‹ Œuvres oratoires de Bossuet (volume 4)Chapitre 187 sur 296 · PREMIER DIMANCHE DE GAREMEC · texte numérisé non relu

PREMIER DIMANCHE DE GAREMEC

prêché à Metz, 1653.

M. Lâchât attribue un sommaire à ce sermon (ix, i). Mais c'est une erreur que M. Gandar a bien remarquée: ce sommaire est celui du sermon de 1660 sur le même sujet. Quant à la date, nous ne dirons pas avec l'éditeur, dont nous pourrions relever les erreurs à toutes les pages, que, le second sermon étant prêché en 1660, « il est donc probable que le premier l'a été dans le commencement de la même année, (il y avait,sans doute, deux Carêmes cette année-là!) ou dans le courant de 1659. » Tous ces brillants raisonnements sont anéantis par l'étude de l'écriture et de l'orthographe du manuscrit. L'une et l'autre présentent des particularités qui ne se rencontrent que dans le commencement de l'année 1653. (Voy. Histoire critique de la Prédication de Bossnet, p. 134; et le Tableau des particularités orthographiques.)

Ductus est Jésus in desertum a Spiritti^ ut tentaretur a diabolo.

JÉSUS fut conduit par l'Esprit dans le désert, pour y être tenté par le diable.

{Matth., IV, I.)

SI la mort de Jésus est notre vie, si son infirmité est notre force, si ses blessures sont notre guérison, aussi pouvons nous assurer que sa tentation est notre victoire. Ne nous persuadons pas, chrétiens, qu'il eût été permis à Satan de tenter aujourd'hui le Sauveur, sans quelque haut conseil de la Providence divine.jÉsus-CHRiST étant le Verbe, et la Raison, et la Sapience du Père, comme toutes ses paroles sont esprit et vie, ainsi toutes ses actions sont spirituelles et mystérieuses; tout y est intelligence, tout y est raison. Mais parce qu^il est la Sagesse incarnée, qui est venue accomplir dans le monde l'ouvrage de notre salut, toute cette raison est pour notre instruction, et tous ces mystères sont pour nous sauver. Selon cette maxime, je ne doute

I. Mss 12822, f. 41-60, in-4", sans marge ni pagination. — Débute par des extraits de Tertullien et de saint Augustin, sur les démons.

pas (') que comme on vous aura exposé aujourd'hui le sens profond de cet évangile, vous n'ayez bien compris les enseignements que nous donne la tentation de Jésus. C'est pourquoi il n'est pas nécessaire que je vous entretienne par un long discours. Seulement pour satisfaire votre piété, je tâcherai, autant qu'il plaira à notre grand Dieu m'enseigner par son Saint-Esprit,de vous exposer quel est cet esprit tentateur qui ose attaquer le Sauveur Jésus. Implorons les lumières célestes pour découvrir les fraudes du diable ; et contre la malice des démons demandons l'assistance de la sainte Vierge, que les anges ont toujours honorée, mais particulièrement depuis qu'un des premiers de leur hiérarchie, envoyé de la part de Dieu, la salua par ces belles paroles : [Ave, gratia plena\.

Qu'il y ait dans le monde un certain genre d'esprits malfaisants que nous appelons des démons, outre le témoignage évident des Écritures divines,c'est une chose qui a été reconnue parle consentement commun de toutes les nations et de tous les peuples. Ce qui les a portés à cette créance, ce sont certains effets extraordinaires et prodigieux qui ne pouvaient être rapportés qu'à quelque mauvais principe et à quelque secrète vertu dont l'opération fût maligne et pernicieuse. Les histoires grecques et romaines nous parlent en divers endroits de voix inopinément entendues , et de plusieurs apparitions funèbres arrivées à des personnes très graves, et dans des circonstances qui les rendent très assurées. Et cela se confirme encore par cette noire science de la magie, à laquelle plusieurs personnes trop curieuses se sont adonnées dans toutes les parties de la terre. Les Chaldéens et les sages d'Egypte, et surtout cette secte de philosophes indiens que les Grecs appellent gymnosophistes, étonnaient les peuples par diverses illusions, et par des i)rédictions trop

I. Var. Et comme je ne doute p.is qu'on ne vous ait expose^ aujourd'hui le sens profond de cet c^van^nle, vous aurez bien compris... — Le pressent sermon n'était donc pas destiné h la cathédrale. Lh, en sa ([ualité de chanoine, Hossuct aurait assisté à l'olTice du matin, avant d'y prêcher le soir. 11 s'ai^il ici d'une réunion de piété, comme l'indicpie un commencement de phrase ctïacc : < ... tcn- . tation de Jksus. Si bien qu'il ne serait pas nécessaire de vous faire un nouveau discours, si votre [)iété ne vous avait ici assemblés pour entend[re]... >

précises pour venir purement par la connaissance des astres. Ajoutons-y encore certaines agitations et des esprits et des corps, que les païens mêmes attribuaient à la vertu des démons, comme vous le verrez par une observation que nous en ferons en la dernière partie de cet entretien. Ces oracles trompeurs et ces mouvements terribles des idoles, et les prodiges qui arrivaient dans les entrailles des animaux, et tant d'autres accidents monstrueux des sacrifices des idolâtres, si célèbres dans les auteurs profanes, à quoi les attribuerons-nous, chrétiens, sinon à quelque cause occulte, qui, se plaisant d'entretenir les hommes dans une religion sacrilège par des miracles pleins d'illusion, ne pouvait être que malicieuse ? Si bien que les sectateurs de Platon et de Pythagore, qui, du commun consentement de tout le monde, sont ceux qui de tous les philosophes ont eu les connaissances les plus relevées, et qui ont recherché plus curieusement les choses surnaturelles, ont assuré comme une vérité très constante qu'il y avait des démons, des esprits d'un naturel obscur et malicieux : jusques-là qu'ils ordonnaient certains sacrifices pour les apaiser, et pour nous les rendre favorables. Ignorants et aveugles qu'ils étaient, qui pensaient éteindre par leurs victimes cette haine furieuse et implacable que les démons ont conçue contre le genre humain, comme je vous ferai voir en son temps. Et l'empereur Julien (') l'Apostat, lorsqu'en haine de la religion chrétienne il voulut rendre le paganisme vénérable, voyant que nos pères en avaient découvert trop manifestement la folie, il s'avisa d'enrichir de mystères son impie et ridicule religion : il observait * exactement les abstinences et les sacrifices que ces philosophes avaient enseignés ; il les voulait faire passer pour de saintes et mystérieuses institutions tirées des vieux livres de l'empire et de la secrète doctrine des platoniciens. Or ce que je vous dis ici de leurs sentiments, ne vous persuadez pas que ce soit pour appuyer ce que nous croyons, par l'autorité des païens. A Dieu ne plaise que j'oublie si fort la dignité de cette chaire et la piété de cet auditoire, que de vouloir établir par des raisons et des autorités étrangères, ce

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