M s. dominatur
^^O ^IJK LES DÉMONS.
SUS des astres, et je serai semblable au Très-Haut ('*). » Mais Dieu, qui résiste aux superbes (''), voyant ses pensées arrogantes, et que son esprit, emporté d'une téméraire complaisance de ses propres perfections, ne pouvait plus se tenir dans les sentiments d'une créature, du souffle de sa bouche le précipita au fond des abîmes. Il tomba du ciel ainsi qu'un éclair, frémissant d'une furieuse colère ; et assemblant avec lui tous les compagnons de son insolente entreprise, il conspira avec eux de soulever contre Dieu toutes les créatures. Mais non content de les soulever, il conçut dès lors l'insolent dessein de soumettre tout le monde à sa tyrannie : et voyant que Dieu par sa providence avait rangé toutes les créatures sous l'obéissance de l'homme, il l'attaque au milieu de ce Jardin de délices, où il vivait si heureusement dans son innocence : il tâche de lui inspirer ce même orgueil dont il était possédé, et à notre malheur, chrétiens, il réussit comme vous le savez. Ainsi, selon la maxime de l'Evangile, « l'homme étant dompté par le diable, il devint incontinent son esclave » . A quo enim (') quis super^atus est.hujus et servus est (^) : et le monarque du monde étant surmonté par ce superbe vainqueur, tout le monde passa sous ses lois. Enflé de ce bon succès, et n'oubliant pas son premier dessein de s'égaler à la nature divine, il se déclare ouvertement le rival de Dieu ; et tâchant de se revêtir de la majesté divine, comme il n'est pas en son pouvoir de faire de nouvelles créatures pour les opposer à son maître, que fait-il } « du moins il adultère tous les ouvrages de Dieu, dit le grave Tertullien {f) ; il apprend aux hommes à en corrompre l'usage ; et les astres, et les éléments, et les plantes, et les animaux, il tourne tout en idolâtrie ; » il abolit la connaissance de Dieu, et par toute l'étendue de la terre il se fait adorer en sa place, suivant ce que dit le prophète : « Les dieux des nations, ce sont les démons Q. » C'est pourquoi le Fils de Dieu l'appelle i. le prince du monde (^); » et l'Apôtre, « le gouverneur des ténè-
a. /s., XIV, 13, 14. — d. /ac, IV, 6. — c. Il Petr.^ 11, 19. — d. De Idol.^ n. 4. De Spect.^ n. 2. — e. Ps.^ xcv, 5. — /. Joa7i., xiv, 30.
I. Aïs. A quo enim quisqtce stiperatus est^ huic et servies addicttis est. — Bossuet cite de mémoire.
bres (''), » et ailleurs, avec plus d'énergie, « le dieu de ce siècle, » deus htijus sœculi i^\
J'apprends aussi de Tertullien que non seulement les démons se faisaient présenter devant leurs idoles des vœux et des sacrifices, le propre tribut de Dieu, mais qu'ils les faisaient parer des robes et des ornements dont se revêtaient les magistrats, et faisaient porter devant eux les faisceaux et les bâtons d'ordonnance, et les autres marques d'autorité publique ; parce qu'en effet, dit ce grand personnage, « ies démons sont les magistrats du siècle : » Dœmones sunt magistratus sœculi i^^. Et à quelle insolence, mes frères, ne s'est pas porté ce rival de Dieu ? Il a toujours affecté de faire ce que Dieu faisait, non pas pour se rapprocher en quelque sorte de la sainteté, c'est sa capitale ennemie; mais comme un sujet rebelle, qui par mépris, ou par insolence, affecte la même pompe que son souverain : Ut Dei Domini placita cum coutume lia a^ectans {^). Dieu a ses vierges qui lui sont consacrées : et le diable n'a-t-il pas eu ses vestales? N'a-t-il pas eu ses autels et ses temples, ses mystères et ses sacrifices, et les ministres de ses impures cérémonies, qu'il a rendues autant qu'il a pu semblables à celles de Dieu ^ Pour quelle raison, fidèles ? Parce qu'il est jaloux de Dieu, et veut paraître en tout son égal. Dieu, dans la nouvelle alliance, régénère ses enfants par l'eau du baptême ; et le diable faisait semblant de vouloir expier leurs crimes par diverses aspersions (') : il promettait aux siens une régénération, comme le rapporte Tertullien (') ; et il se voit encore quelques monuments publics où ce terme est employé dans ses profanes mystères. L'Esprit de Dieu au commencement était porté sur les eaux ; et « le diable, dit Tertullien, se plaît à se reposer dans les eaux : » Iniuiundi spiritîts aquis incubant (^) : dans les fontaines cachées, et dans les lacs, et dans les ruisseaux souterrains. Et l'iiglise de
a. Ephes.^ vi, \2.— b. II Cor.^ iv, 4. — c. De IdoL, n. 18. — d. Tertull., nd Uxot:^ n. 8. — e. de Bapt.^ n. 5. — /. Ibid.
I. Qu'eût dit Bossuet s'il avait été témoin des contrefaçons sacrilL>i;es inventées par les sociétés secrètes, baptêmes maçonniques, ctc? Notons toutefois que toute la fin de ce para<,naphe, depuis (,( Dieu a ses vierges... > est marquée d'un trait, qui, s'il ne condamne le passage, indique du moins quelque intention de le remanier.
l'antiquité, étant imbue de cette créance, nous a laissé cette forme que nous observons encore aujourd'hui, d'exorciser les eaux baptismales. Dieu par son immensité remplit le ciel et la terre : « le diable par ses anges impurs occupe autant qu'il peut toutes les créatures {''). » Et de là vient cette coutume des premiers chrétiens de les purger et de les sanctifier par le signe de la croix, comme par une espèce de saint exorcisme.
Ce lui est, à la vérité, un sujet d'une douleur enragée de ce qu'il voit que toutes ses entreprises sont vaines, et que, bien loin de pouvoir parvenir à égaler la nature divine, comme il l'avait témérairement projeté, il faut qu'il ploie, mal gré qu'il en ait, sous la main toute-puissante de Dieu : mais il ne se désiste pas pour cela de sa fureur obstinée. Au contraire, considérant que la majesté de Dieu est inaccessible à sa colère, il décharge sur nous, qui en sommes les images vivantes, toute l'impétuosité de la rage : comme on voit un ennemi impuissant, qui, ne pouvant atteindre celui qu'il poursuit, repaît en quelque façon son esprit d'une vaine imagination de vengeance, en déchirant sa peinture. Ainsi en est-il de Satan. Il remue le ciel et la terre pour susciter des ennemis à Dieu parmi les hommes, qui sont ses enfants: il tâche de les engager tous dans son (') audacieuse et téméraire rébellion, pour les faire compagnons et de ses erreurs et de ses tourments. Il croit par là se venger de Dieu. Comme il n'ignore pas qu'il n'y a point (^) pour lui de ressource, il n'est plus capable que de cette maligne joie qui revient à un méchant d'avoir des complices, et à un esprit mal fait de voir des malheureux et des affligés. Furieux et désespéré, il ne songe plus qu'à tout perdre après s'être perdu lui-même, et envelopper tout le monde avec lui dans une commune ruine.
Et ne croyez pas, chrétiens, qu'il nous donne jamais aucune relâche. Tous les esprits angéliques, comme remarque très bien le grand saint Thomas, sont très arrêtés dans leur
a. Tertull., de Spectac.^ n. 8.