I. Var. Appliquons seulement ici
Et comment est-il possible, fidèles, de n'être pas en repos en suivant le souverain bien ? Quelle douceur et quelle tranquillité à une âme ! Il vous appartient, ô grand Dieu ! en qualité de souverain bien, de faire le partage des biens à vos créatures ; mais heureuses mille et mille fois les créatures dont vous êtes le seul héritage ! C'est là le partage de vos enfants, que par votre bonté ineffable vous assemblez près de vous dans le ciel. Mais nous, misérables bannis, bien que nous soyons éloignés de notre céleste patrie, nous ne sommes pas privés tout à fait de vous ; nous vous avons dans votre loi sainte, nous vous avons dans votre divine parole. O que cette loi est désirable (')! que cette parole est douce! «Elle est plus douce que le miei à ma bouche {''), disait le prophète David ; elle est plus désirable que tous les trésors ('''). » Et considérez, en effet, chrétiens, que cette loi admirable est un éclat de la vérité divine et un écoulement de cette souveraine bonté. Ne doutez pas que cette fontaine n'ait retenu quelque chose des qualités de sa source : « Votre serviteur, ô mon Dieu ! observe vos commandements, chante amoureusement le Psalmiste ; il y a une grande récompense à les observer : » /7i custodiendis ilLis retributio mitlta (^). « Ce n'est pas en autre chose, dit saint Augustin ; mais en cela même que l'on les observe, la rétribution y est grande, parce que la douceur y est sans égale ('^). »
Mes frères, je vous en prie, considérons un homme de bien dans la simplicité de sa vie: il ne gouverne [p. 2)'h\ poif^t les Etats, il ne manie point les affaires publiques, il n'est point dans les grands emplois de la terre, comme sont les grands et les politiques: vous diriez qu'il ne fasse rien en ce monde; il ne sait pas les secrets de la nature, il ne parle pas du mouvement des astres ; ces hauts et sublimes raisonnements peut-être passeront sa portée : sa conduite nous paraît vulgaire ; et cependant, si nous avons entendu les choses que nous avons dites, il est régi par une raison éternelle, il est
a. Ps.^ CXViii, 103. — b. Ibid.^ XVHI, 11. — c. Ibid.^ 12. — d. In Ps. xviii, Enarr. i, 12.
I. Ms. désidérable. — Nouvelle distraction; car deux lignes plus loin, il y a bien désirable.
SUR LA LOI DE DIEU. ^^c
gouverné par des principes divins ; sa conduite, appuyée sur la parole de Dieu, est plus ferme que le ciel et la terre, et plutôt tout le monde sera renversé qu'il soit confondu dans ses espérances. Dans les affaires du monde, chacun recherche divers conseils qui nous embarrassent souvent dans de nouvelles perplexités : il chante sincèrement avec le Psalmiste : « Mon conseil, ce sont vos témoignages : » ConsiliicDi nieuiji justificationes tuœ i^) ; ou bien, comme dit saint Jérôme : Amici 7nei justificationes tuœ : « Vos témoignages, ce sont mes amis. » Ceux que nous croyons nos meilleurs amis nous trompent très souvent, ou par infidélité, ou par ignorance : l'homme de bien, dans ses doutes, consulte ses amis fidèles, qui sont les témoignages de Dieu. Ces amis sincères et véritables lui enseignent (') ce qu'il* faut faire et le conseillent pour la vie éternelle. Heureux mille et mille fois d'avoir trouvé de si bons amis ! Par là il se rira de la perfidie qui règne dans les choses humaines. [P. 34] Et c'est encore par cette raison que je le publie bienheureux.
Souffrez que je vous interroge en vérité et en conscience: Avez-vous tout ce que vous demandez } n'avez-vous aucune prétention en ce monde .^ Il n'y a peut-être personne en la compagnie (^) qui puisse répondre qu'il n'en a pas. « Le laboureur, » dit l'apôtre saint Jacques (^), « attend le fruit de la terre : » sa vie est une espérance continuelle, il laboure dans l'espérance de recueilHr, il recueille dans l'espérance de vendre, et toujours il recommence de même. Il en est ainsi de toutes les autres professions. En effet, nous manquons de tant de choses que nous serions toujours dans l'affiiction, si Dieu ne nous avait donné l'espérance, comme pour charmer nos maux et tempérer par quelque douceur l'amertume de cette vie (^). Cette vie, que nous ne possédons jamais que par diverses parcelles qui nous échappent sans cesse, se
a. Ps.^ cxviii, 24. — b.Jac.^ v, 7.