Var. exposer
chée en ces termes : Mitlier si suscepto semine pepcrerit mascichun (^), où il est [clair] que le législateur a voulu toucher la source de la corruption qui se trouve dans les enfantements ordinaires : autrement ce mot, suscepto semine, serait inutile et ne rendrait aucun sens. La loi donc de la purification parlait de celles qui enfantent selon les ordres communs de la nature. Je dis en second lieu que la raison de la loi étant telle que nous la venons de dire, après les saints Pères, elle ne regardait en aucune façon la très heureuse Marie, ne s'étant rien passé en elle dont son intégrité pût rougir. Vous le savez, mes très chèr[es] sœur[s], que son Fils bien-aimé étant descendu dans ses entrailles très chastes tout ainsi qu'une douce rosée, il en était sorti comme une fleur de sa tige, sans laisser de façon ni d'autre aucun vestige de son passage. D'où je conclus que si elle était obligée à la loi de la purification, c'était seulement à cause de la coutume, et de l'ordre qui ne doit point être changé pour une rencontre particulière. Et en effet le cas était si fort extraordinaire, qu'il semblait n'être pas suffisant pour apporter une exception à une loi générale.
Or ce n'est pas mon dessein d'examiner ici cette question, mais seulement de vous faire admirer la vertu de la sainte Vierge : en ce que sachant très bien l'opinion que l'on aurait d'elle, et qu'il n'y aurait personne qui s'imaginât qu'elle eût ni conçu ni enfanté autrement que les autres mères, elle ne s'est point avisée de découvrir à personne le secret mystère de sa grossesse. Au contraire elle a bien le courage de confirmer un sentiment si préjudiciable à sa virginité, subissant sans se déclarer une loi qui, comme nous l'avons dit, v\\ présupposait la perte. Et je prétends que ce silence est une marque certaine d'une retenue extraordinaire et d'une modestie incomparable. Qu'ainsi ne soit, vous savez que celles de son sexe qui sont soigneuses de garder leur \'irginité mettent leur point d'honneur à faire connaître c|u'elle est entière et sans tache ; et quelquefois c'est la seule chose en laquelle elles avoueront franchement (qu'elles recherch(MU la réputation. Cela étant ainsi, je vous prie de consitlcrer qutî vous ne
a. Levit.^ xii, 2.
persuaderez jamais à un gentilhomme, qui se pique d'honneur, de faire quelque action dont on puisse soupçonner en lui de la lâcheté. Or il est certain qu'une vierge est touchée beaucoup plus au vif lorsque quelque rencontre l'oblige à donner sujet de croire qu'elle ait perdu sa virginité, pour laquelle elle a un sentiment délicat au dernier point. Ce qui me fait admirer la vertu de la sainte Vierge, qui ne craint pas d'observer une cérémonie qui semblait si injurieuse à sa très pure virginité ; qui ayant moins besoin d'être purifiée que les rayons du soleil, obéit comme les autres à la loi de la purification, et offre avec tant de simplicité le sacrifice pour le péché, c'est-à-dire, pour les immondices légales qu'elle n'avait nullement contractées ; et qui par cette obéissance confirme la créance commune qu'elle avait conçu comme les autres femmes, bien loin de désabuser le monde dans une rencontre qui semblait si pressante, et de faire connaître aux hommes ce qui s'était accompli en elle par l'opération de l'Esprit de Dieu.
Certes il faut l'avouer, mes très chères sœurs, cela est du tout admirable; surtout la très heureuse Vierge ayant de son côté, si elle eût voulu se découvrir, premièrement la vérité qui est si forte, et après l'innocence de ses mœurs qui n'appréhendait aucune recherche, puis sa grande sincérité à laquelle les gens de bien eussent eu peine de refuser leur créance, et enfin un témoignage irréprochable en la personne de son mari, qui, avec sa bonté et naïveté ordinaire, eût dit qu'il était vrai que sa femme était très chaste, et qu'il en avait été averti de la part de Dieu. Et cependant nous ne lisons pas qu'elle en ait jamais parlé: au contraire nous voyons son grand silence expressément remarqué dans les saintes Lettres. Une seule fois seulement sa joie éclata lorsque sollicitée par la prophétie de la bonne Elisabeth sa cousine, qui la proclamait bienheureuse, elle lui déchargea son cœur, et se sentant obligée de rendre hautement ses actions de grâces à la divine bonté, elle chante dans l'épanchement de son âme que le Tout- Puissant a fait en elle des choses très grandes (''). Partout ailleurs elle écoute, elle remarque,
a. Lî/c.f I, 49.
elle médite, elle repasse en son cœur ; mais elle ne parle jamais. .
Ce qui me surprend davantage, c'est qu'elle seule garde le silence, pendant que tous les autres s'occupent à parler de son Fils. Que ne dit pas aujourd'hui le bon Siméon, et à qui ne donnerait-il pas envie d'exprimer toutes ses pensées touchant cet aimable enfant qui fait aujourd'hui toute sa joie, toute son espérance, tout son entretien ? Marie se contente d'admirer à part soi les choses extraordinaires qui se disaient de son Fils, ainsi que l'évangéliste le remarque fort expressément. Non pas qu'elle en fût surprise, comme si elle eût ignoré quel il devait être, elle à qui l'Ange avait dit si nettement qu'il serait appelé le Fils du Très-Haut, et qu'il siégerait à jamais sur le trône de David son père. Et certes vous jugez bien qu'il n'est pas croyable qu'elle ait oublié les paroles de l'Ange, elle dont il est écrit qu'elle retenait si soigneusement celles des bergers. Et quand il n'y aurait eu que la manière admirable par laquelle elle l'avait conçu, car du moins ne lui peut-on pas dénier cette connaissance, le moyen de s'en taire à moins que d'avoir la vertu et la retenue de Marie ?
Mais certes il fallait qu'elle se fît voir, par ses actions si soumises, la Mère de celui qui, après sa glorieuse Transfiguration, dit à ses disciples : « Gardez-vous bien de parler de ce que vous venez de voir, jusques à ce que le Fils de l'homme soit ressuscité (''). » Et il y a dans son Évangile beaucoup d'autres paroles qui sont dites en ce même sens, par lesquelles nous connaissons que le Fils de Dieu, qui a daigné témoigner quelque sorte d'impatience pour l'ii^niominie de sa croix: « J'ai, dit-il ('''), à être baptisé d'un baptême, et comment suis-je pressé en moi-même jusques à ce qu'il soit accompli ! » lui donc, qui a témoigné quelque sorte d'impatience pour l'ignominie de sa croix, n'a jamais fait [voir] le moindre désir de la manifestation de son nom. attendant le temps préfix marqué précisément par la Providence divine. C'était lui, c'était lui, chères sœurs, (jui tloniiait ce sentiment à sa sainte Mère, afin de faire voir (juVlK' était animée de
a. Matth.j xvii,9. — b. Luc.y xn, 50.
son même Esprit. Ainsi elle jouit seule avec Dieu d une si grande joie, sans la partager qu'avec ceux à qui il plaît au Saint-Esprit de la révéler. Elle attend que Dieu découvre cette merveille, lorsqu'il sera expédient pour la gloire de son saint nom. Elle est vierge, Dieu le sait, Jésus son cher fils le sait : ce lui est assez. O silence! ô retenue! ô âme parfaitement satisfaite de Dieu seul et du témoignage de sa conscience! Une mère si éclairée, se contenter d'être au nombre des écoutants au sujet de son Fils unique ; ne parler pas même des choses où sa virginité qui lui est si chère semble intéressée, laisser croire au monde tout ce qu'il voudra et tout ce que Dieu permettra qu'il croie, cacher une si grande gloire et modérer ses paroles dans une joie qui devait être si excessive ! Sauveur Jésus, Dieu caché, qui ne faites paraître à nos yeux que votre faiblesse, qui avez inspiré cette humilité si profonde à la bienheureuse Marie votre Mère, faites-nous o-oûter vos douceurs en simplicité ; vous seul contentez nos désirs, vous seul soyez suffisant à nos âmes.
SECOND POINT
La seconde cérémonie consistait en un certain genre de sacrifice,comme je vous le rapportais au commencement de ce discours. Or Dieu avait ordonné en cette rencontre différentes sortes de victimes, qui pouvaient être offertes légitiment. « On offrira, dit-il ("), un agneau d'un an avec une tourterelle, ou un pigeonneau. Que si vous ne pouvez offrir un agneau, ajoute le Seigneur, si vous n'en avez pas le moyen, vous offrirez deux pigeonneaux ou une paire de tourterelles. » Par où vous voyez que l'on pouvait suppléer au défaut de lagneau par les pigeonneaux ou la tourterelle; et cela se faisait ordinairement par les pauvres, pour lesquels la loi semble avoir donné ce choix des victimes : les pigeonneaux et les tourterelles, c'étaient {') le sacrifice des pauvres. Maintenant souffrez que je vous demande quelle victime vous pensez que l'on ait offerte pour le Roi du ciel. Ecoutez,
a. LeviL, XI i, 6, 8,
I. Les éditeurs, ne pouvant absoudre cette curieuse syntaxe, ont corrigé : « c'était le sacrifice... » Ils auront supposé un lapsus, à tort, je crois.
je VOUS prie, levangéliste saint Luc: Ils offrirent pour lui, dit-il, une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux. Une paire de tourterelles, ou deux pigeonneaux : mais lequel des deux, saint évangéliste? Pourquoi cette alternative? Est-ce ainsi que vous racontez une chose faite .'^ Pénétrons, s'il vous plaît, son dessein : tout ceci n'est pas sans mystère. Certes l'intention de l'évangéliste n'est pas de nous rapporter précisément laquelle victime en particulier a été offerte, puisqu'il nous donne cette alternative : deux pigeonneaux, ou une paire de tourterelles. Ce n'est pas aussi son dessein de faire une énumération de toutes les choses qui pouvaient être offertes en cette cérémonie selon les termes de la loi de Dieu, puisqu'il ne parle point de l'agneau. Quelle peut donc être sa pensée.^ Est-ce point qu'il nous veut faire entendre que c'eût été hors de propos qu'on eût offert un agneau, en ce même temps où l'on apportait dans le temple le vrai Agneau de Dieu, qui venait effacer les péchés du monde .'^ ou bien n'est-ce pas plutôt que l'évangéliste nous fait entendre, qu'il n'est pas nécessaire que nous sachions quelle a été précisément la victime offerte pour notre Sauveur, pourvu que nous connaissions que le sacrifice, quel qu'il ait été, était le sacrifice des pauvres : par turticrum, aut duos piillûs co- Imnbarwm (^^^.
Chères sœurs, qui poussées de l'Esprit de Dieu, avez généreusement renoncé à tous les biens et même à toutes les espérances du monde, réjouissez-vous en Notre-Seigneur. Jamais y eût-il homme plus pauvre que le Sauveur.'^ Son père gagnait sa vie par le travail de ses mains et par l'exercice d'un art mécanique : lui-même il n'avait rien en ce monde, pas même une pauvre retraite ni de quoi appuyer su tête. Certes les historiens remarquent que souvent à la nativité des grands personnages, il s'est vu des choses qui ont servi de présages de ce qu'ils devaient être pendant la vie. Ne nous rapporte-t-on pas qu'on a vu fondre des aigles ou sur la chambre ou sur le berceau de ceux cjui devaient être un jour empereurs.-^ Et on raconte de saint Ambroise et de quelques autres, cju'un essaim d'abeilles s'était reposé inno-
a. Luc,^ II 24.
cemment sur leurs lèvres, pour signifier la douceur de leur éloquence. O épouses de Jésus-Christ! dans ces dernières fêtes que nous avons célébrées, que nous avons vu de présages de l'extrême pauvreté dans laquelle J Ésus devait vivre ! Quel est l'enfant si misérable dont les parents n'aient pas du moins quelque chétive demeure, où ils puissent le mettre à couvert des injures de l'air au moment qu'il vient au monde? Jésus, rebuté de tout le monde, est plutôt, ce semble, exposé, que né dans une étable. Ainsi il naquit, ainsi il vécut, ainsi il mourut. Il a choisi le genre de mort où on est le plus dépouillé ; et nu qu'il était à la croix, il voyait ces avares et impitoyables soldats qui partageaient ses vêtements et jouaient à trois dés jusques à sa tunique mystérieuse. Ne fut-il pas enterré dans un sépulcre emprunté.^ Et les draps dans lesquels son saint corps fut enseveli , les parfums desquels il fut embaumé, furent les dernières aumônes de ses amis. De sorte que pour ne se point démentir dans cette action, qui était, comme vous le verrez tout à l'heure, une représentation de sa mort, il veut que l'on offre pour lui le sacrifice des pauvres, une paire de pigeonneaux ou deux tourterelles. O Roi de gloire, «qui étant si riche par la condition de votre nature, vous êtes fait pauvre pour l'amour de nous, afin de nous enrichir par votre abondance ('"),» inspirez dans nos cœurs un généreux mépris de toutes ces choses que les mortels aveuglés appellent des biens, et faites-nous trouver dans le ciel cet unique et inépuisable trésor que vous nous avez acquis au prix de votre sang par votre ineffable miséricorde.
Nous lisons deux raisons dans l'Exode, pour lesquelles Dieu ordonnait que les premiers-nés lui fussent offerts. De ces deux raisons je prendrai seulement celle qui sera la plus convenable au mystère que nous traitons, à laquelle je vous prie de vous rendre un peu attentifs. Dieu, pour faire voir qu'il était le maître de toutes choses, avait accoutumé d'en exiger les prémices comme une espèce de tribut et de redevance. Ainsi voyons-nous que les prémices des fruits lui sont offertes, en témoignage que nous ne les avons que de sa a. Il Cor., vni, 9.
seule munificence. Pour cela il demandait tout ce qui naissait le premier, tant parmi les hommes que parmi les animaux, se déclarant maître de tout. D'où vient qu'après ces mots par lesquels il ordonne (en l'Exode, chapitre xrii) que tous les premiers-nés lui soient consacrés : Sanctifica 7?n/n onme prhnogenitum . , , tain de hominibus qiiain de jicmentis {^), il ajoute incontinent la raison : Car tout est à moi. « Sanctifiezmoi, dit-il, tous les premiers-nés, tant parmi les hommes que parmi les animaux; car tout est à moi, » inea sitnt enini omnia. Et il exigeait ce tribut particulièrement à l'égard des hommes pour se faire reconnaître le chef de toutes les familles d'Israël; et afin qu'en la personne des aînés, qui représentent la tige de la maison, tous les autres enfants fussent dévoués à son service. De sorte que par cette offrande les aînés étaient séparés des choses communes et profanes, et passaient au rang des saintes et des consacrées. C'est pourquoi la loi est prononcée en ces termes : Separabis ojinie quod aperit vulvant Domino (''') : « Vous séparerez tous les premiers-nés au Seigneur. »
Et c'est en ce lieu que je puis me servir des paroles du grave Tertullien (') et appeler avec lui le Sauveur Jésus « l'illuminateur des antiquités (^), » qui n'ont été établies que pour signifier ses mystères. Car quel autre est plus sanctifié au Seigneur que le Fils de Dieu, dont la Mère a été remplie de la vertu du Très-Haut? D'où l'Ange concluait que ce qui naîtrait d'elle serait saint ("'). Et voici (ju'étant « le premier-né de toutes les créatures, » ainsi que l'appelle saint Paul, (''), et étant de plus les prémices du genre humain, on le vient aujourd'hui offrir à Dieu devant ses autels, pour protester qu'en lui seul nous sommes tous sanctifiés et renouvelés, et que par lui seul nous appartenons au Père éternel, et avons accès à l'autel de sa miséricorde. Ce qui lui fait dire à lui-même : Ego pro cis sanctifico mcipsum ('): « Mon Père, je me consacre pour eux : » afin d'accomplir cette prophétie qui avait promis à nos pères qu'en lui toutes
. a. Exod.^ xni, 2. — b. Ihid., xiii, I7. — c. Adv. Marcion., lib IV.. n. 4a — d. Luc, I, 35. — e. Coloss., 1, 15. — J.Joun., xvii, 19. I. M s. TertuUian.
les nations seraient bénies (''), c'est-à-dire, sanctifiées et consacrées à la Majesté divine. Telles sont les prérogatives de son droit d'aînesse, telles sont les obligations que nous avons à ce pieux aîné, c'est-à-dire, au Sauveur Jésus, qui s'est immolé pour l'amour de nous.
Et à ce propos je vous prie de considérer les paroles que l'Apôtre fait dire à Notre-Seigneur dans son Epître aux Hébreux, chapitre x; elles sont tirées du psaume xxxix, dont voici les propres termes cités par l'Apôtre : Holocautomata pro peccato non tiàiplacuerunt; tune dixi : Ecce venio (^) : « Les holocaustes, et les sacrifices pour le péché ne vous ont pas plu, ô mon Père! alors je me suis offert, j'ai dit : J'irai moimême, afin d'exécuter votre volonté; » c'est-à-dire, comme l'entend l'Apôtre, l'ouvrage de notre salut. Ne vous semble-t-il pas, chères sœurs, que ces paroles ne sont faites que pour cette cérémonie.'^ Saint Paul les fait dire à Notre-Seigneur en entrant au monde: Ingrediens mundum dixit (^). Or le Fils de Dieu n'avait que six semaines ('), lorsqu'on le vint offrir à Dieu dans son temple; de sorte qu'il ne faisait à proprement parler que d'entrer au monde. Et selon cette doctrine, je me représente aujourd'hui le Sauveur Jésus, à même temps qu'on l'offre au Père éternel, prendre déjà (^) la place de toutes les victimes anciennes, afin de nous consommer à jamais par l'unité de son sacrifice : tellement que cette cérémonie était comme un préparatif de sa Passion. Jésus-Christ dans sa tendre enfance méditait le dessein laborieux de notre rédemption, et déjà par avance se destinait à la croix. Si je me suis bien fait entendre, mes très chères sœurs, vous avez vu un rapport merveilleux des anciennes cérémonies que le Fils de Dieu subit aujourd'hui avec les mystères de notre salut.
Mais après avoir vu les sentiments de notre Sauveur dans cette mystérieuse journée, si vous aviez peut-être une sainte curiosité de savoir de quoi s'entretenait la bienheureuse Marie, je tâcherai de vous en donner quelque éclaircissement par une considération très solide. Toutes les cérémonies
a. Genes.^ xxii, 18. — M s. bénites (benistes). — b. Hebr.^ x, 6, 7. — c. Ibid.^ 5.