‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 164 sur 296 · Construction toute latine : proposition infinitive · texte numérisé non relu

Construction toute latine : proposition infinitive

des Juifs leur étaient données en figure de ce qui se devait accomplir en Notre-Seigneur; et, bien qu'elles fussent différentes les unes des autres, toutefois elles ne contenaient qu'un seul Jésus-Christ. Ceux qui étaient grossiers et charnels n'en considéraient que l'extérieur, sans en pénétrer le sens. Mais les spirituels et les éclairés, à travers des ombres et des figures externes, contemplaient intérieurement par une lumière céleste les mystères du Sauveur Jésus. Par exemple, dans la manne ils se nourrissaient de la Parole éternelle du Père, faite chair pour l'amour de nous, vrai pain des anges et des hommes ; et leur foi leur faisait voir dans leurs sacrifices sanglants la mort violente du Fils de Dieu pour l'expiation de nos crimes. Que si les Juifs éclairés entendaient en un sens spirituel ce qu'ils célébraient corporellement, à plus forte raison la très heureuse Marie, ayant le Sauveur entre ses bras et l'offrant de ses propres mains au Père éternel, faisait cette cérémonie en esprit, c'est-à-dire joignait son intention à ce que représentait la figure externe, c'est-à-dire l'oblation sainte du Sauveur pour tout le genre humain racheté miséricordieusement par sa mort, ainsi que je vous le représentais tout à l'heure. Ce qui me fait dire, et ce n'est point une méditation creuse et imaginaire, que de même que la sainte Vierge, au jour de l'Annonciation, donna son consentement à l'Incarnation du Messie, qui était le sujet de l'ambassade de l'Ange ; de même elle ratifia, pour ainsi dire, en ce jour le traité de sa Passion ; puisque ce jour en était une figure et comme un premier préparatif. Et ce qui confirme cette pensée, ce sont les paroles de Siméon. Car comme en cette sainte journée son esprit devait être occupé de la Passion de son F'ils, pour cela il est arrivé non sans un ordre secret de la Providence, que Siméon, après avoir dit en fort peu de mots tant de choses de Notre-Seigneur, adressant la parole h sa sainte Mère, ne l'entretient que des étranges contradictions dont son Fils sera traversé, et des douleurs amères dont son âme sera percée à cause de lui : « Celui-ci, dit-il ("), est ctabh comme un signe auquel on contredira; et votre àme. 6 mcrc, sera percée d'un glaive. » Où vous devez remargucr^J^i

a, Luc, II, 34.

Sermons de Hossuet.

résignation la plus parfaite à la volonté divine, dont jamais vous ayez ouï parler. Car la sainte Vierge entendant une prophétie si lugubre, et en cela plus terrible, que, n'énonçant rien en particulier, elle laissait à appréhender toutes choses, elle ne s'informe point quels seront donc ces accidents si étranges, que ce bon vieillard lui prédit ; mais s'étant une bonne fois résio^née entre les mains de Dieu, elle se soumet de bon cœur, sans s*en enquérir, à ce qu'il lui plaira ordonner de son Fils et d'elle. Voilà comme la sainte Vierge, unissant son intention à celle de son cher Fils, se dévouait avec lui à la Majesté divine...

(') Chrétiens, si vous désirez faire une sainte communion, tel qu'était Siméon lorsqu'il embrassa Notre-Seigneur dans le temple, tels devez-vous être, approchant de la sainte table. Le saint homme avait une telle passion pour notre Sauveur, qu'il ne pensait jour et nuit à autre chose qu'à lui : et bien qu'il ne fût pas encore venu au monde, comme sa foi le lui montrait dans les prophéties, il attachait toutes ses affections à ce doux objet. Ce violent amour produisait en lui deux mouvements très puissants: l'un était un ardent désir de voir bientôt luire au monde la consolation d'Israël; et l'autre, une ferme espérance que toutes choses seraient rétablies par son arrivée: Expectabat rede7nptionem Israël (^). Le saint vieillard soupirait donc sans cesse après le Sauveur; et parmi la véhémence de ses désirs, l'Esprit de Dieu, qui les lui avait inspirés, lui fit concevoir en son âme une certaine créance qu'il ne mourrait point sans le voir. Depuis ce temps-là chaque jour redoublait ses saintes ardeurs ; et peut-être n'y avait-il plus que son amour et son espérance qui soutînt ses membres cassés et qui animât sa décrépite vieillesse. Tels devez-vous être si vous voulez dignement recevoir le sacrement adorable. Soyez embrasés d'un tendre et ardent amour pour le Fils de Dieu, qui vous fasse établir en lui toute l'espérance de votre cœur ; que votre âme soit enflammée d'une sainte avidité de vous rassasier de cette viande céleste, que le

a. Luc, II, 25.

I, Bossuet emprunte cette conclusion au sermon composé pour Navarre ' l'année précédente. Les éditeurs y joignent à tort l'alinéa qui précède au manuscrit, et que nous avons donné p. loi « C'est ici, c'est ici, chrétiens, etc. 'h

Père éternel nous a préparée en son Fils. Car y a-t-il chose au monde plus désirable que de jouir du corps et du sang de Notre-Seigneur, et du prix de notre salut ; que de communiquer à sa Passion ; que de tirer de sa sainte chair, autrefois pour nous déchirée, une nourriture solide, par la méditation de sa mort ; que de recevoir, par l'attouchement de cette chair vivifiante, et l'abondance du Saint-Esprit et les semences d'immortalité ; que d'être transformés en lui par un miracle d'amour ? Poussés de cet aimable désir, venez en esprit dans le temple ainsi que le bon Siméon : Et venu in spiritu in teniplwn i^). Que ce ne soit ni par coutume, ni pour tromper le monde par quelques froides grimaces ; mais venez comme le malade au remède, comme la mort à la vie. comme un amant passionné à l'objet de ses affections : venez boire à longs traits et avec une soif ardente cette eau admirable qui jaillit à la vie éternelle. Et lorsqu'on vous présentera ce pain céleste, goûtez à part vous combien le Sauveur est doux ; qu'un extrême transport d'amour, vous faisant oublier de vous-mêmes, vous attache et vous colle au Seigneur Jésus. C'est là qu'il faut savourer cette viande délicieuse en silence et en repos. Regardez le bon Siméon ; comme l'évangéliste nous distingue ses actions, et comme il sait saintement ménager sa joie. « Il le prend entre ses bras, dit saint Luc, il bénit Dieu, et enfin il éclate en actions de grâces : » Suscepit euni ifi iilnas suas, et benedixit Deum, et ait (''')... Mais devant que de parler, que de regards amoureux! que d'ardents baisers! quelle abondance de larmes ! 11 faut donc, avant toutes choses ('), que votre âme se fonde en joie : jouissez du baiser du Sauveur, c'est le même que Siméon embrassa ; et s'il se cache à vos yeux, il se montre à votre foi : et le même qui a dit à ses disciples • Bienheureux les yeux qui voient ce que vous voyez (') ! a dit aussi pour notre consolation : « Bienheureux ceux cjui croient et qui ne voient point ('')!» Après, cjue votre âme s'épanouisse et se décharge à la bonne heure en hymnes et en cantiques ; que tous vos sens disent : « O Seigneur, qui esi serhblable à vous (^) ? » et que ce sentimcni pénètre jusques

a. Luc, n, 27. — h. Ibid., H, 28. - c. Ihid., X, 23. — d. Joah., XX, 29. — e. Ps., XXXIV, 10.

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