même temps où les vénérables évêques, qui sont les princes de son empire, s'assemblèrent de toutes parts à Nicée pour y tenir les premiers Etats généraux de tout le royaume de Jksus-Christ, dans lesquels toutes les provinces du monde confessèrent sa divinité ; dans ce même temps la croix précieuse à laquelle avait été pendu le Sauveur, croix quijusques alors avait été cachée (et peut-être que la Providence divine jugeait que la croix de Notre-Seigneur paraissait assez en ses membres durant la persécution des fidèles) ; la croix donc, jusques alors cachée, pesez toutes ces circonstances, fut découverte en ce temps par de grands et extraordinaires miracles; elle fut reconnue, elle fut adorée. Et ce n'est point ici une histoire douteuse : elle doit être approuvée par tous ceux qui aiment les antiquités chrétiennes, dans lesquelles nous la voyons très évidemment attestée. Eh ! penseriez-vous bien, chrétiens, qu'une chose si mémorable, si célèbre parmi les Pères, soit arrivée en ce temps sans quelque profond conseil de la sagesse éternelle ? Cela est hors de toute apparence. Que dirons nous donc en cette rencontre.'^ C'est que tout le monde est dompté, tout a fléchi sous les lois du Sauveur.

Paraissez, paraissez, il est temps, ô croix (]ui avez fait cet ouvrage : c'est vous qui avez brisé les idoles ; c'est vous qui avez subjugué les peuples ; c'est vous qui avez donné la victoire aux valeureux soldats de j Ésus, qui ont tout surmonté par la patience. Vous serez gravée sur le front des rois, vous serez le principal ornement de la couronne des empereurs, ô croix, qui êtes la joie et l'espérance de tous les fidèles. Concluons donc de tout ce discours que la croix est un trône magnifique, que le nom de Jésus est un nom bien digne d'un roi, et qu'un Dieu descendant sur la terre pour vivre parmi les hommes, n'y pouvait rien faire de plus gr.uul. rien de plus royal, rien de plus divin, que de sauver tout le genre humain par une mort généreuse.

Sermons do Hossuet.

SECOND POINT

Et plût à Dieu, chrétiens, que, pour achever de vous faire voir la gloire de cette mort, il me restât assez de loisir pour vous entretenir quelque temps de la qualité de pontife que Notre-Seieneur a si bien méritée! C'est là que, suivant la doctrine toute céleste de l'incomparable Epître aux Hébreux, par la comparaison du sacerdoce de la loi mosaïque, je tâcherais de vous faire connaître la dignité infinie de la prêtrise de Jésus-Christ. Vous verriez Aaron portant à un autel corruptible des génisses et des taureaux, et Jésus pontife et victime présentant devant le trône de Dieu sa chair formée par le Saint-Esprit, oblation sainte et vivante pour l'expiation de nos crimes. Vous verriez Aaron dans un tabernacle mortel effaçant quelques immondices légales, et certaines irrégularités de la loi, par le sang des animaux égorgés; et Jésus à la droite de la majesté faisant par la vertu de son sang la vraie purification de nos âmes. Vous verriez Aaron consacré par un sang étranger, comme il est écrit dans le Lévitique (''), et « par ce même sang étranger, » in sanguine alieno, dit l'Apôtre (^), entrer dans le sanctuaire bâti de main d'homme; et Jésus, consacré par son propre sang, entrer aussi par son propre sang dans le sanctuaire éternel, dont il ouvre la porte à ses serviteurs. Vous verriez, ô l'admirable spectacle pour des âmes vraiment chrétiennes ! vous verriez d'une part tous les hommes révoltés ouvertement contre Dieu ; et d'autre part la justice divine prête à les précipiter dans l'abîme en la compagnie des démons, desquels ils avaient suivi les conseils et imité la présomption, lorsque tout à coup ce saint, ce charitable pontife, ce pontife fidèle et compatissant à nos maux, paraît entre Dieu et les hommes. Il se présente pour porteries coups qui allaient tomber sur nos têtes, il répand son sang sur les hommes, il lève à Dieu ses mains innocentes ; et, pacifiant ainsi le ciel et la terre, il arrête le cours de la vengeance divine, et change une fureur implacable en une éternelle miséricorde. Vous

a. Lev.^ VIII. — b. Hebr.^ IX, 25.

verriez comme tous les fidèles deviennent prêtres et sacrificateurs, par le sang précieux de Jésus par lequel ils sont consacrés. Je vous les représenterais, ces nouveaux sacrificateurs, revêtus d'une étole céleste, blanchis dans les eaux du baptême et dans le sang de l'Agneau, officiant tous ensemble non sur un autel de matière terrestre, mais sur att autel céleste qui représente le Fils de Dieu (en l'Apocalypse, viii) ; et là charger cet autel de victimes spirituelles, c'est-à-dire, de prières ferventes, de cantiques de louanges et de pieuses actions de grâces, qui de toutes les parties de la terre montent de dessus ce mystérieux autel devant la face de Dieu, ainsi qu'un parfum agréable et un sacrifice de bonne odeur, au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ, grandprêtre et sacrificateur éternel selon l'ordre de Melchisédech. Et que ne dirions-nous pas de cet incomparable pontife, de ce médiateur du Nouveau Testament, par qui seul toutes les oraisons sont bien reçues, par qui les péchés sont remis, par qui toutes les grâces sont entérinées, qui par une nouvelle alliance a rompu le damnable traité que nous avions fait avec l'enfer et la mort, selon ce que dit Isaïe (au chapitre y.y.Ni\\)\ Delebitur fœdus vestrum cîcm morte, et pacttcvi vestr^im cum inferno non stabit : « Votre pacte avec la mort sera annulé, et votre pacte avec l'enfer ne tiendra pas. » C'est ce que nous dirions, chrétiens. Puis, joignant cette doctrine tout apostolique à ce que nous venons de prêcher de la royauté du Sauveur, nous conclurions hautement, dans l'épanchement de nos cœurs, que le nom de Jésus, qui enferme toutes ces merveilles, est un nom au-dessus de tout nom ('), comme l'Apôtre l'enseigne aux Philippicns ("), et qu'il était bien convenable, selon le même Apôtre aux Hébreux (^'), que Dieu dédiât et consacrât par sa Passion le prince de notre salut. Mais puisqu'il a plu à celui qui nous inspire dans cette chaire de vérité, de nous fournir assez de pensées pour remplir tout cet entretien de la royauté de Jésus, fidèles, demeurons-en là, en attendant que la l*rovi-

a. Philip p., n, 9. — b. Hcbr.^ Il, 10.

I. Ms. « de tous noms. » — Distraction, car raiitcin ne s'rcarlcraii pas volontairement du texte sacrd : Super omne nomen.

dence divine nous fasse tomber sur la même matière, et tirons-en quelques instructions pour l'édification de nos âmes.

Donc, ô peuples de Jésus-Christ, si le Fils de Dieu est votre vrai roi, songez à lui rendre vos obéissances. Rappellerai-je ici de bien loin la mémoire des siècles passés, pour vous faire voir comme les bons princes ont été les délices de leurs sujets ? Que n'ont pas fait les peuples pour les rois qui ont sauvé leurs pays, les vrais pères de la patrie ? Ah ! il y a dans nos cœurs je ne sais quelle inclination naturelle pour les princes que Dieu nous donne, que ni les disgrâces ni aucun mauvais traitement ne [p. 19] peut arracher aux âmes bien nées. Qu'il est aisé aux rois de la terre de gagner l'affection de leurs peuples ! Un souris, un regard favorable, un visage ouvert et riant satisfait quelquefois les plus difficiles. In kilaritate vultus régis vita, disait autrefois le Sage (''): « La vie est dans les regards du prince, » quand on les a sereins et tranquilles. Peuples, c'est une chose certaine, vous le savez : un gouvernement doux et équitable, une puissance accompagnée de bonté et d'une humeur bienfaisante, charme les âmes les plus sauvages. C'est un sentiment commun parmi les hommes d'honneur, que pour de tels princes la vie même est bien employée.

Il n'y a que le roi Jésus à qui la douceur et les largesses ne servent de rien. Il a beau nous ouvrir ses bras pour nous embrasser ; il a beau nous obliger, non par de vaines caresses, mais par des bienfaits effectifs ; nous sommes de glace pour lui, nous aimons mieux nous repaître des frivoles apparences du monde, que de l'amitié solide qu'il nous promet. Ah ! pourrai-je bien vous dire avec combien de soin il a recherché notre amour ."^ Il est notre roi par naissance, il l'est de droit naturel ; il a voulu l'être par amour et par bienfaits. Il faut, dit-il, que je les délivre, ces misérables captifs. Je pourrais bien le faire autrement, mais je veux les sauver en mourant pour eux, afin de les obliger à m'aimer. J'irai au péril de ma vie, j'irai avec

a. Proz.^ XVI, 15.

la perte de tout mon sang les arracher de la mort éternelle. N'importe, je le ferai volontiers ; pourvu seulement qu'ils m'aiment, je ne leur demande point d'autre récompense. Je les ferai régner avec moi.

Eh ! mes frères, dites-moi, je vous prie, que nous a fait Jésus, le meilleur des princes, qu'avec une telle bonté il ne peut gagner nos affections, il ne peut amollir la dureté de nos cœurs 1 Certes, peuple de Metz, je vous donnerai cet éloge, que vous êtes fidèle à nos rois. On ne vous a jamais vu entrer, non pas même d'affection, dans les divers partis qui se sont formés contre leur service. Votre obéissance n'est pas douteuse, ni votre fidélité chancelante. Quand on parlait ces jours passés (') de ces lâches qui avaient vendu aux ennemis de l'Etat les places que le roi leur a confiées, on vous a vu[s] frémir d'une juste indignation. Vous les nommiez des traîtres, indignes de voir le jour, pour avoir ainsi lâchement trompé la confiance du prince, et manqué de foi à leur roi. Fidèles aux rois de la terre, pourquoi ne sommes-nous traîtres qu'au Roi des rois 1 pourquoi est-ce qu'il n'y a qu'envers lui que le nom de perfides ne nous déplaît pas, qui serait le plus sensible reproche que l'on nous pût faire en toute autre rencontre }

Mes frères, le roi Jésus nous a confié à tous une place, qui lui est de telle importance, qu'il l'a voulu acheter par son sang : cette place, c'est notre âme, qu'il a commise à notre fidélité. Nous sommes obligés de la lui garder, par un serment inviolable que nous lui avons prêté au baptême. Il l'a munie de tout ce qui est nécessaire, au dedans par ses grâces et son Saint-Esprit, au dehors par (p. 20) la protection angélique. Rien n'y manque, elle est imprenal)le,

I. Fin décembre, par conséquent. Tout Paris retentira, dh le commencement

de décembre 1653, de la trahison du comte d'IIarcourt ''I.orct, ^fuu' historique^ Lettre du 6 décembre) : sans doute aussi Metz, ville voisine des événcnu-nts. D'ailleurs, Hossuct appellerait-il Brisacli « une place c|uc le roi a confiée » au rebelle, lorsque celui-ci s'y était de lui-même établi et maintenu. malv,Mt" r.iuiorité royale.^ Des bruits de trahison se répandaient aussi en décembre 1852. (Voy. Loret, 14 et 21 décembre.) Venant du Midi de la 1- rance, ils durent éclater en Lorraine quelques jours plus lard cpie d.ins la capitale. Celle date correspond mieux avec les caractères du manusii it.

elle ne peut être prise que par trahison. Traîtres et perfides que nous sommes, nous la livrons à Satan ; nous vendons à Satan le prix du sang de Jésus, à Satan son ennemi capital, qui a voulu envahir son trône, qui, n'ayant pas pu réussir au ciel dans son audacieuse entreprise, est venu sur la terre lui disputer son royaume, et se faire adorer en sa place. O perfidie ! ô indignité ! c'est pour servir Satan que nous trahissons notre prince crucifié pour nous, notre unique libérateur !

Figurez-vous, chrétiens, qu'aujourd'hui, au milieu de cette assemblée, paraît tout à coup un ange de Dieu, qui fait retentir à nos oreilles ce que disait autrefois Élie aux Samaritains : « Peuples, jusques à quand chancellerez-vous entre deux partis ? » Quousque claudicatis in duas partes (f) ? Si le Dieu d'Israël est le vrai Dieu, il faut l'adorer ; si Baal est Dieu, il faut l'adorer. Chers frères, les prédicateurs sont les anges du Dieu des armées. Je vous dis donc aujourd'hui à tous, et Dieu veuille que je me le die à moimême comme il faut : Quousque claudicatis ? « Jusques à quand serez-vous chancelants .^ » Si Jésus est votre roi, rendez-lui vos obéissances ; si Satan est votre roi, rangezvous du côté de Satan. Il faut prendre parti aujourd'hui. Ah ! mes frères, vous frémissez à cette horrible proposition. A Jésus, à Jésus, dites-vous ; il n'y a pas ici lieu de délibérer. Et moi, nonobstant ce que vous me dites, je réitère encore la même demande ; Quousque claudicatis in duas partes ? « Eh ! serez-vous à jamais chancelants, » sans prendre parti comme il faut '^ Si je suis votre Maître, dit le Seigneur par la bouche de son prophète, « où est l'honneur que vous me devez {^) .^ » « Et pourquoi m'appelez-[vous] Seigneur, et ne faites pas ce que je vous dis ? » dit Notre- Seigneur en son Évangile (') ? Que voulez-vous que l'on croie, ou nos paroles, ou nos actions?

Le Fils de Dieu nous ordonne que nous approchions de son Père en toute pureté et en tempérance. Et pourquoi donc tant d'infâmes désirs ? pourquoi tant d'excessives débauches } Il nous ordonne d'être charitables ; et, fidèles, la

a. III Reg.^ xvni, 21. — b. Malach.^ I, 6. — c, Luc.y VI, 46.

charité pourra-t-elle jamais s'accorder avec nos secrètes envies, avec nos médisances continuelles, avec nos inimitiés irréconciliables ? Le Fils de Dieu nous ordonne de soulao-er les pauvres autant que nous le pourrons ; et nous ne craignons pas de consumer la substance du pauvre, ou par de cruelles rapines, ou par des usures plus que judaïques. Quotcsque clattdicatis ? Mes frères, il ne faut plus chanceler ; il faut être tout un ou tout autre. Si Jésus est notre roi, donnons- (') lui nos œuvres, comme nous lui donnons nos paroles. Si Satan est notre roi, ô chose abominable ! mais la dureté de nos cœurs nous contraint de parler de la sorte ; si Satan est notre roi, ne lui refusons pas nos paroles après lui avoir donné nos actions. Mais à Dieu ne plaise, mes frères, que jamais nous fassions un tel choix ! Et comment pourrions-nous supporter les regards de cet Agneau sans tache, meurtri pour l'amour de nous ? Dans cette terrible journée, où ce roi descendra en sa majesté juger les vivants et les morts, comment soutiendrions-nous l'aspect de ses plaies qui nous reprocheraient notre ingratitude ? Où trouverionsnous des antres assez obscurs et des abîmes assez profonds pour cacher une si noire perfidie ? Et comment souffririonsnous les reproches de cette tendre amitié si [p. 21] indignement méprisée, et la voix effroyable du sang de l'Agneau qui a crié pour nous sur la croix pardon et miséricorde, et dans ce jour de colère, criera vengeance contre notre foi mal gardée et contre nos serments infidèles ?

O Dieu éternel ! combien dur, combien insupportable sera ce règne que Jésus commencera en ces jours d'exercer sur ses ennemis ! Car enfin, fidèles, il est nécessaire qu'il règne sur nous. L'empire des nations lui est promis par les prophéties. S'il ne règne sur nos âmes par miséricorde, il y régnera par justice ; s'il n'y règne par amour et par grâce, il y régnera par la sévérité de ses jugements et par la rigueur de ses ordonnances. Et que diront les méchants quand ils sentiront, mal gré qu'ils en aient, leur roi en eux-mêmes app(!santir sur eux son bras tout-puissant; lorsque Dieu, frappant d'une main, soutenant de l'autre, les brisera éternel lenK^nt

Page 1