‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 159 sur 296 · SECOND ET TROISIÈME POINTS · texte numérisé non relu

SECOND ET TROISIÈME POINTS

Que ne puis-je vous transporter en esprit sur cette terrible montagne où parait la majesté du Seigneur ! C'est la montagne de Sina, sur laquelle Dieu donne sa loi à Moise. Là je vois ce grand Dieu tout-puissant, qui grave sur de la pierre ses saintes lois, dignes d'êtres écrites dans le ciel le plus élevé, avec les rayons du soleil. Et après cela, par la bouche de son serviteur Moïse, il fait publier à son peuple ses ordonnances, et menace les transgresseurs de peines dont le seul récit fait horreur. Certes, cette loi est très sainte : mais ne vous persuadez pas, mes très clières sœurs, qu'elle contienne la vie. Toutes ces paroles majestueuses et cette écriture du doigt de Dieu ne sont qu'un instrument de mort, si elles ne sont accompagnées de l'esprit de la grâce. « C'est une lettre qui tue, » dit le grand

SermoiT^ de liossuct. 19

Apôtre saint Paul ("). Combien d'âmes présomptueuses ont été précipitées dans la mort éternelle par ces augustes commandements ! Ne vous étonnez pas de cette parole : c'est la doctrine de l'apôtre saint Paul, et en voici la véritable explication. La Loi montrait bien ce qu'il fallait faire ; mais elle ne subvenait pas à l'impuissance de notre nature. Elle frappait les oreilles; mais elle ne touchait pas le cœur. Ce n'était pas assez que Dieu, d'une voix tonnante et impérieuse, fît annoncer au peuple ses volontés : il fallait qu'il parlât intérieurement, et que par une opération toute-puissante il amollît notre dureté. Grand Dieu éternel, vous me commandez ; il est juste que vous soyez obéi : mais ce n'est rien faire que me commander, si vous ne me donnez la grâce par laquelle je puisse observer vos commandements. Or cette grâce n'est point par la Loi : c'est le propre don de l'Évangile, selon ce que dit l'apôtre saint Jean (^), que « la Loi a été donnée par Moïse, et la grâce et la vérité a été faite par Jésus-Christ. » Qu'est-ce donc que faisait la Loi ? Elle ordonnait, elle commandait, elle liait les transgresseurs d'éternelles malédictions ; parce que « maudit est celui qui n'observe pas les paroles qui sont écrites en ce livre (^) : » mais elle ne soulageait en rien nos infirmités. C'était une eau faible et sans vigueur, capable de nous agiter, incapable de nous soutenir.

C'est pourquoi le Sauveur Jésus, ayant compassion de notre impuissance, vient nous donner un vin d'une céleste vigueur; c'est sa grâce, c'est son Esprit-Saint, dont les apôtres furent enivrés au jour de la Pentecôte. C'est ce saint et divin Esprit qui porte la Loi au fond de nos cœurs, et l'y grave par des caractères de flamme. Là, il l'anime intérieurement et la remplit d'une force vivifiante: il change la lettre en esprit, et c'est la nouvelle alliance que Dieu contracte avec nous par son Evangile. C'est pour cette raison que parlant par la bouche de Jérémie : « Voici, dit-il ('^), que j'établirai avec la nation de Juda un nouveau testament, non selon le testament que j'ai établi avec leurs pères : ils

a. II Cor.^ III, 6. — b.Joan.^ i, 17. — c. peîa.,.xx\n, 26. — d./erem., xxxi,

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ne sont point demeurés dans mon testament, et moi je les ai rejetés, dit le Seigneur. Mais voici le testament que je disposerai à la maison d'Israël, » c'est-à-dire, aux vrais enfants d'Israël et au peuple delà nouvelle alliance : '( J'inspirerai, dit-il, ma loi dans leurs âmes ; et je l'écrirai non en des tables de pierre, mais je l'écrirai en leurs cœurs ; et ils seront mon peuple, et je serai leur Dieu. » Quelle est donc cette vertu merveilleuse, qui entre si profondément dans nos cœurs ? d'où vient à cette loi nouvelle cette force si pénétrante ? Chères sœurs, elle vient de l'Esprit de Dieu, qui est le vrai moteur de nos âmes, qui tient nos cœurs en sa main, qui est le maître de nos inclinations. Mais par quelle sorte d'opérations la porte-t-il ainsi au fond de nous-mêmes.-^ C'est par une charité très sincère, par un puissant amour qu'il nous inspire, par une chaste délectation, par une sainte et ravissante douceur.

Dieu exerce deux sortes d'opérations sur nos âmes, qui font la différence des deux lois. Premièrement il les effraye, il les remplit delà terreur de ses jugements: et en second lieu il les attire, il les enflamme d'un saint amour. La première opération, qui est la crainte, ne peut pénétrer au fond de nos âmes: elle les étonne, elle les ébranle; mais elle ne les change pas. Par exemple, que vous rencontriez des voleurs, si vous êtes le plus fort, ils ne vous abordent qu'avec une apparence de civilité feinte : ils n'en sont pas moins voleurs, ils n'en ont pas l'âme moins avide de carnage et de pillerie. La crainte étouffe les sentiments, elle semble les réprimer ; mais elle n'en coupe pas la racine. Voyez cette pierre sur laquelle Dieu écrit sa loi : en est-elle changée, pour avoir en soi de si saintes paroles ? en est-elle moins dure ? Rien moins. Ces saints commandements ne tiennent qu'à une superficie extérieure. Ainsi en est-il de la loi de Dieu : quand elle n'entre dans nos âmes que par la terreur, elle ne touche que la surface : tant qu'il n'y a que cette crainte servile, le fond ne peut être chantée comme il faut. Il n'y a que l'amour qui entre au plus secret de nos cœurs : lui seul en a la clef ; lui seul en modère les mouvements. Vous avez de méchantes inclinations, vous avez des

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